MONDIALISATION:PIÈGE OU OPPORTUNITÉ POUR L’AFRIQUE

       MONDIALISATION : PIÈGE OU OPPORTUNITÉ POUR L’AFRIQUE?

Le continent africain fait face depuis l’avènement de la mondialisation de l’économie, intervenue avec l’accord de Marrakech de 1995, suite aux conclusions de l’Uruguay Round en avril 1994, après 8 ans de négociations acharnées à un nouveau mode de pensée libérale, considéré par les uns comme un piège et les autres comme une opportunité de développement.

L’Afrique est le continent le plus arriéré de la planète dont 40% des citoyens vivent pratiquement avec à peine un dollar par jour. À cela, il faut noter que cette partie du monde n’ayant presque pas de tissu industriel viable pour exporter des produits finis  de qualité à un coût relativement concurrentiel, représente à peine 1% du Pib , moins de 2% des échanges commerciaux et 0,5% de la valeur ajoutée  industrielle du monde. Son poids si négligeable sur la balance de l’économie globalisée du 21ème siècle est comparable à celui d’un petit pays comme la Belgique et dans une moindre mesure, la province du Québec avec une population de 7,5 millions d’habitants. Pourtant, ce continent aux ressources naturelles inestimables, véritable scandale géologique,  au sol riche pour l’agriculture avec trois fois la superficie du continent européen pour une population avoisinant 800 millions d’habitants se trouve au carrefour de son destin. En effet, entrée dans la contrainte sans avoir les armes nécessaires pour se défendre et  profiter de l’opportunité de la libéralisation outrancière des barrières commerciales, l’Afrique subit plutôt le revers de la médaille de l’économie mondialisée. Dès lors, la mondialisation de l’économie pour cette  Afrique désarticulée s’apparente à la théorie  économique structuraliste de la dépendance à travers laquelle, les économistes comme Raul Prebish, Celso Furtado,  et bien d’autres ont montré que le centre développé exploite la périphérie sous développée notamment l’Afrique à l’intérieur du système capitaliste mondial plus précisément par l’échange international. Mais encore, cette globalisation est semblable a une vague déferlante, un train en vitesse sans frein,  pour reprendre l’expression de l’économiste Américain Milton Friedman. D’où la difficulté  pour les États du continent noir de s’arrimer facilement à cette nouvelle donne de l’économie qui leur  a été imposé sans tenir  compte de leur point de vue comme c’est généralement le cas en pareille situation. Les conséquences néfastes de ce nouveau mode des échanges   sont majeures dans plusieurs secteurs de leur économie.

Tenez, dans un secteur comme le textile, les petites unités industrielles sur le continent africain traversent une période extrêmement difficile à cause de la concurrence rude des produits occidentaux et asiatiques. Parmi ces produits, nous pouvons citer   la friperie, le textile   du Bangladesh et de Chine fabriqué notamment grâce au coton de l’Ouzbékistan où les autorités politiques au pouvoir obligent de petits enfants à récolter l’or blanc  par la fermeture des écoles en violation des droits de l’enfant .Voilà l’une des  raisons du ralentissement de l’activité dans ce secteur dans plusieurs sociétés  sur le continent à  l’exemple  de la cotonnière industrielle du Cameroun ou Cicam. Pourtant, ce secteur a représenté à une certaine époque, un moyen  important  de lutte contre le chômage et la pauvreté sur le continent africain. Alors que cette partie du monde doit impérativement s’efforcer de sortir du labyrinthe de la néguentropie, pour emprunter les marches du développement par la bonne gouvernance exigée par les institutions de Bretton woods et d’autres bailleurs de fonds, le continent noir  est envahi par le textile de l’extérieur et souvent de qualité douteuse. Pourtant, ce secteur progresse et représentait en 2002 par exemple, 6% du total des exportations mondiales.  Les flux commerciaux  pour la même année  avaient atteint l’équivalent de 350 milliards d’Euros et le secteur textile employait plus de 2,5 millions de personnes.

La mondialisation de l’économie ne favorise pas l’émergence actuelle de l’Afrique. Compte tenu de son retard industriel, elle  constitue plus un piège qu’une opportunité de développement. Si  la libéralisation des barrières commerciales est manichéenne pour l’Afrique,elle demeure davantage jusqu’ici,  une source de crise et de fragilité de la démocratie africaine, d’après Ralf Darhrendorf, l’ancien  directeur de la London school  of economics .Dès lors,la mondialisation de l’économie accentue le déséquilibre nord – sud aussi bien sur le plan politique,économique  que socioculturel. Bien que certains  régimes gérontocratiques et peu démocratiques  au Zimbabwe, Kenya, Cameroun,Gabon et j’en passe y sont pour beaucoup aujourd’hui dans la déliquescence de ces  États.

 Le Pr.  Hans W.Singer, l’un des meilleurs spécialistes de l’économie du développement à propos du déséquilibre qui s’accélère  entre le nord et le sud disait :<< Nous ne pouvons pas indéfiniment prêcher la parole du bon ordre  démocratique au pays du sud sans établir un bon ordre démocratique dans l’économie mondiale. >>

 Nous espérons que les maîtres à pensée de la politique libérale mesurent  à quel point la  mondialisation telle quelle est arrivée pour l’Afrique, aggrave davantage les inégalités à divers niveaux, accentue les écarts de revenu liés à l’accès aux marchés, aux avoirs productifs et à l’éducation de jeunes africains, et par conséquent freine les efforts de réduction de la pauvreté et de développement durable du continent noir.   

                 Ferdinand Mayega

    Journaliste Chercheur indépendant

                                                                      

BARACK OBAMA EN ROUTE POUR LA MAISON BLANCHE

           BARACK OBAMA EN ROUTE POUR LA MAISON BLANCHE

   Voici pourquoi la paix durable  est possible s’il est élu Président?

Le citoyen du monde Barack Obama à travers lequel noir, blanc, juif, arabe, asiatique, latino et cherokee… se reconnaissent  dans ce village planétaire,  est à deux pas de la Maison Blanche, et constitue l’unique espoir pour bâtir une paix durable dans le monde.

Le jeune sénateur Barack Obama, est une perle rare et un homme politique hors du commun .En effet,  l’histoire de l’humanité indique certainement qu’il faut souvent plusieurs décennies pour voir apparaître une personnalité de cette dimension. Ce météore  par son ascension fulgurante sur la scène politique américaine  voire son apparition  comme un sauveur  sorti de nulle part, au moment ou on n’attendait si peu  dans une Amérique meurtrie par les mauvais souvenirs du 11septembre 2001,les ravages du cyclone Katrina  ,le dualisme social,la fracture raciale profonde  et 8 années de politique belliqueuse  de l’administration Bush est la preuve qu’au Etats-Unis , pays trop religieux,on a toujours  eu raison d’affirmer :<< In God ,We Trust. >>

Pour mesurer le vent nouveau que l’homme du slogan<< Change, We Can believe in >> va apporter dans la société américaine de ce début du 21ème siècle, il est juste et important d’insister aussi sur la signification de son nom, surtout dans cette Amérique où l’investiture au capitanat du monde à partir du bureau ovale de la Maison Blanche  est sujette à toutes les interrogations. Le nom << Barack >> signifie << Béni >> en hébreu, en arabe et swahili, la plus importante  langue parlée en Afrique  noire. Ensuite, <<Obama>>, qui est aussi un nom d’un grand prestige et de respect  dans  la tribu béti au Cameroun signifie aussi en swahili<< Lance enflammée >> et en japonais <<petite plage>>.

 Le monde entier traverse une période marquée par des conflits qui durent depuis des années  et continuent de faire de nombreuses victimes innocentes. Face à l’ampleur de la tâche qui attend le nouveau maître et gendarme du monde, 44ème Président des Etats-Unis, il faut absolument  faire l’unanimité parmi les belligérants. Ensuite, il faut  être élu de la volonté populaire du peuple américain et du monde, recevoir l’onction et la bénédiction  de tous. C’est exactement   ce que représente aujourd’hui, le candidat issu du métissage culturel Barack Obama. Grâce à la bénédiction dont-il porte, l’aura qu’il dégage dans   ses discours rassembleurs, il peut facilement aider à résoudre  le conflit israélo-palestinien au moyen  de la diplomatie du soft power du politologue démocrate américain Joseph Nye. Il peut aussi  réconcilier tous les américains  malgré les blessures de l’histoire de cette société où à une certaine époque lointaine, il y avait d’un côté, les maîtres et de l’autre côté, les esclaves ou les sous hommes dont l’évolution, disait-on, se serait arrêtée à mi chemin entre l’humanité véritable incarnée par l’homme blanc et le singe supérieur. Mais aussi, s’il arrivait  au pouvoir aux Etats-Unis, l’unique superpuissance mondiale, Barack Obama   va   aider à coup sûr  à lancer un vibrant message d’espoir aux africains dont le souvenir de la traite négrière, l’esclavage et  la colonisation demeurent présent dans les esprits. Nous n’oublions pas le visage peu honorable du continent noir marqué par la pauvreté, les guerres civiles, les calamités naturelles  et  le désespoir. Mais encore, sa prise de fonction  va permettre aussi la réconciliation sincère entre africains et africains américains. Parce que ces derniers, estiment que les premiers portent le poids de leur histoire tragique et leur acculturation dans la société américaine. Au sein de la société américaine, il existe un clivage profond et une méfiance envers les africains par la communauté africaine américaine. L’élection  de  Barack Obama à la  tête de l’État peut  apporter une thérapeutique appropriée, pour ressouder tous les morceaux et recoller  les lambeaux    de cette haine viscérale entre un même peuple, séparé par l’histoire qui continue de s’observer avec suspicion.

                                       La réconciliation triangulaire historique.

Le sénateur Barack Obama né   d’un père africain du Kenya, et d’une mère blanche du Kansas,descendant de Jefferson Davis, Président des États confédérés d’Amérique pendant la guerre de sécession permet par ce métissage  d’unir les africains aux occidentaux d’une manière générale . Ensuite,  le mariage en 1992 entre Barack Obama et la brillante avocate africaine américaine Michelle Robinson, avec la naissance de deux filles de cette union  d’une même race  divisée et éloignée par l’histoire  de la traite négrière, permettra aussi d’arrêter certainement la hache de guerre, la méfiance et le soupçon entre africains et africains américains aux Etats-Unis, et d’un bout à l’autre de l’océan. Enfin, l’élection d’Obama au pouvoir aura aussi pour avantage de cicatriser les blessures de la haine viscérale entre africains américains et la communauté blanche au Etats-Unis. C’est, cette triple réconciliation    après le poids trop lourd et sombre de l’histoire  après l’esclavage et  la ségrégation raciale sous la figure géométrique d’un triangle que j’ai appelé   la réconciliation   triangulaire historique.

                            L’effet Obama dans la  pacification  du monde   

La paix est enjeu majeur du 21ème siècle entre les différents peuples de cultures diverses   aussi bien aux Etats-Unis, pays d’émigration qu’à travers toute la planète. En effet, le conflit de civilisation dont parle le politologue américain Samuel Huntington entre le monde arabe et le monde occidental est à l’origine de la fragilité de la paix dans notre société. Le conflit israélo-palestinien voire entre Israel et le monde arabe est en réalité aussi, un conflit culturel car la religion est un aspect non négligeable de la culture d’un  peuple. Pour cette raison,   si Barack Obama accède à la Présidence des Etats-Unis, par sa citoyenneté transnationale et ses origines noires, il est capable  d’impulser une dynamique de paix et de réconciliation dans son pays et partout dans le monde. En effet, issu d’une minorité visible   et pour la première fois de l’histoire, minorité se voyant réellement valorisée à travers  la présence  de Barack Obama au centre de toutes les décisions ayant une influence immédiate aux Etats-Unis et à travers le village global, ce dernier  aura  plus  de marge de manœuvre pour  faciliter le rapprochement entre les différentes communautés et de cicatriser des plaies encore bien ouvertes et vives. Et comme pour une première fois dans l’histoire des États-Unis, un Président aura des  origines africaines ,ce peuple qui se positionne encore aujourd’hui  comme victime de l’histoire,  oppressé et non oppresseur,   Obama  pourra jouer un rôle important dans la stabilité du monde et la cohésion nationale à l’intérieur des Etats-Unis. Et ce n’est pas tout, cette cohésion va s’étendre à la communauté asiatique en générale  notamment  arabo-musulman parce que son enfance passée en Indonésie, pays d’Asie multiethnique et multiconfessionnel par ailleurs le plus grand pays musulman du monde,  peut aider à mettre fin à l’américanophobie aux yeux de l’aile radicale de l’islam. C’est ce boulevard unique pour redorer l’image des Etats-Unis dans le monde  arabo-musulman et africain,  rétablir la paix  et bâtir une vraie nation au pays de l’Oncle Sam, qui s’offre pour la première fois de l’histoire  pour un serieux futur locataire de la Maison Blanche. C’est ce que j’appelle l’effet Obama dans  la pacification du monde.

Il faut noter que les élections primaires dans le camp démocrate ont été bien âpre, puisque  le combat herculéen  s’est  poursuivi pendant de longs mois  entre Hillary Clinton qui vient juste  de jeter l’éponge et Barack Obama. Il ne serait pas exagéré compte tenu des suffrages des deux candidats d’affirmer que jeu électoral a été marqué presque par la théorie des jeux à somme nulle. C’est à dire qu’il n y a pas eu un confortable gagnant entre Hillary et Barack. C’est-à-dire,  entre  le sexe, dit-on,  faible, marginalisé, victime et oppressé aussi bien aux Etats-Unis, en Afrique et dans le reste du monde par les hommes qui, occupent toutes les fonctions importantes  et un  métisse culturel dont la pigmentation de la peau indique clairement qu’il a des origines noires. Cependant,le candidat du consensus mondial qui semble jusqu’ici avoir les chances de se faire élire sur une élection ouverte demain où tous les citoyens de la planète  voteraient est certainement Barack Obama. C’est ce que pensent  de nombreux observateurs notamment des  politologues  comme Louis Balthazar et  Donald Cuccioletta , spécialistes de la politique américaine à la chaire Raoul Dandurand de l’université du Québec à Montréal. Malgré tout, nous étions  convaincus que le duo  d’une femme et d’un africain américain pouvait  marquer considérablement le début de ce siècle en occupant l’un comme l’autre ou  inversement la présidence ou la vice-présidence des Etats-Unis. Le sénateur Barack Obama sera officiellement élu candidat démocrate lors de la convention du parti de l’âne  qui aura lieu du 25 au 28 août  prochain à Denver au Colorado.

Nous savons que le système politique américain aussi bien  au sein du parti démocrate que celui républicain par son mode de scrutin, est très complexe, ardu et difficile. Les relations, les lobbies et la machinerie d’influence peuvent   déjouer à la dernière minute, tous les pronostics. Malgré tout, le peuple américain en novembre doit regarder l’espoir de Barack Obama, ce jeune homme rafraîchissant,avec un beau sourire,à l’écoute des aspirations du moment de la société  américaine et du monde. Parce qu’il amène un grand optimisme, un bol d’air, un vent nouveau après les tristes souvenirs de la politique néo conservatrice de George  Walker Bush.

Il faut rappeler  que le candidat à la couleur mi-ébène  a aussi gagné  dans des États  jugés clés ainsi que des États   pauvres comme  le  Mississipi , cet État du sud,l’un des plus pauvres de la fédération américaine avec la Louisiane, qui   compte une  importante communauté noire marquée par le  mauvais souvenir du cyclone Katrina. Cyclone  ayant  fait des ravages et prouvé qu’il existe dans ce mauvais paradis terrestre qu’est les États-Unis, le tiers monde.

Le retrait de l’Irak comme l’envisage Barack Obama en 2009 peut aider à réduire ces inégalités criardes. Parce que, en 5 ans de  guerre en Irak, le trésor américain a dépensé environ   500 milliards de dollars et la facture grimpe chaque jour  de plusieurs  millions de dollars. Une manne financière qui peut aider à reformer le système de santé, à construire des écoles et à lutter contre le chômage et la pauvreté.

Le jeune sénateur de Chicago, l’unique espoir aux dires de nombreux intellectuels de la diaspora africaine aux Etats-Unis et en Europe,  pour  un Plan Marshall en Afrique pour son développement, est  né  le 04 août 1961 à Honolulu dans l’État  de Hawaï. Juriste de formation, l’homme du changement de la politique américaine, est  titulaire d’un doctorat en droit de Harvard mais aussi diplômé en sciences politiques et relations internationales de l’université Columbia de New York.

Le candidat démocrate Barack Obama, sera certainement  le premier Président noir des Etats-Unis, d’après certains analystes de la politique et l’histoire américaines tels l’historien François Durpaire, spécialiste de l’histoire nord américaine à l’université de Paris I, Panthéon Sorbonne, et le Pr. Pap Ndiaye du Centre d’Études nord-américaines de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris. En effet, l’<<homme du changement  à la couleur mi-ébène>> comme j’aime le faire remarquer, a le potentiel nécessaire,  les atouts et les capacités pour devenir aussi commandant en chef  ou capitaine du bateau américain, et par extension du monde. Pour cela, Il suffit de lui faire confiance et de s’y associer pour un meilleur changement dans les prochaines années de la politique américaine. 

             Ferdinand Mayega au Québec

       Journaliste chercheur indépendant

                                              

                                                       

                                                                             

VENDRE LES POTENTIALITÉS DU PAYS AUX QUÉBÉCOIS

 LE CAMEROUN A L’HONNEUR AU CÉGEP DE TROIS-RIVIÈRES

           VENDRE LES POTENTIALITÉS DU PAYS AUX QUÉBECOIS

 

La salle de concert Desjardins du Cégep de Trois-rivières a  abritée le 30 avril dernier, un cocktail organisé par la Fondation du collège d’enseignement général et professionnel  de Trois-Rivières. Cet évènement était placé sous le thème du Cameroun.

Au cours de cette soirée riche en enseignement  ayant  rassemblée plus de 80 invités, il a été essentiellement question de mieux découvrir l’histoire et la géographie ainsi que les potentialités en terme de ressources naturelles et humaines du Cameroun. Mais aussi, de  promouvoir la coopération et l’investissement entre le Canada et le Cameroun.

Après la présentation de l’évènement à l’honneur du Cameroun par Geneviève Bouffard, responsable des services des communications, nous avons eu droit  aux allocutions du DG du Cégep, M. Christian Muckle et du PCA de la Fondation du Cégep, Me Jean Éric Guindon. Le tour était venu à M. Ferdinand Mayega, journaliste originaire du Cameroun de prendre la parole, pour présenter aux   invités attentifs, tous les aspects de ce pays d’Afrique centrale bilingue au même titre que le Canada. Soucieux d’en savoir davantage sur le Cameroun, les uns et les autres n’ont pas manqué de poser des questions ou d’en savoir davantage au-delà des aspects abordés au cours de la présentation. C’est ainsi que la stabilité sociale  et le paysage politique de la démocratie camerounais ont été aussi au centre d’intérêt. Car si la première condition de l’investissement et d’une coopération durable est la stabilité d’un pays, celle-ci passe nécessairement par l’instauration et la consolidation de la démocratie. Après la présentation du Cameroun, le tour était venu à M. Mathieu Morasse, technicien en audiovisuel et vidéaste de présenter un petit extrait vidéo des images sur le Cameroun. Ces images  ont été tournées en février dernier au pays  par ce dernier, lors du stage d’un mois d’une douzaine d’étudiantes en soins infirmiers de ce Cégep dans la région de Fénakeukeu et Basingla du côté de Dschang.

Dans l’ensemble, la douzaine d’étudiantes et les deux enseignantes qui encadraient toute la délégation ont apprécié à leur juste valeur, leur séjour au Cameroun. Cependant, Il faut noter que la délégation a séjournée au pays  à la période au cours de laquelle, le climat social était visiblement tendu avec les émeutes qui ont endeuillées de nombreux citoyens.

Après la projection des images sur leur séjour au Cameroun, il a été question de faire découvrir l’art culinaire de ce pays, avec certains mets typiquement faits par quelques étudiantes camerounaises de l’université du Québec à Trois Rivières, qui pour l’occasion se sont chargées  de présenter aux curieux, les délices de ce qu’ils mangeaient.

Cette soirée à l’honneur du Cameroun qui a durée plus de deux heures,  s’est  achevée autour de ces commodités de la conversation dans une ambiance   restée inoubliable.

                                                                         Ferdinand Mayega à Trois-Rivières   

 

DMITRI MEDVEDEV ÉLU SANS SURPRISE A PRIS SES FONCTIONS

                         ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES EN RUSSIE

   DMITRI MEDVEDEV  ÉLU SANS SURPRISE A PRIS SES FONCTIONS

Le Président du conseil d’administration  du géant gazier russe Gazprom,Dmitri Anatolievitch Medvedev,   candidat désigné le 10 décembre 2007 par son ami et Président Vladimir Poutine à l’élection présidentielle du 2 mars dernier a été élu nouveau chef d’État avec  70,23% des voix.

Le nouveau Président Dmitri Medvedev  A  pris officiellement ses fonctions, le 7 mai dernier  et  poursuivra à coup sûr la politique de son mentor Vladimir Poutine. Ce dernier étant devenu  le Premier ministre pour poursuivre sa politique économique et ses ambitions géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques  pour refaire de la Russie, une grande puissance.

Considéré comme  l’un des chefs de file de l’aile libérale du Kremlin, Dmitri Medvedev,brillant universitaire et juriste, n’appartient  pas à la nomenklatura des << Siloviki >> constituée des anciens agents du  KGB comme Poutine, des hommes de l’armée,la police et les services de sécurité. Son absence de ce sérail même s’il fait partie du cercle de la nouvelle oligarchie d’État peut constitué  un espoir pour la  communauté internationale. Mais, Medvedev aura-t-il une marge de manœuvre et le recul nécessaire pour se libérer du joug de son prédécesseur et de tout l’appareil d’État pour mener à bien des reformes structurelles et démocratiques dans son pays?

L’Homme est divers et ondoyant, disait Montaigne, car nous savons la ligne de démarcation prise par Poutine de son protecteur Boris Eltsine après son élection en 2000 comme Président de la Russie.  Est-ce que le même scénario est   envisageable avec Dmitri Medvedev après sa prise de fonction officielle en mai prochain comme locataire du Kremlin? Tout  porte à croire qu’il sera difficile pour  l’ami de longue date de Vladimir Poutine  de décevoir ce dernier car son ascension rapide dans les hautes sphères de l’État a été possible grâce à Poutine lorsqu’en 2000, il a été nommé PCA du géant gazier Gazprom, et en 2003, chef de l’administration du Kremlin, poste qui le destinait déjà comme le dauphin  du Président. La rencontre entre  Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine  remonte à 1990 lorsqu’il était conseillé du président du conseil municipal de Leningrad Anatoli Sobtchak. Ensuite, il faut ajouter que l’un comme l’autre est diplômé de l’université de Saint Petersbourg .

Dmitri Medvedev à l’avantage d’hériter contrairement à Poutine d’un pays dont l’économie se porte bien avec la flambée des prix du gaz, de l’or noir et la vente record du matériel de guerre russe. La Russie a renouée avec la croissance économique après le chaos de l’étrange agonie de l’empire soviétique et de la présidence de Boris Eltsine. La Russie, le plus grand pays de la planète avec ses 17 millions km2 pour environ 143millions d’habitants, ce géant aux paradoxes  pour reprendre l’expression du Pr. Jean Radvanyi, spécialiste de la civilisation russe, revient aujourd’hui en force au devant de la scène mondiale. Pour cela, les russes, nostalgiques de la grande Russie avant l’effondrement de l’Union soviétique  après la chute du mur de Berlin, rêve d’une nouvelle grande superpuissance  pour jouer le contre poids de l’influence américaine dans le monde. Si Poutine a représenté durant son règne, cette volonté de restaurer le prestige de la Russie par tous les  moyens grâce à ce qu’il a appelé << la verticale du pouvoir>>, alors son prédécesseur Dmitri Medvedev va poursuivre certainement cette ligne politique qui semble avoir portée des fruits. Le Président Vladimir Poutine dans son essai intitulé :<< La Russie à l'aube du millénaire >> publié à l’occasion de son élection en 2000 disait à propos de son rêve de cette Russie où il fera bon vivre demain :<< Si la Russie accroît son Pib de 10% par année, pendant les quinze prochaines années, alors nous aurons rejoint le rang de la France ou de l'Angleterre. >>  C’est le sentiment du nouveau Président Medvedev et des russes qui estiment que le prestige international d’un pays comme la Russie aujourd’hui  sur la marche des affaires du monde est proportionnel à son poids économique,  et son influence politique et stratégique.

Le nouveau Président dans son souci du mieux être de la population  va s’atteler à relever  le niveau de vie ou ourovenjizni et à réduire nettement le chômage ou bezrabotitsa comme on dit en russe. Déjà, il faut noter que les résultats de ces dernières années sont encourageants. En effet, le salaire moyen des russes est passé de 179 $ US en 2003 à 550 $ US en 2005 soit une hausse de plus de 200 % en l’espace de deux ans. Raison pour laquelle, le peuple russe en général et surtout la jeunesse poutinienne  en particulier, les << Nachis >>, c’est-à-dire les nôtres, ces jeunes défenseurs de la nouvelle ligne politique en Russie expriment ouvertement leur soutien aux nouveaux dirigeants du pays et désapprouvent l’ingérence extérieure dans les affaires de la Russie surtout en matière  de démocratie. Ces derniers n’ont certainement pas raison mais totalement pas tort. Car la loi de  Maslow  sur la hiérarchisation des besoins chez l’être humain indique clairement que le premier besoin est avant tout physiologique. Et puisque les russes veulent s’assurer d’abord leur pain quotidien, ils pensent  qu’il faut soutenir tout régime soucieux de  relever leur niveau de vie même si la démocratie  russe est expéditive contrairement à celle excessive que nous observons aux États-Unis.

Le Pr. Albert Légault,titulaire de la chaire  de recherche du Canada en relations internationales à l’université du Québec à Montréal, à propos de cette volonté d’imposer par l’occident, la démocratie   partout dans le monde  notamment en Russie affirme : << la démocratie ne s’exporte pas comme les oranges .>> C’est dire que le nouveau Président Dmitri Medvedev  va assurément continuer avec l’appui de son prédécesseur  Poutine au poste de Premier ministre, la gestion du pays avec la même vision,rigueur  et ne va pas reculer devant toute forme de pression pour  faire passer ses idées malgré les pesanteurs  de la communauté internationale et des partis d’opposition au régime  qui veulent l’instauration d’une  démocratie saine et juste, la liberté d’expression et de presse . Ces derniers n’ont qu’à bien se tenir et  à mesurer les risques.

                                                                         Ferdinand Mayega

                                                    Biographie

Le nouveau Président Russe Dmitri Medvedev est né le 14 septembre 1965 à Leningrad. Fils unique, il fait de brillantes études de Droit civil à l’université   de Saint Petersbourg jusqu’en 1987, et trois ans plus tard soit en 1990, il soutient un doctorat d’État en Droit. De 1990 à 1999, il  enseigne le Droit à l’université de Saint Petersbourg. En 1993, il se lance parallèlement dans les affaires comme l’un des fondateurs de l’entreprise Fincell, cette entreprise à son tour va permettre la création  de Illim Pulp Enterprise, un géant forestier et M. Dmitri Medvedev est nommé directeur des affaires juridiques. Entre temps, en 1995, il est le conseillé du maire de Leningrad Anatoli Sobtchak.

 L’année 2000 est celle au cours de laquelle, il est nommé au conseil de direction du géant gazier du Groupe Gazprom par le Président Vladimir Poutine. Trois plus tard soit en octobre 2003, il est appelé à occuper aussi le poste de chef de l’administration du Kremlin.

Le nouveau maître du Kremlin est un passionné de la photo et du Rock’n roll    notamment du groupe << Black Ozzy Osbourne>>. Dmitri Medvedev est un bon sportif car il pratique l’haltérophilie.

Il s’est marié en 1989 à sa camarade d’école Svetlana Linnik qui est diplômée en finance et économie. Ce dernier  est père d’un fils nommé Ilia et  âgé de 12ans.

LE GABONAIS JEAN PING À TÊTE DE L’UNION AFRICAINE

                         COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE

           LE GABONAIS JEAN PING À LA TÊTE DE L’ORGANISATION

La Commission de l’Union africaine, née sous les cendres de l’OUA fondée en 1963 à Adis Abéba, la capitale  éthiopienne  a élu à sa tête, le 1er février dernier, un nouveau Président en la personne du gabonais Jean Ping alors ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie. Il remplace à ce poste, l’ancien Président malien Alpha Oumar Konaré qui aura passé 5 ans à tête de cette organisation panafricaine.

Le chef de la diplomatie gabonaise Jean Ping, le  << Mao>> du Gabon comme l’appelle affectueusement le Président de ce petit pays d’Afrique centrale Omar Bongo Ondimba, parce que né d’un père de l’Empire du milieu, premier chinois débarqué sur le sol gabonais dans les années 1930 comme  marchand ambulant et d’une mère gabonaise, a été élu avec 31 voix sur les 46 votants. Le nouveau Président de l’UA disputait ce siège tant convoité avec deux autres candidats .Il s’ agit du sierra léonais Abdulai Osman, juge en chef de Belize, en Amérique du sud et de la zambienne Inonge  Mbikusita Lewanika, ambassadrice de son pays aux Etats-Unis.

Jean Ping hérite d’une structure dont-on affirme que la bureaucratie est trop lourde, les moyens financiers insuffisants et le pouvoir d’agir limité à cause de multiples pesanteurs notamment l’influence des chefs d’État sur cette structure comparativement à l’Union européenne par exemple dont la mission est presque identique de l’autre côté de la méditerranée.

Lorsqu’on se rend compte que son prédécesseur, l’ancien chef d’État du Mali Alpha Oumar Konaré, démocrate jusqu’au bout des ongles, jouissant d’un prestige intercontinental et d’une liberté de ton, s’est battu à la transpiration de ses efforts pour résoudre les multiples conflits et foyers de tension sur le continent africain ainsi que promouvoir une nouvelle Afrique positive sans atteindre pleinement ses objectifs ; il y a lieu de s’interroger sur la marge de manœuvre de son successeur Jean Ping  dont la mission semble être encore plus difficile. En effet, si le Président de la Commission de l’Union africaine a été élu avec une confortable avance sur ses concurrents, cependant la mise à l’écart pour des raisons évidentes de délais de dépôt de la candidature du ministre  Ali Triki,  le monsieur Afrique de la Libye de Mouammar Kadhafi  ainsi que le malaise perceptible de Thabo Mbeki, le Président d’Afrique du sud, deux pays dont le poids financier, politique et économique sont reconnus ne favorisent pas Jean Ping. Et pour cause, l’organisation panafricaine a besoin d’argent, de beaucoup d’argent frais et de l’appui de tous  pour attaquer les divers problèmes qui minent l’Afrique.

Nous devons tout de même reconnaître que le nouveau patron de la plus grande instance sur le continent noir est un diplomate chevronné et un homme de grand talent. Ses multiples implications et succès de médiation dans la résolution de divers différends en Afrique et l’expérience internationale notamment comme Président de l’OPEP en 2004,59ème Président de l’Assemblée générale des Nations unies entre 2004 et 2005 et comme fonctionnaire à l’Unesco sont autant d’atouts pour réussir. Monsieur Jean Ping, le candidat  du Gabon et de presque toute l’Afrique est un  homme de conviction, avec de grandes qualités humaines. Au cours d’un entretien dans le Talk de Paris sur la chaîne de télévision France 24,  le 22 février dernier avec le journaliste français Ulysse Gosset, il disait reconnaître avec humilité que la tâche ne sera pas facile et de tout repos. Cependant, il affichait sa  détermination à se pencher sur les maux qui minent l’Afrique  et empêchent son take off ou son décollage économique, sa stabilité politique et son progrès social. Aussi, il invitait chaque dirigeant africain  à lui apporter son soutien pour réussir ensemble l’œuvre de modernisation, démocratisation et pacification du continent à la peau d’ébène. Le credo de Jean Ping`, c’est«  Entendons- nous entre africains« .D’après le Président de la Commission de l’Union africaine, la stabilité et le progrès de l’Afrique passent résolument  par la nécessité pour les africains de bâtir une culture de la paix et la promotion du dialogue. Il prône la cohésion nationale entre les différentes composantes sociologiques d’un pays et la coopération  régionale et sous régionale entre les États.

Le diplomate et l’homme politique gabonais Jean Ping aimerait encourager  aussi le rapprochement avec le monde arabe et asiatique en dehors des partenaires traditionnels de l’Afrique à savoir les pays européens  et du continent américain. Parce qu’il   pense que la diversification de la coopération de l’Afrique avec les autres parties du monde est source de richesse et peut favoriser l’émergence de l’Afrique. Au moment ou la Chine,la future superpuissance du 21ème siècle devient un partenaire de choix et un gros investisseur sur le continent,  l’arrivée à la tête de la Commission de l’Union africaine de Jean Ping, ce citoyen africain et transnational par  ses origines chinoises,sa maîtrise de la langue chinoise,le mandarin en dehors du français et l’anglais… peut constituer un ciment  pour recevoir encore davantage les capitaux chinois. Il faut noter  qu’après sa nomination, l’agence Chine nouvelle ou Xinhua  a aussi annoncée dans ses colonnes, l’élection de Jean Ping à tête de cette grande organisation sans mentionner au passage que ce dernier peut aussi se réclamer enfant chinois de la diaspora. Même si cette mention n’a pas été faite, à Beijing, c’est certainement aussi une bonne nouvelle pour resserrer les liens de coopération entre la Chine de tous les superlatifs de progrès et l’Afrique. N’oublions pas que si l’Afrique a une population de 750 millions d’habitants pour ses 53 États, à l’horizon 2020, l’Union africaine comptera 1,4 milliard d’habitants soit autant que la Chine d’aujourd’hui et représentera encore un grand marché et par conséquent, elle recevra certainement une masse d’argent en terme d’investissement direct étranger. Il faut, dès à présent aux africains de conjuguer leurs efforts pour bâtir une paix durable afin de devenir plus attractif  pour  recevoir un  afflux massif de capitaux.

Le protégé du Président Omar Bongo, Jean Ping, conscient des perspectives prometteuses qui s’offrent  désormais aux africains dans le futur souhaite marquer d’une pierre blanche, son passage  comme Président de la Commission de l’Union africaine.

Si nous admettons que lors d’une situation d’urgence, la vitesse est uniquement déterminée par la situation de celui à qui l’on porte secours, alors  les décideurs africains doivent reconnaître   à temps les besoins de la société africaine et faire le nécessaire car la vie punit ceux qui arrivent trop tard. Ce moment nous semble arrivé d’après plusieurs indicateurs fiables pour penser que le continent noir doit saisir l’opportunité pour conjuguer au passé, les périodes douloureuses de son sous développement dans l’optique de  sortir définitivement du goulag de la pauvreté et du labyrinthe de la néguentropie.

Il faut noter pour finir que le prochain sommet de l’UA aura lieu en juillet prochain à Charm el- Cheikh en Égypte et que le nouveau Président en exercice de l’Union africaine est le chef d’État tanzanien Jakaya Kikwele Kikwete.                

                                              Ferdinand Mayega

                                     BIOGRAPHIE DE JEAN PING     

Le nouveau Président de l’Union africaine, le diplomate Jean Ping est né le 24 novembre 1942 à Omboué au Gabon.

Il est titulaire d’un doctorat d’État en sciences économiques de l’université de Paris I Panthéon Sorbonne.

Il a été tour à tour, fonctionnaire à l’Unesco dès 1972, Délégué permanent du Gabon entre 1978 et 1984. Il a occupé à son retour au Gabon le poste de directeur de cabinet du Président de la République. Puis, du 26 février 1990 au 29 avril de la même  année,il occupe le porte feuille ministériel de l’Information,des Postes et Télécommunications,du Tourisme et des Loisirs avec le titre de porte parole du gouvernement.

Le 29 avril 1990  à juin 1991, il exerce comme ministre des Mines et de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques. Poste qu’il occupera une seconde fois entre le 28 août 1992 au 24 mars 1994.Puis,il est nommé au ministère des Affaires étrangères et de la coopération où il passera 7 mois et 4jours.Ensuite, du 30 octobre 1994 au 25 janvier 1997,il prend les fonctions de ministre délégué auprès du ministre des Finances, de l’Économie,du Budget et de la Privatisation. Travailleur acharné, M. Jean Ping  est nommé par Omar Bongo au poste de ministre de la Planification, de l’Environnement et du Tourisme. Poste qu’il occupera du 27 janvier 1997 au 25 janvier 1999.Puis,il est propulsé par la suite aux fonctions de ministre d’État,ministre des Affaires étrangères,de la Coopération et de la Francophonie du 25 janvier 1999 au 6 février 2008,date à laquelle il devait quitter son poste pour  sa nouvelle fonction de Président de la Commission de l’Union africaine à Adis Abéba en Éthiopie.

Jean Ping est marié et père de  famille.

 

Sur le plan bibliographique,il a publié en 2002 aux éditions l’Harmattan,un livre qui a pour titre :<< Mondialisation ,Paix,démocratie et développement en Afrique :l’expérience gabonaise >>.Ce livre a été préface par   le ministre français Hubert Védrine.

Sur le plan honorifique, il a été élevé en 2006 au grade de Grand Officier de la Légion d’honneur par l’ambassadeur de France au Gabon au nom du         Président Jacques Chirac.    

 

 

 

LA DIASPORA DU MONDE EN AFRIQUE DANS L’ANTIQUITÉ ET LE MOYEN AGE

L’Afrique a connu dans un passé lointain de son histoire, un phénomène migratoire sans précédent des populations originaires d’Europe et d’Asie. Il s’agissait notamment des Grecs, des Juifs et des Arabes. Ces derniers étaient à la recherche du savoir, la sécurité mais aussi du bien-être dans ce continent autrefois prospère qui était devenu le premier centre du rayonnement culturel au monde. Le phénomène diasporique n’est donc pas relativement nouveau pour le monde et l’Afrique en particulier.

L’Égypte pharaonique : première puissance culturelle et sécuritaire du monde

La diaspora d’un pays est la communauté étrangère d’un État ou territoire qui se fixe dans d’autres pays dans le monde. Dans l’ouvrage Géopolitique des minorités du Pr. Pierre Georges publié en 1984, le géographe français  définit la diaspora comme la« dispersion alimentée par des exodes successifs, d’une entité ethnoculturelle solidement constituée préalablement à son essaimage». Quant au politologue Gabriel Scheffer de l’université hébraïque de Jérusalem et spécialiste de la diaspora juive, les diasporas modernes sont des minorités ethniques de migrants vivant dans des pays d’accueil mais conservant des liens affectifs et matériels forts avec leur pays d’origine (Scheffer, 1986).                       Depuis la nuit des temps jusqu’à ce jour, le phénomène migratoire et diasporique pousse les peuples du monde à se déplacer pour des raisons politiques, économiques, culturelles, religieuses et intellectuelles pour aller  à la recherche  d’un espace plus sécuritaire  de bien-être et d’acquisition  du savoir, du savoir-faire  ou de la connaissance. C’était le cas de la diaspora grecque dans l’Égypte pharaonique avec des noms aussi célèbres que Thales, Pythagore, Euclide, Héraclite, Démocrite, Socrate, Platon, Ératosthène, etc. Nous sommes alors bien loin dans le passé avant l’ère chrétienne. Cette diaspora hellénique se fixe essentiellement à Alexandrie qui est le centre par excellence du rayonnement culturel dans le monde avec sa célèbre bibliothèque de plus de 700.000 volumes (rouleaux de papyrus). Ces Grecs viennent s’abreuver des immenses connaissances de prêtres égyptiens de l’époque notamment Manéthon, prêtre égyptien qui parlait et écrivait le grec. Ce sage égyptien a rédigé l’histoire des pharaons intitulée Aiguptiaka. À cette époque, l’Égypte pharaonique était pour les Grecs comparable par exemple aux États-Unis où les autres citoyens de notre village planétaire rêvent d’aller à la conquête du savoir dans les meilleures institutions universitaires du monde. C’est la preuve que l’Égypte pharaonique a été l’institutrice de la Grèce et des autres peuples du monde. L’apport de la  diaspora intellectuelle hellénique a permis à la Grèce antique de prendre le relais de la pensée mathématique, philosophique et technique pour devenir le plus grand foyer du rayonnement des connaissances dans l’Antiquité. C’est la raison pour laquelle le prestige de la Grèce dans ce 21ème siècle, malgré ses difficultés conjoncturelles et structurelles et ses multiples crises sociales  dans ce pays de l’Union européenne, repose encore aujourd’hui dans l’apport remarquable des savants grecs dans l’avancement des connaissances qui ont permis à notre société humaine de faire chaque jour un peu plus un saut qualitatif vers plus de modernité. Au-delà de cette diaspora intellectuelle grecque en Égypte qui a favorisé l’émergence du savoir au pays dans l’Antiquité, la prise de la cité grecque de Phocée en 546 avant Jésus Christ par l’empire Perse (Iran actuel) de Cyrus Le Grand a aussi été à l’origine dans l’Antiquité de la diaspora phocéenne qui fonda auparavant la colonie de Massilia plus connue aujourd’hui sous le nom de Marseille en France vers -600 avant l’ère chrétienne.  Comme vous pouvez le constater aisément, depuis les premières vagues d’immigration dans l’Antiquité, le phénomène diasporique trouve essentiellement ses motivations dans l’éducation ou la  recherche du savoir, la sécurité donc également la liberté et la subsistance.

La prospérité du continent noir : incontestable dans un passé lointain

En dehors de l’Égypte pharaonique, l’université Sankoré de Tombouctou au Moyen Age entre le XIIème et le XVIIème siècle aurait formé plus de 25 000 étudiants dans de nombreuses disciplines comme l’astronomie, la philosophie,  le droit, la médecine, l’algèbre, la chirurgie, la religion, la grammaire, etc. Cette université prestigieuse située dans l’actuel Mali avait des érudits et enseignants  célèbres noirs comme Mohamed Bagayoko Wangari originaire de Djenné. Ce dernier a formé des étudiants célèbres tel que le savant Ahmed Baba qui deviendra à son tour enseignant dans ce centre d’excellence du savoir. L’érudit Ahmed Baba a publié un ouvrage majeur intitulé Kifâyat Al muhtaj. Ce dernier qui a été déporté au Maroc après la conquête marocaine en 1593 est retourné dans son pays après avoir été libéré pour son intelligence et la formation de certains disciples dans ce royaume. Lorsqu’on sait que l’université de Tombouctou entretenait une étroite collaboration avec d’autres centres d’enseignement au Caire et à Damas, on peut donc aisément imaginer au moins que des étudiants venus d’autres régions du monde ont également été formés dans ce temple du savoir en terre africaine au sud du Sahara.

D’après le géographe Michel Bruneau, il existe trois caractéristiques qui justifie la diaspora qui sont la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale ; l’existence d’une organisation politique, religieuse ou culturelle du groupe dispersé; l’existence de contacts sous diverses formes, réelles ou imaginaires, avec le territoire ou pays d’origine. De nos jours, pour faire un parallèle au rayonnement de la Grèce antique grâce au savoir et savoir-faire de sa diaspora intellectuelle dans l’Égypte pharaonique, nous pouvons affirmer également que le rayonnement international et le prestige d’un petit État comme Israël repose essentiellement sur l’apport remarquable de sa diaspora intellectuelle et du monde des affaires dans le monde. Cette diaspora juive séculaire ou de nouvelles vagues d’immigration à travers le monde notamment en Europe occidentale et aux États-Unis, au-delà de celle qui a existé pendant la période pré-romaine après la persécution et l’expulsion suite au renversement en -587du Royaume de Juda ainsi que celle de la période sombre de l’Histoire avec la Shoah , domine tous les importants ressorts de pouvoir dans le monde occidental grâce à de puissants lobbies ou acteurs géopolitiques au service de l’État hébreu. Dans l’Ancien et le Nouveau Testament de la Bible, les Saintes Écritures nous édifient sur le séjour de nombreux Juifs et croyants qui ont fui la persécution et la violence dans leur territoire ou pays pour s’établir en Égypte, leur nouveau pays d’adoption. Nous connaissons l’histoire d’Abraham et de Sara, de Moise sans oublier le séjour de la Sainte Famille de Joseph, Marie, leur nouveau fils Jésus ainsi que l’accoucheuse de Marie nommée Salomé. Comme de nombreux réfugiés de notre époque qui fuient l’instabilité politique, les crises sociales, les conséquences du réchauffement climatique, l’aliénation culturelle, les conflits armés, les guerres religieuses et ethniques, la Sainte Famille a été contrainte de quitter la Palestine du roi Hérode pour mettre en sécurité l’enfant Jésus que le roi voulait tuer pour éviter des menaces à son pouvoir suprême. D’après le Papyrus du Fayoum qui remonte au IVème siècle et rédigé dans l’ancienne langue copte et dont on retrouve un exemplaire à la bibliothèque de l’université de Cologne en Allemagne, la Sainte Famille a séjourné en Égypte pendant 3ans et 11 mois. Ce voyage en terre africaine de Joseph, son épouse et leur fils a eu lieu le 24 du mois copte de Bashons correspondant au mois de juin du calendrier grégorien. Ces informations sur le séjour égyptien de la Sainte Famille corroborent avec celles du Livre des Mémoires du Pape Théophile dont on retrouve trois exemplaires respectivement au Vatican, la bibliothèque nationale de Paris et à la bibliothèque des Manuscrits  de Deir Al Moharraq située à Assiout en Égypte. Dans un songe sur Marie, ce 23ème Pape d’Alexandrie a reçu de la mère de Jésus toutes les informations relatives à leur traversée du désert et leur séjour en Égypte.  D’après tout ce qui précède, il n’y a pas l’ombre d’un doute, le continent africain,  à travers l’Égypte pharaonique, est à l’origine de la civilisation humaine et au cœur des premiers mouvements diasporiques dans le monde. Si aujourd’hui, les Africains quittent essentiellement le continent pour s’établir dans d’autres îlots de prospérité et de sécurité dans le monde, il est important de souligner que l’Afrique a reçu un nombre important de migrants venus d’ailleurs au cours de son histoire glorieuse. Il n’est donc pas exclu que ce continent reçoive à nouveau une vague migratoire importante lorsque la roue de l’histoire actuelle fera de l’Afrique, le continent où il fera bon vivre dans un futur lointain. C’est la connaissance du passé de l’Afrique et les perspectives favorables de son futur qui permettent une meilleure projection du flux diasporique des étrangers dans l’avenir sur le continent noir.

La diaspora juive : levier de pouvoir  et la force d’Israël dans le monde                                             

La diaspora juive compte un peu plus de 14 millions de personnes à travers le monde notamment sur le continent africain. Sur le plan démographique, son poids est  négligeable parce que ce peuple représente à peine 0.02% de la population mondiale. Pourtant, l’influence de L’État d’Israël et son poids géopolitique, géostratégique et géoéconomique dans la marche des affaires  du monde repose essentiellement sur sa diaspora.

En effet, Vous savez que le savoir donne le pouvoir et la puissance financière influence considérablement les rapports de force. Pour prendre la mesure du poids de la diaspora juive dans le monde, il suffit de se rendre compte de la main mise du peuple juif sur les différents Prix Nobels dans le monde. Les chiffres et les pourcentages sont des indicateurs fiables pour le justifier. Prenons un exemple simple: Le peuple juif compte aujourd’hui un peu plus de 164 Nobels sur plus de 740, soit 22% des lauréats de Nobels dans le monde. Si nous poursuivons l’analyse, on se rendra compte que 53% des Nobels d’économie dans le monde sont des Juifs, 38% des Nobels de physique sont Juifs, 29% des Nobels de médecine sont des Juifs, 28% des Nobels de Chimie sont des Juifs, 27% des Nobels de littérature sont des Juifs et 11% des Nobels de la Paix sont des Juifs. Par ailleurs, de nombreux magnats de l’industrie et de la finance à travers le monde, notamment aux États-Unis sont d’origine juive. De même, Certains d’entre eux  occupent  des fonctions politiques importantes ou travaillent pour des médias influents dans le pays d’adoption. Dès lors, cette diaspora peut  peser de tout son poids dans les décisions concernant l’État d’Israël à l’exemple du processus de paix au Proche-Orient. Pour mieux coordonner les actions de cette diaspora juive en faveur des intérêts de l’État hébreux dans un pays comme les États-Unis,  Certaines organisations ont été créées. Nous pouvons citer  l’American Israël Public Affairs Committee (AIPAC) aux États-Unis qui influencerait même le Congrès à travers ses contributions de campagne et  le Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Cette dernière organisation aurait une forte influence sur les médias et le pouvoir exécutif en matière de politique étrangère des États-Unis envers l’État hébreu. Voilà autant de raisons pour lesquelles Israël est un petit pays puissant qui influence même la politique américaine et mondiale au Proche Orient avec le monde Arabe. Le peuple juif qui a une histoire assez douloureuse notamment avec l’holocauste a compris que l’union fait la force et l’État d’Israël a adopté une bonne politique d’utilisation  de sa diaspora pour son rayonnement dans le monde. La diaspora juive a su s’imposer dans notre village planétaire grâce à son savoir-faire, le contrôle de grands leviers de pouvoir comme les médias et son pouvoir de l’argent qui permettent de se construire des lobbies puissants pour défendre les intérêts d’Israël et du peuple juif partout où le besoin se fera sentir. C’est le cas aussi dans un pays européen comme  France avec le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France ou le CRIF.

Si l’Afrique est à la traîne et peu écoutée dans la marche des affaires du monde, l’une des raisons du poids négligeable du continent noir repose aussi sur le manque de vision ou de perspective dans l’unification des forces de la myriade d’associations ou d’organisations de cette diaspora africaine dans l’optique de se constituer en véritables acteurs géopolitiques pour la défense des  intérêts majeurs de l’Afrique. La diaspora africaine doit jouer sa meilleure partition pour favoriser le développement de L’Afrique sinon   la marginalisation des Africains se poursuivra dans les décennies futures. L’Afrique peut se développer. C’est une question de volonté et de détermination aussi bien des leaders politiques, des Africains du terroir et de la diaspora. Seul le développement durable et humain intégral permettra aux États africains de se libérer  de la domination occidentale  pour construire une paix harmonieuse sur notre continent. Pour cela, les Africains  doivent conjuguer  leurs efforts en faisant appel au savoir-faire ou à l’expertise de sa diaspora  éparpillée à travers le monde. Le Roi Ghézo du Royaume du Dahomey (Bénin actuel) avait vu juste lorsqu’il disait que si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées boucher  tous les trous de la jarre percée, notre royaume serait sauvé.

L’indice de visibilité d’un pays par sa diaspora : un outil statistique du dynamisme d’une communauté diasporique  à l’extérieur

L’explosion spectaculaire des technologies de l’information et de la communication ont littéralement transformé les frontières géographiques et aérographiques  en frontières virtuelles. Les moyens d’informations et de communications sont entrain de transformer la notion de frontière dans nos esprits à un simple concept quasi caduque. Le monde se globalise chaque jour un peu plus en  un village planétaire grâce aux moyens modernes de communication à la fois transversale et asynchrone comme internet et les nouveaux réseaux d’informations et de socialisation comme le blog, facebook, tweeter, etc. Ces outils d’informations et de communication sont des atouts majeurs pour le rayonnement d’un pays d’origine grâce à la visibilité d’un membre de sa diaspora qui s’illustre dans son pays d’adoption ou à travers le monde dans une activité culturelle, intellectuelle, sociale, religieuse, politique, économique, sportive, etc.

Pour prendre la mesure de ce que j’appelle l’Indice de Visibilité d’un Pays par sa Diaspora ou l’IVPD qui serait un indicateur fiable du dynamisme d’un peuple à travers les multiples activités de sa communauté diasporique au cours d’une année,  nous allons essayer d’évaluer l’effet statistique ou une étude médiamétrique après l’élection de l’écrivain canadien d’origine haïtienne à l’Académie française le 12 décembre 2013. L’entrée à la coupole des immortels en France de l’enfant terrible de la ville de Petit Goâve a été largement médiatisée par de nombreux journaux, radios et chaînes de télévision du monde. Par ailleurs, les différents médias sociaux comme facebook, tweeter sans oublier les médias du web ont également relayé cette nouvelle par les followers de l’élection du nouveau académicien noir naturalisé canadien mais originaire d’Haïti, la première république noire indépendante du monde  en 1804 mais aussi le pays le plus pauvre des Amériques, environ  210 ans plus tard. En l’espace d’une journée, Dany Laferrière, un membre influent de la diaspora intellectuelle haïtienne du monde qui a fui la dictature de Baby Doc pour une vie paisible au Canada a remis le pays de Toussaint Louverture sur la carte du monde. Le nom d’Haïti a été largement cité de manière positive grâce à l’écrivain qui a eu une ascension fulgurante et un rayonnement planétaire incontestable depuis son exil au Québec. Lorsqu’on sait que les nouvelles sur Haïti dans les médias du monde sont généralement rares et mauvaises avec la paupérisation croissante de la population, la corruption systémique, un dualisme social profond caractérisé par une mauvaise redistribution des fruits de la croissance qui creuse les inégalités et des catastrophes naturelles comme le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 qui a failli faire passer Dany Laferrière de vie à trépas parce qu’il se trouvait dans son pays d’origine, le second académicien noir de l’histoire de cette vieille institution séculaire de la république  française permet de rendre Haïti attractif aussi bien sur le plan culturel, humain et touristique. L’indice de visibilité du pays par sa diaspora peut être capitalisé par les autorités politiques haïtiennes. En effet, le nouvel académicien participe positivement à redorer l’image d’un peuple meurtri par la souffrance et dont le fonctionnement de l’État et le financement de son programme de développement dépend essentiellement de l’aide internationale.

Dans l’ouvrage publié par le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle  (GRAHN) après le violent tremblement de terre, ouvrage qui est un véritable Plan Marshal de la diaspora haïtienne du monde, le Pr. Samuel Pierre de l’école polytechnique de Montréal, titulaire de l’unique Chaire de recherche industrielle au Canada en système réseautique mobile de prochaines générations conjointement financée par le pays et la firme suédoise Ericsson, le seul noir originaire d’Haïti à devenir membre de l’Académie canadienne du génie affirme : « Pour l’exercice 2008-2009, le budget de fonctionnement de l’État haïtien, excluant celui de l’investissement , s’est élevé à 100 milliards de gourdes, alors que `les recettes anticipées de l’État ne pouvaient pas atteindre 40 milliards de gourdes. Il faut donc compter sur la communauté internationale pour combler le manque à gagner d’environ 60 milliards de gourdes représentant plus de 60% de ce budget de fonctionnement. Qu’en est-il alors du budget d’investissement ou de développement qui dépendrait presque à 100% de l’aide externe? Les questions fondamentales qui se posent aux décideurs politiques actuels et futurs sont les suivantes : comment peut-on parler de souveraineté nationale quand plus de 60% des montants nécessaires au fonctionnement de l’État dépendent des aléas et de la bonne foi d’acteurs internationaux? Comment faire progresser un pays qui ne possède guerre de moyens d’élaborer et de financer un programme de développement? » Il faut noter qu’un dollar américain vaut environ 40 gourdes, la monnaie locale dans ce pays.

La réponse à toutes ces questions pertinentes du savant canado-haïtien ne trouveront de solutions meilleures et durables qu’avec l’apport remarquable de la force créatrice de la diaspora haïtienne possédant  un savoir-faire indispensable pour favoriser la visibilité d’Haïti, son attractivité, son rayonnement, son take off ou décollage économique dans l’optique du développement harmonieux et durable du pays. Il s’agit pour tous les pays du monde notamment ceux du continent africain de mettre la diaspora au cœur des priorités du développement ou du progrès social du pays.

Ferdinand Mayega, Journaliste-écrivain et chercheur, Spécialiste de la diaspora africaine

Chercheur associé au Centre des Recherches Pluridisciplinaires sur les Communautés d’Afrique noire et de Diasporas(CERCLECAD)-Ottawa-Canada

Chercheur associé sur des questions de diaspora africaine à l’Institut de recherches et d’études africaines(IREA)-Paris-France

Auteur en 2010 chez l’Harmattan à Paris d’un essai de 316 pages. Son titre: « L’avenir de l’Afrique: la diaspora intellectuelle interpellée. »

 

 

LA DIASPORA JUIVE : LEVIER MAJEUR DE LA PUISSANCE D’ISRAEL DANS LE MONDE

La diaspora juive compte un peu plus de 14 millions de personnes à travers le monde. Sur le plan démographique, son poids est  négligeable parce que ce peuple représente à peine 0.02% de la population mondiale. Pourtant, l’influence de l’État d’Israël et son poids géopolitique, géostratégique et géoéconomique dans la marche des affaires  du monde repose sur sa diaspora. En effet, vous savez que le savoir donne le pouvoir et la puissance financière influence considérablement les rapports de force. Pour prendre la mesure du poids de la diaspora juive dans le monde, il suffit de se rendre compte de la main mise du peuple juif sur les différents Prix Nobels dans le monde.

Les chiffres et les pourcentages sont des indicateurs fiables pour le justifier.  Prenons un exemple simple: le peuple juif compte aujourd’hui un peu plus de 164 Nobels sur 740, soit 22% des lauréats de Nobels dans le monde. Si nous poursuivons l’analyse, on se rendra vite compte que 53% des Nobels d’économie dans le monde sont des Juifs, 38% des Nobels de physique sont des Juifs, 29% des Nobels de médecine sont des Juifs, 28% des Nobels de Chimie sont des Juifs, 27% des Nobels de littérature sont des Juifs et 11% des Nobels de la Paix sont des Juifs. Par ailleurs, de nombreux magnats de l’industrie et de la finance à travers le monde, notamment aux États-Unis sont d’origine juive. De même, certains d’entre eux  occupent  des fonctions politiques importantes ou travaillent pour des médias influents dans le pays d’adoption. Dès lors, cette diaspora peut  peser de tout son poids dans les décisions concernant l’État d’Israël à l’exemple du processus de paix au Proche-Orient. Pour mieux coordonner les actions de cette diaspora juive en faveur des intérêts de l’État hébreu dans un pays comme les États-Unis, certaines organisations ont été créées. Nous pouvons citer  l’American Israël Public Affairs Committee (AIPAC) aux États-Unis qui influencerait même le Congrès à travers ses contributions de campagne et le Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Cette dernière organisation aurait une forte influence sur les médias et le pouvoir exécutif sur la politique des États-Unis envers l’État hébreu. Voilà autant de raisons pour lesquelles Israël est un petit pays puissant qui influence même la politique américaine et mondiale  avec le peuple arabe, surtout lorsqu’il s’agit de la question de Jérusalem dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le peuple juif qui a souffert de l’holocauste a compris que l’union fait la force et l’État d’Israël a adopté une bonne politique d’utilisation  de sa diaspora pour son rayonnement dans le monde. Le peuple juif a su s’imposer dans notre village planétaire grâce à son savoir-faire et son pouvoir de l’argent qui permettent de se construire des lobbies puissants pour défendre les intérêts d’Israël et du peuple juif partout où le besoin se fera sentir. Si en Afrique, nous refusons de voir ces réalités afin de copier ce qui a favorisé le développement chez d’autres peuples, la marginalisation des Africains se poursuivra. L’Afrique peut se développer. C’est une question de volonté et de détermination aussi bien des leaders politiques que des Africains dans l’ensemble. Seul le développement durable et humain intégral permettra aux États africains de se libérer  de la domination occidentale  pour construire une paix harmonieuse sur notre continent. Pour cela, il nous faut conjuguer  nos efforts en faisant appel au savoir-faire ou à l’expertise de notre diaspora  éparpillée à travers le monde. Le Roi Ghezo du Dahomey, actuel Benin, avait vu juste lorsqu’il disait que si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées boucher  tous les trous de la jarre percée, notre royaume serait sauvé.   C’est exactement ce qu’il y a lieu de faire pour sortir l’Afrique du cercle vicieux du sous-développement ou du labyrinthe de la néguentropie.

Ferdinand Mayega

ENTREVUE AVEC FERDINAND MAYEGA

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Diaspora africaine en Europe: acteur géopolitique du développement de l’Afrique

 

La diaspora africaine d’Europe est une mine d’or grise inépuisable pour l’Afrique. Elle constitue l’une des meilleures ressources stratégiques et renouvelables loin devant l’or noir non renouvelable et toutes les autres richesses du sol et du sous-sol. Le développement durable et humain intégral sur le continent africain dans les prochaines décennies se fera aussi grâce à cette richesse humaine africaine installée en Europe.
D’après la Commission de l’Union africaine, la diaspora africaine désigne « les personnes d’origine africaine vivant hors du continent africain, qui sont désireuses de contribuer à son développement et à la construction de l’Union africaine, quelles que soient leur citoyenneté et leur nationalité ». Dès lors, il s’agit de toutes les personnes où qu’elles se trouvent à travers le monde ayant des racines africaines. Entre dans cette catégorie, la diaspora noire d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, des Caraïbes et bien évidemment  d’Europe. Nous ne saurions oublier les Noirs ou Kahlouck de la péninsule arabique du Proche et Moyen-Orient de confession musulmane ainsi que les Noirs de confession juive d’Israël encore appelés les Falachas originaires d’Éthiopie. Vous pouvez alors imaginer aisément le poids humain de la diaspora africaine d’Europe par exemple, son pouvoir financier, le savoir et savoir-faire de ces Africains éparpillés à travers tout le continent européen. C’est pourquoi on dit généralement que la diaspora africaine est la 6ème région africaine ou le 54ème pays du continent. On estime aujourd’hui que la  diaspora africaine en Europe avoisinerait une dizaine de millions et  sa mine d’or grise constituée essentiellement d’une forte diaspora intellectuelle serait de plus en plus importante  à l’échelle de toute l’Europe.En termes de flux financiers en direction d’Afrique, La diaspora africaine en Europe  aurait transférée  respectivement en 2010, 2011 et 2012, 21, 22 et 24 milliards de dollars. On estime d’ailleurs que les transferts de fonds de la diaspora africaine d’Europe seront encore plus importants au cours des années 2013 et 2014 pour se situer respectivement autour de 25 et 27 milliards de dollars. C’est vrai qu’en comparaison avec la diaspora africaine des États-Unis, un peu plus de 4 millions d’Africains vivant sur le sol américain, si on excluait les Africains-américains, envoient chaque année l’équivalent de plus de 20 milliards de dollars. Vous pouvez alors imaginer ce qu’une bonne politique de gouvernance en matière d’investissement et de retour de cette diaspora africaine en Europe peut favoriser comme feedback sur les investissements pour les pays. L’Égypte, le Maroc et le Nigéria sont les plus grands bénéficiaires, sur le continent, du transfert de fonds de la diaspora africaine. Par ailleurs, cette diaspora a un savoir et un savoir-faire qui peut être d’une grande utilité pour le développement durable de l’Afrique. Le continent africain doit impérativement adopter une politique incitative pour rechercher l’expertise de sa mine d’or grise d’Europe. Le continent africain dépense chaque année plus de 4 milliards de dollars pour l’utilisation des experts occidentaux sur le continent. Ces experts du Nord souvent surévalués par rapport à leur compétence réelle avoisinent le nombre de 150.000. Au lieu d’utiliser uniquement le savoir-faire occidental, dans le cadre de la coopération, il serait également souhaitable de faire appel à l’expertise de sa diaspora intellectuelle. Cette politique a au moins deux avantages : tout d’abord, l’utilisation de l’expertise de la diaspora africaine a l’avantage de créer un pont entre ces derniers et l’Afrique, mais aussi de favoriser les vacances de cette diaspora en Afrique. Cette politique aura pour effet de promouvoir un tourisme de la diaspora qui va générer d’énormes ressources financières dans l’économie africaine. Ensuite, la reconnaissance du know how de cette diaspora par les leaders politiques va également encourager le retour de certains d’entre eux en Afrique. Ainsi, au lieu d’espérer un transfert de technologie du Nord vers l’Afrique, c’est cette diaspora de la matière grise qui va aider au transfert des connaissances. Ce transfert de technologie sur le continent va permettre le saut qualitatif de l’Afrique dans l’économie du savoir. Il va aider aussi à relever le niveau du système éducatif en facilitant l’accès au même savoir-faire aux ingénieurs, chercheurs et professeurs des universités et centres de recherche en Afrique. L’exode des cerveaux sera ralenti comparativement à la saignée que nous observons en ce moment. En effet, on estime qu’environ 23.000 universitaires quittent l’Afrique chaque année et cela coûte environ 4 milliards de dollars.

D’après Lalla Ben Barka de la Commission économique pour l’Afrique(CEA) des Nations Unies, d’ici 2030, l’Afrique sera vidée de ses cerveaux. Il y a de quoi être inquiet même si l’exode des cerveaux est manichéen pour l’Afrique. Pour le chercheur Mercy Brown de l’Université de Cape Town en Afrique du Sud, à propos de l’avantage comparatif de l’exode des cerveaux : « […] c’est voir l’exode des cerveaux comme un avantage à exploiter […] Les expatriés hautement qualifiés constituent un bassin de spécialistes dont le pays d’origine peut tirer profit […] le défi consiste à recruter ces cerveaux. » Pour l’organisation internationale des migrations (OIM), plus de 300.000 spécialistes africains habitent à l’extérieur de l’Afrique et d’autres Africains hautement qualifiés quittent le continent africain chaque année sans la garantie de revenir. C’est ainsi par exemple qu’on retrouve plus de médecins béninois hautement qualifiés exerçant en France qu’au Benin, un pays francophone de l’Afrique de l’Ouest. L’ingénieur en robotique Bertin Nahum naturalisé français mais d’origine béninoise a été choisi en 2012 par la prestigieuse revue canadienne Discovery Series comme le 4ème entrepreneur le plus High Tech au monde derrière Steve Jobs d’Apple, Mark Zuckerberg de Facebook et James Cameron. Ce jeune fondateur de l’entreprise Medtech dans la ville française de Montpellier a été honoré sur un classement prestigieux de 10 personnalités innovatrices pour son invention du robot Rosa, le plus puissant robot au monde pour les opérations neurochirurgicales les plus complexes qu’on retrouve aujourd’hui dans plusieurs grands hôpitaux à travers la planète et qui aide à sauver des vies en danger. Depuis le classement de cette prestigieuse revue canadienne, le roboticien Bertin Nahum autrefois anonyme en France comme dans son pays d’origine est devenu presqu’une marque de publicité de la meilleure formation dans les grandes écoles d’ingénieurs françaises et pratiquement tous les grands médias de France et d’Afrique ont relayé l’information sur le meilleur classement de ce génie français à la peau d’ébène. Preuve que le savoir-faire en matière de science et technologie existe réellement au sein de la diaspora africaine en Europe. L’exemple de l’entrepreneur High Tech Bertin Nahum montre que le brain drain  peut se transformer en brain gain et un motif de fierté pour l’Afrique mais aussi pour son pays d’adoption. En 2005, plus précisément le 21 novembre, Mme Glenys Kinnock, coprésidente de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, relevait : « Il y a plus d’infirmières originaires du Malawi à Manchester que dans tout le Malawi, et plus de médecins éthiopiens à Chicago qu’en Éthiopie » Entre 1980 et 1991, un pays comme l’Éthiopie a perdu 75% de sa main d’œuvre spécialisée. Pire encore, plus de 35% de l’aide publique au développement destinée à l’Afrique sert encore à payer les spécialistes étrangers. La diaspora, d’une manière générale dans les pays en développement, constitue la deuxième source de devises étrangères et dans certains pays, ces transferts de fonds sont devenus la première source de devises devant l’aide publique au développement accordée à ces États.

En 2004, les transferts des fonds de la diaspora dans les pays en développement, notamment sur le continent africain, s’élevaient à 126 milliards de dollars. Pendant la même période, les flux d’investissement directs étrangers avoisinaient 165 milliards de dollars alors que l’aide publique au développement durant la même année était estimée à 79 milliards de dollars. Si on ajoute à ces transferts d’argent par les canaux officiels, l’envoi des devises par les moyens non officiels, on se rend vite compte que la diaspora africaine d’une manière générale notamment celle de l’Europe est une ressource stratégique majeure pour l’Afrique et son développement. Cette diaspora africaine est donc un capital humain et une ressource nécessaire que les dirigeants africains doivent absolument rechercher l’expertise pour le take off de l’Afrique. C’est ainsi que ces derniers participeront efficacement à la prospérité du continent noir. Il revient donc aux leaders politiques d’avoir une vision du futur ou un réel plan d’action pour profiter beaucoup plus encore de l’expertise de sa forte diaspora éparpillée à travers le monde. Ces Africains d’Europe  comme du reste du monde veulent apporter leur pierre à l’édification d’une Afrique riche et prospère d’ici une à deux générations. Comme tous les Africains sur le continent, la diaspora africaine d’Europe aimerait voir l’Afrique jouer un rôle non négligeable dans ce 21ème siècle dans la marche des affaires du monde.

Le rôle de la diaspora intellectuelle dans la réforme du système éducatif et la recherche en Afrique

Le système éducatif, dans de nombreux pays africains, est obsolète parce qu’il est calqué sur le modèle occidental d’une certaine époque. Il ne répond plus aujourd’hui aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation ainsi qu’aux défis actuels des États du continent pour soutenir la croissance démographique, les réformes politiques, économiques et sociales dans la perspective du développement durable et humain intégral.  Pourtant, nous savons que l’éducation est la base de la liberté. C’est la source de toute velléité de lutte pour la justice et d’amélioration des conditions de vie. Tant qu’un peuple est moins éduqué ou mal éduqué, il est difficile pour lui d’œuvrer efficacement au développement harmonieux de son pays. Les universités et écoles d’ingénieurs en Afrique ne répondent presque plus à leur mission de l’unité de l’enseignement et de la recherche ainsi que de l’appui au développement. Les centres de recherche qui existent ne valorisent pas toujours les résultats de la recherche pour permettre à l’Afrique de participer à l’aventure scientifique et technologique à l’échelle mondiale. C’est l’une des raisons pour lesquelles la part du continent africain dans la production scientifique mondiale est passée de 0,5% au milieu des années 1980 à 0,3% au milieu des années 1990. La fuite des cerveaux vers l’Occident creuse encore davantage ce déséquilibre parce que ces derniers ne sont pas sollicités pour apporter leur know how en sciences et technologies. Les moyens financiers mis à la disposition des équipes de recherche sont insuffisants. Finalement, les chercheurs en Afrique qui cherchent, on en trouve mais les chercheurs africains qui trouvent, on en cherche. D’où l’importance d’associer la diaspora intellectuelle africaine dans la mise sur pied des centres de recherche d’excellence et d’un système éducatif de qualité. Ce système éducatif passe par une réforme en profondeur de l’enseignement aussi bien au niveau primaire, secondaire qu’au niveau universitaire. La diaspora intellectuelle a l’avantage d’évoluer dans un environnement où l’enseignement, à tous les différents paliers du système éducatif, est en constante amélioration.

 

Cet enseignement a permis de former des diplômés compétitifs et des travailleurs qualifiés, aptes à soutenir l’industrie en mettant à la disposition du grand public des produits innovants. C’est le cas au Québec par exemple avec la création des Cégeps en 1969 où les techniciens qualifiés ont été formés pour aider à sortir le Québec de sa situation de société rurale pour intégrer le peloton de tête des sociétés industrielles prospères et s’y maintenir. Ce sont ces techniciens qualifiés au Québec par exemple qui ont aidé des fleurons de l’industrie québécoise comme Bombardier, Hydro-Québec, Snc Lavalin à devenir des leaders mondiaux dans leur secteur respectif d’activité. Les exilés africains du savoir peuvent donc aider à revoir par exemple les différents programmes d’enseignement en Afrique afin de leur donner un bon contenu qui réponde aux exigences d’un continent qui aimerait aussi s’arrimer à la modernité en jouant un rôle non négligeable en sciences et technologies. Compte tenu de la modicité des moyens financiers des différents États du continent pour se doter des universités compétitives, il serait souhaitable pour ces derniers d’unir leurs énergies pour créer une université régionale à vocation scientifique et technologique. Chaque université sera dotée d’équipements de pointe où la fine crème des meilleurs élèves dans les différents pays de la région se retrouvera pour étudier. Ensuite, dans le cadre de la formation de ces étudiants, les États de chaque région pourront faire appel à l’expertise des meilleurs universitaires de la diaspora de leur région ou d’autres régions africaines pour participer à la formation.

Un centre de recherche … à l’image du CERN

Pour ce qui est de la recherche, les pays africains peuvent créer des masses critiques, des regroupements ou des pôles d’excellence pour la recherche. En fonction de l’intérêt pour la recherche et de leur application pour le développement des États africains, les pays africains pourront s’associer pour créer par exemple un centre de recherche en mathématiques et informatique en Afrique du Sud, un centre en recherche médicale et biotechnologie au Caire, un centre de recherche en agronomie et agroforesterie au Nigeria, un centre en recherche minière et pétrolière en RDC, etc. Les meilleures sommités africaines au sein de la diaspora dans les différents champs de recherche seront sollicitées pour rejoindre les différentes équipes de recherche. Ainsi, les résultats de la recherche vont servir à l’ensemble des États africains pour aider progressivement tous les pays à l’amélioration des conditions de vie ou d’existence des citoyens. En fonction de la richesse nationale ou du produit intérieur brut de chaque pays, les moyens financiers seront mobilisés pour les équipements et le fonctionnement des différents centres de recherche. Cette politique aura l’avantage de mettre sur pied de bonnes universités et des centres de recherche bien équipés. Ces structures académiques ou de recherche pourront attirer la diaspora intellectuelle à apporter leur savoir-faire au développement de l’Afrique. C’est dans cet esprit par exemple que les Européens se sont résolus pour créer près de Genève, le Centre européen de recherche nucléaire (CERN) où tous les physiciens européens dans le domaine, parmi les plus brillants de toute l’Europe, se retrouvent pour faire de la recherche. Ce centre de recherche attire aujourd’hui des physiciens américains, canadiens, japonais, indiens, chinois, russes et d’autres pays du monde. Le CERN a été crée par les dirigeants européens pour concurrencer des centres de recherche prestigieux aux États-Unis à l’exemple du Lawrence livermore national laboratory à Oakland en Californie. Ce centre de recherche américain est considéré comme le plus prestigieux au monde pour la recherche en physique nucléaire. Dès lors, vous vous rendez compte que si les États européens doivent s’unir pour la recherche dans certains domaines pour faire le poids face aux grands centres de recherche américains, l’Afrique qui est presque inexistante dans le domaine de la recherche scientifique et technique doit impérativement adopter une politique similaire pour se doter au moins de centres de recherche ou d’ universités de grande réputation aux yeux du reste du monde. Cette union fera la force de l’Afrique et son rayonnement à l’échelle internationale.

Cette politique africaine en matière de recherche aura l’avantage d’attirer sa mine d’or grise d’Occident à se joindre à cette aventure scientifique et technologique pour le développement du continent. De nombreux intellectuels de la diaspora en Europe par exemple attendent de telles initiatives des dirigeants africains pour se rendre plus utiles au progrès du continent. Il faut aussi une réelle volonté en Afrique de créer des parcs industriels et scientifiques pouvant attirer la diaspora intellectuelle à faire des investissements favorisant la création d’emplois sur le continent. À Taiwan par exemple, en 1996, sur 193 sociétés créées au parc industriel et scientifique de Hsinchu, 81 sociétés ont été créées par les scientifiques et ingénieurs taïwanais revenus des États-Unis grâce à une politique des dirigeants taïwanais d’attirer sa diaspora du monde, surtout des États-Unis. C’est cette politique qui a permis à Taiwan de se hisser au rang de l’un des leaders mondiaux dans le secteur des ordinateurs personnels et des circuits intégrés.

Analyse comparative entre la diaspora comme ressource géostratégique et le pétrole

La diaspora africaine se renouvellera toujours grâce à l’équilibre de la nature alors que l’exploitation pétrolière est limitée sur une période donnée. La diaspora comme ressource n’aiguise pas autant d’appétits que le pétrole. Elle ne peut pas être facilement source de conflits ou de guerres civiles comme l’or noir avec généralement l’influence des acteurs nationaux ou étrangers. L’or gris peut favoriser durablement le transfert de connaissances ou de technologies en Afrique. La diaspora intellectuelle africaine peut aider à limiter la corruption systémique dans nos États contrairement au pétrole qui est au cœur des malversations financières avec les connexions à l’extérieur. Cette diaspora peut aussi jouer le rôle de lobbying pour l’Afrique auprès des pays d’adoption. C’est cette politique qui fait la force de l’État d’Israël à travers le monde grâce aux lobbies juifs. Nous pouvons citer l’American Israël Public Affaires Committee (AIPAC) qui influencerait le Congrès à travers ses contributions de campagne pendant que Washington Institute for Near East Policy(WINEP) aurait une forte influence sur les médias et le pouvoir exécutif sur la politique des États-Unis envers l’État Hébreu.

La diaspora africaine peut également aider à relancer l’industrie touristique à l’échelle continentale si des politiques incitatives sont mises sur pied par des leaders politiques pour attirer ces derniers. Ces politiques incitatives vont encourager le retour à la source de cette diaspora dans l’optique de renforcer le lien d’appartenance, le pont entre ces Africains de l’étranger et le continent de leur origine. Le tourisme de la diaspora peut générer d’énormes rentrées financières qui vont aider à la création de nombreux emplois directs et indirects. Si l’or noir peut être facilement contrôlé par les pouvoirs en place en Afrique, l’or gris est difficilement contrôlable par les dirigeants africains et peut constituer un relais important d’informations des citoyens vivant sur le continent auprès de nombreux cercles de décision en Occident. Par ailleurs, dans des régimes moins démocratiques ou dictatoriaux en Afrique, il est facile de brouiller les connexions sur internet et des réseaux sociaux. Par contre, la diaspora a l’avantage qu’elle peut continuer à opérer en toute liberté et contrôle plus facilement les outils de communication transversale et asynchrone comme le réseau des réseaux. L’or gris peut donc constituer un puissant moyen de démocratisation et d’aspiration à plus de libertés et à la bonne gouvernance dans les États africains. La diaspora africaine est donc une ressource géostratégique pour le progrès de l’Afrique et peut jouer également un important rôle d’acteur géopolitique. Le plus important est de savoir s’en servir pour le mieux afin de sortir l’Afrique du sous -développement. Le rôle de la diaspora devient de plus en plus un sujet d’actualité à travers le monde.

Il y a un regain d’intérêt aussi bien pour les leaders politiques africains que les autres dirigeants du monde. Le Président du Vietnam Nguyen Minh Triet, dans une entrevue accordée à Hanoi en 2010 au journaliste Joseph Ahekoe, directeur de publication du magazine « Francophonie Actualités » basé à Paris, affirmait que la République socialiste du Vietnam comptait sur les 3 millions de Vietnamiens de la diaspora encore appelés les Viet Khieu pour entrer dans le cercle fermé des pays émergeants à l’horizon 2020. C’est dire l’importance qu’on accorde à travers le monde à la diaspora pour accéder à la prospérité.

« Je voudrais » n’a jamais rien fait. « J’essaierai » a fait de grandes choses. « Je veux » a fait des miracles. Il n’est donc plus question pour la classe politique africaine de se limiter aux discours et aux promesses souvent non tenus et creux. Il est temps de passer aux actions concrètes pour tirer le meilleur parti de l’expertise et des richesses de sa diaspora pour espérer sortir du labyrinthe de la néguentropie, du cercle vicieux du sous-développement. La diaspora  africaine d’Europe doit impérativement être au cœur de la perspective du développement des États africains. Cette diaspora manifeste globalement la volonté de participer à ce défi de taille. Il importe aux dirigeants des pays de les associer dans un environnement sécuritaire et favorable à l’éclosion de la recherche scientifique et technologique. C’est alors que le développement durable du continent africain sera possible et son avenir meilleur dans les prochaines décennies. Chacun d’entre nous a sa meilleure partition à jouer dans cet effort global pour la prospérité du continent.

Ferdinand Mayega*

Notes:
[1] Ferdinand Mayega * Journaliste-essayiste et chercheur

Spécialiste des questions de diaspora et de développement de l’Afrique

Chercheur associé au Centre des Recherches Pluridisciplinaires sur les Communautés d’Afrique Noire et des Diasporas(CERCLECAD)-Ottawa-Canada

Vice-président aux communications de l’organisme humanitaire canadien FreeFood4Children(FF4C) basé à Trois-Rivières au Québec

Auteur en 2010 chez l’Harmattan à Paris d’un essai de 314 pages. Son titre : « L’avenir de l’Afrique : la diaspora intellectuelle interpellée. »

Chap 1. Entrevue exclusive entre Ferdinand Mayega et le professeur Benoît  Awazi  sur : «  De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine ». Revue Afroscopie 2013 du CERCLECAD  intitulé : « Le Bilan de 50 ans des indépendances politiques africaines et les défis de l’intégration des Africains au Canada. Histoire, enjeux éthiques et perspectives d’avenir pour la renaissance africaine», L’Harmattan, Paris, janvier  2013, PP 13-24.

Le week-end en noir d’octobre de la révolte de l’élection truquée au Cameroun

Camerounaises, Camerounais,

L’élection présidentielle aura lieu le 9 octobre  sur l’ensemble du territoire national et auprès des missions diplomatiques de notre pays. Comme vous le savez, il n’y aura pas de surprise. Le candidat-président  Paul Biya du RDPC, parti au pouvoir depuis 1982, sera élu. Une fois de plus, l’élection n’est pas libre et transparente au Cameroun malgré l’appel pressant des Camerounais du terroir et de la diaspora à l’instauration d’une démocratie véritable dans notre pays. Le chef de l’État demeure également insensible à l’alternance à la tête de l’État après trois décennies de pouvoir.  La Communauté internationale est sourde et muette à la volonté de changement du peuple camerounais contrairement à sa détermination dans plusieurs autres pays du monde, notamment la Libye  de Kadhafi.  L’injustice à la fin, disait Voltaire, produit l’indépendance.  La non violence est aussi une arme redoutable pour  passer un message clair au chef de l’État Paul Biya qui refuse d’organiser des élections crédibles au Cameroun pour sortir par une porte plus honorable après environ 50 ans de hautes fonctions administratives au pays. Pour marquer son indignation au président Paul Biya, nous proposons le lancement d’une opération de révolte pacifique baptisée le Week-end en noir d’octobre de la révolte de l’élection  truquée au Cameroun.   Il s’agit d’inviter les Camerounaises et Camerounais du terroir et de la diaspora qui rêvent d’un Cameroun prospère et démocratique à s’habiller en noir le samedi  8 et dimanche 9 octobre, jour de l’élection présidentielle. Les Camerounaises et Camerounais qui voudront voter pourront aussi remplir leur devoir de citoyens en portant des vêtements noirs. Nous invitons également tous les scrutateurs dans les bureaux de vote de faire leur devoir dans une tenue noire pour marquer leur profonde douleur ou peine du refus du chef de l’État d’organiser des élections crédibles dans notre pays pour passer honorablement le témoin à une autre personne. 

Nous comptons sur le patriotisme des Camerounaises et Camerounais  au pays et au sein de la diaspora  pour participer pleinement à l’opération le Week-end en noir d’octobre de la révolte de l’élection  truquée au Cameroun.

Vive le Cameroun libre et démocratique

Vive le peuple camerounais vainqueur de l’injustice

Ferdinand Mayega
Journaliste-écrivain
Correspondant de presse

Chercheur des questions de diaspora
et de développement en Afrique 

 Associé de recherche au Centre  de recherche pluridisciplinaire   sur les communautés d’Afrique et de Diasporas (CERCLECAD)

 Adresse courriel : Ferdinand.mayega@yahoo.fr    

ENTREVUE

                                  ENTREVUE EXCLUSIVE 

 

 

Dans le cadre de mes activités de conférencier, je vous fais partager mon point de vue aux questions de certains  étudiants de la fédération des étudiants africains  de l’université de Sherbrooke(FEAUS). L’université de Sherbrooke est une université québécoise située dans la région de l’Estrie non loin de l’État américain du Vermont. 

 

Bonjour, monsieur Ferdinand Mayega. Vous êtes journaliste d’origine camerounaise vivant à Montréal au Québec dans l’unique province francophone du Canada. Par ailleurs, vous êtes chercheur en études africaines. Vous êtes également sollicité pour donner des conférences dans les universités et accordez des entrevues dans les médias nationaux et internationaux. Vous avez récemment publié un ouvrage sur la question de la diaspora africaine et le développement du continent. Avant de parler de votre livre, pouvez-vous vous présenter sommairement aux lecteurs de notre journal ?  

 

F.M- Bonjour pour votre intérêt pour l’Afrique  et merci beaucoup de me donner l’opportunité de m’exprimer aujourd’hui à l’université de Sherbrooke grâce à l’initiative de la fédération des étudiants africains de votre université. Ferdinand Mayega est un fils du Cameroun. Journaliste de profession en exercice depuis 1997. Depuis fin mai 2007, j’ai déposé mes valises au Québec. Je fais de la recherche sur la questions de la diaspora et le développement de l’Afrique. Je fais aussi de la consultation en communication. Enfin, je suis auteur d’un ouvrage paru en juin 2010 chez l’Harmattan à Paris qui traite de la diaspora et le développement de l’Afrique. J’ai commencé à écrire mon prochain livre et travaille sur un projet majeur dont je me réserve de révéler les grandes lignes parce que sa réalisation prendra au moins 3 ans. Cependant, son démarrage permettra de créer des emplois et de valoriser l’expertise de la diaspora africaine aussi bien en Afrique que dans le reste du monde.     

 

Vous êtes journaliste-écrivain, auteur de L’avenir de l’Afrique. La diaspora intellectuelle interpellée chez L’Harmattan.   Pourquoi ce livre aujourd’hui? 

 

F.M- Merci beaucoup de poser cette question. J’ai écrit ce livre parce que la première richesse du développement de l’Afrique, c’est la richesse humaine donc la matière grise. Et l’Afrique a une diaspora intellectuelle qui peut contribuer efficacement au progrès du continent. Il n’y a pas un seul domaine du savoir aujourd’hui où les Africains de la diaspora n’excellent pas. Dès lors, pourquoi l’Afrique doit-elle continuer à utiliser 150 000 coopérants occidentaux chaque année pour des dépenses évaluées à plus de 4 milliards de dollars US. Il est important pour les leaders africains de faire aussi appel à l’expertise de sa diaspora. Les Africains ne sont pas congénitalement réfractaires à tout ce qui est rationnel, scientifique ou relève du développement. Si nous partons de ce postulat, il n’y a pas de raison que l’Afrique continue d’être à la traîne en matière de science et technologie. Les pays comme la Chine, l’Inde et l’Israël ont pris le train de la modernité grâce à l’apport remarquable de leur diaspora. La communauté juive par exemple demeure un lobby puissant pour la défense des intérêts de l’État Hébreu. 

Aux États-Unis par exemple, deux lobbies puissants influencent la politique américaine au Proche Orient. Il s’agit notamment du Washington Institute for Near Policy(WINEP) et l’American Israël Public Affairs Commettee (AIPAC). Ces organisations influenceraient le Congrès, les médias et le pouvoir exécutif à travers leurs contributions de campagne.  Pourquoi les leaders politiques africains sont réticents pour copier les exemples des autres peuples du monde. La diaspora africaine pourrait aussi devenir un lobby important pour l’Afrique auprès des pays occidentaux et des cercles de décisions des organisations internationales si elle se structure. Les pays qui ont intégré la diaspora dans leur équation du développement ont fait le saut qualitatif dans l’économie du savoir. Pourquoi pas l’Afrique ? D’où mon intérêt pour la question de la diaspora africaine comme un champ de recherche. C’est aussi la raison de ce livre pour susciter le débat et interpeller les leaders  politiques ainsi que cette diaspora à œuvrer au développement durable et humain intégral du continent. 

 

Vous avez opté pour des entretiens avec une douzaine d’intellectuels africains et européens. Quels avantages cette formule présente-t-elle? 

 

F.M- Cette formule a pour avantage de montrer l’intérêt de nombreux intellectuels de la diaspora africaine au développement du continent.  Généralement, les leaders politiques pensent qu’il y a peu d’intérêt pour la diaspora de participer au développement de l’Afrique en dehors de l’envoi de l’argent aux familles sur le continent. Les intellectuels de la diaspora d’Europe et d’Amérique du Nord qui se sont entretenus avec moi ont voulu prouver leur volonté manifeste pour l’essor du continent s’ils sont sollicités par les dirigeants. Nous pouvons citer l’exemple du Pr. Samuel Pierre de l’école polytechnique de Montréal. Ce dernier est d’origine haïtienne et détenteur de l’unique Chaire de recherche du Canada en télécommunications des prochaines générations. Il est par ailleurs le seul Noir au Canada à être membre de l’académie canadienne du génie. Le professeur Samuel Pierre est une sommité mondiale dans son domaine. Ses recherches sont conjointement financées par le Canada et la société suédoise Ericsson. Il fait de la recherche pour développer les téléphones du futur. Le Pr. Samuel Pierre aime tellement l’Afrique qu’il est prêt à apporter son expertise pour contribuer au développement de la terre de ses ancêtres. C’est juste un exemple parmi les douze sommités de la diaspora intellectuelle qui ont bien voulu s’entretenir avec moi pour exposer leur point de vue au sujet du progrès de l’Afrique. 

 

L’avenir de l’Afrique a maintes fois été traité par l’intelligentsia africaine et occidentale. En quoi votre livre renouvelle-t-il ce thème? 

 

F.M- L’avenir de l’Afrique a été traité par d’autres auteurs africains ou du monde occidental. Ce n’est pas une mauvaise chose  d’écrire sur le même sujet pour susciter encore le débat et la réflexion. Cependant, si de nombreux auteurs ont traité de l’avenir de l’Afrique, ils sont peu nombreux qui ont analysé la question en mettant au cœur du développement du continent, la diaspora intellectuelle comme le pilier majeur au progrès de l’Afrique. C’est à ce niveau que je juge cet ouvrage intéressant. Depuis la sortie de ce livre en juin 2010, j’ai été sollicité pour donner plusieurs conférences dans des universités canadiennes sur le thème de la diaspora africaine et le développement. Par ailleurs, j’ai accordé de nombreuses entrevues sur le même sujet dans plusieurs médias africains et étrangers. Nous pouvons citer la Voix de l’Amérique, Radio Vatican, Radio Canada International, Africa No1, Vox Tv, etc. C’est la preuve que la diaspora africaine devient un sujet central dans la question du développement du continent. C’est pourquoi je développe également mon expertise dans le domaine. La diaspora africaine est l’or gris du continent. C’est la mine d’or inépuisable pour le développement de l’Afrique. C’est une ressource renouvelable contrairement à l’or noir qui aiguise les appétits, source de conflits, ressource non renouvelable et polluante pour l’environnement. L’or noir n’a jusqu’ici pas aidé l’Afrique à enrayer la pauvreté malgré les retombées financières contrairement aux Émirats pétroliers du Golfe comme le Qatar, le Koweït, etc. L’or noir au lieu d’être un atout pour l’Afrique est au cœur de l’instabilité de nombreux États africains. Il y a une espèce de malédiction des richesses naturelles en Afrique. L’or gris pourrait devenir la ressource salvatrice du continent. 

 

Depuis l’époque coloniale, les immigrants africains installés en Europe ont toujours soutenu les leurs restés sur le continent. Un soutien essentiellement financier. Ne pensez-vous pas qu’il est temps de passer à une autre forme d’aide; une aide qui favoriserait la création de richesses sur place et qui éviterait aux Africains du continent d’être aussi dépendants de ceux de la diaspora? 

 

F.M- Votre analyse est exacte. Il faut désormais donner à la diaspora un autre rôle encore plus important que celui de l’envoi des Western Union et d’autres moyens de transfert pour aider les familles en Afrique. Je ne suis pas contre la solidarité. Cependant, il est important de souligner que je ne suis pas partisan de la solidarité d’aumône. C’est une solidarité infantilisante. De même, je n’encourage pas la solidarité de condescendance ou de paternalisme. Elle consiste à regarder autrui bien bas alors que vous êtes plus haut. C’est une solidarité d’assujettissement. Par contre, je suis partisan de la solidarité de production. Cette forme de solidarité consiste à aider autrui en lui attribuant les possibilités et les moyens de pouvoir se prendre en charge pour échapper à la mendicité. C’est une solidarité d’indépendance qui vise à rendre autonome les membres de la famille en Afrique au lieu d’être des éternels assistés des transferts d’argent. Voyez-vous, l’aide est caractérisée par un effet de symétrie. Lorsque vous aidez quelqu’un qui est incapable de faire de même en retour, ce dernier perd progressivement sa liberté et ses droits les plus élémentaires. C’est précisément la raison pour laquelle en Occident, lorsque vous invitez un ami ou une copine dans un restaurant, la personne s’assure qu’elle possède de l’argent pour payer sa facture. Cela peut paraître malsain sous d’autres cieux, notamment en Afrique pourtant c’est plus honorable. La diaspora africaine doit investir pour aider à la création des richesses. Vous savez que l’investissement, en tant que instrument de l’accumulation du capital matériel, est au centre à la fois  de la théorie de la croissance et des politiques de développement. En d’autres termes, l’investissement est déterminé par la consommation c’est-à-dire par la croissance, trivialement par la relance, la régulation du taux de chômage et par conséquent la réduction de la pauvreté avec la  redistribution des fruits de la croissance économique d’après les keynésiens. Au lieu de se limiter aux envois de petits montants d’argent en Afrique, il faut désormais que la diaspora fasse des investissements favorisant la création des emplois pour limiter les attentes des familles à l’aide venant de l’extérieur.  En retour, les leaders politiques ont le devoir de mettre sur pied un environnement incitatif et rassurant parce que la première condition de l’investissement, c’est la stabilité politique du pays. Le socle de cette stabilité passe résolument par le pluralisme politique,  la démocratisation véritable de nos États. Cette démocratisation a pour indicateur fiable, l’alternance à la tête des États et le respect des droits de la personne. Nous sommes encore loin de cela dans plusieurs pays du continent d’où la crainte de la diaspora d’investir pour la perte. 

 

Selon de nombreux experts, l’Afrique noire connait depuis quelques années une croissance soutenue. Pourtant, on ne note que très peu de changements dans le quotidien des gens dans les villes et les campagnes de nos pays. Comment expliquez-vous ce paradoxe? 

 

F.M- Ce paradoxe s’explique simplement par fait que la croissance économique dans nos États profite essentiellement aux barons des régimes, aux puissants ainsi qu’aux personnes de leur entourage. Il y a un problème majeur dans la redistribution des fruits de cette croissance. C’est aussi la raison pour laquelle le coefficient de Gini, l’indicateur sommaire des inégalités dans la redistribution des revenus, tendrait  généralement vers 1 dans les pays africains au lieu de tendre vers 0. Il est important de souligner que ce coefficient de Gini tend vers 0 lorsque la redistribution des richesses se fait dans de bonnes conditions et vers 1 lorsque celle-ci ne se fait pas très bien. Malheureusement, c’est ce qui se passe dans de nombreux États africains. Cette situation s’explique également par la corruption généralisée et systémique dans la plupart de nos pays. Cette corruption systémique fausse les incitations, sape les institutions et redistribue la richesse et le pouvoir à ceux qui ne les méritent pas. Quand la corruption porte préjudice au droit de propriété, à l’État de droit et aux incitations à investir, le développement économique et politique se paralyse. Pour que la croissance positive dans les États africains allège la souffrance des populations, il faut une réelle volonté politique de bouter hors de son pays ou de limiter le niveau de la corruption, des malversations financières et du mauvais usage de l’argent du contribuable. Sinon, il faudra toujours s’attendre à une courbe en J du niveau de chômage donc de pauvreté. C’est pourquoi j’invite les dirigeants  à reconnaître à temps les besoins des populations et de faire le nécessaire  parce que la vie punit ceux qui prennent des décisions trop tard. Vous savez que lors d’une intervention d’urgence, la vitesse de la procédure thérapeutique est uniquement déterminée par la situation de celui à qui l’on porte secours. Les populations souffrent de la disette. Il faut dès à présent manifester une réelle volonté pour inverser cette tendance dans les prochaines années. C’est le rôle régalien de chaque gouvernement à savoir la sécurité, la liberté et la subsistance. 

 

Qu’est-ce qui explique selon vous l’échec du développement de l’Afrique après les indépendances? Les institutions internationales, les gouvernements et les investisseurs locaux et internationaux vous semblent-ils avoir tiré des leçons de cet échec aujourd’hui? 

 

F.M- L’échec du développement de l’Afrique est exogène et endogène. Les différents acteurs du développement en Afrique ne semblent pas avoir tiré les leçons de cet échec aujourd’hui. D’un côté, la mauvaise gouvernance de plusieurs dirigeants africains a empêché les États à connaître un take off ou un décollage économique. Lorsqu’on observe certains pays au bas de l’échelle avec d’énormes ressources naturelles, on se rend vite compte qu’en 50 ans, ces pays n’ont même pas amorcé la première étape de la théorie de la croissance chez l’économiste Rostow. En effet, d’énormes défis restent à relever encore aujourd’hui pour se frayer un chemin vers le développement harmonieux. Quel gâchis ! Ensuite, nous nous rendons compte dans certains pays malgré ce retard qu’on demeure loin d’une prise de conscience individuelle et collective des différents acteurs du développement. C’est assez grave ! La notion du temps est aussi un vrai problème à résoudre. Le temps est un élément essentiel du progrès des pays occidentaux et asiatiques. Nous devons considérer le temps en Afrique désormais comme une ressource rare. Ainsi, les 50 prochaines années seront différentes de 1960-2010. Si nous arrêtons de concevoir le temps sous un angle que je pourrais qualifier de héraclitéen, je suis certain qu’en 2060, les États africains feront un pas de géant vers le développement. D’un autre côté, la coopération entre l’Afrique et les pays occidentaux n’a pas été saine et mutuellement bénéfique. De même, les organisations internationales comme la Banque mondiale et le FMI ont joué davantage le jeu des grandes puissances. C’est pourquoi je n’apprécie pas le conformisme cyclothymique du microcosme  brettonwoodien encore moins le discours filandreux de certains de leurs responsables avec leur armada d’économistes de littérature grise. Ces derniers avaient apprécié les performances de l’ajustement structurel en Afrique que pour mieux déprécier les Africains.  C’est un discours similaire qu’ils utilisent aujourd’hui lorsqu’ils évoquent les bienfaits de la mondialisation de l’économie pour l’Afrique. Pourtant, cette mondialisation est pour les États africains, ce qu’analyser le comportement d’une équation non linéaire ou chaotique est à la théorie du chaos. Cette mondialisation équivaudrait   pour les États africains à se déplacer dans un labyrinthe dont la disposition des murs changerait à chaque fois que le continent noir aurait un réel souci de sortir définitivement du goulag de la pauvreté. La mondialisation est en train de créer de nouveaux rapports de dépendance moins ouvertes mais plus subtiles. L’économiste français Daniel Cohen pense que la mondialisation a crée la richesse du monde mais la pauvreté des nations. Pour ma part, cette paupérisation des États se concentre essentiellement dans les pays sous-développés, notamment dans le continent africain. Les institutions internationales telles que le FMI et la Banque mondiale ont œuvré pour que les pays africains se retrouvent  dans le labyrinthe de la néguentropie des États du Tiers-Monde. Cette affirmation peut sembler absurde et dénuée de rationalité parce que les investigations ou preuves sont indéniables. Mais voyez-vous, la lumière se fait constamment dans l’esprit qui cherche sans relâche. C’est pourquoi je crains que la mondialisation puisse devenir également un nouvel avatar de la recolonisation de l’Afrique après les périodes sombres de l’esclavage et du colonialisme. Seul l’avenir me donnera tort ou raison. 

Communauté Internationale ou terrorisme institutionnalisé… 

L’Onu, mise en place pour prévenir les conflits ou résoudre ceux qui ont eu le temps de commencer, a manifestement échoué dans sa mission. Aussi, ceux qui disent comme Roméo Dallaire que l’Onu est «   une institution inutile, corrompue et décadente qui survit malgré son incapacité à résoudre les conflits » ont sans doute des raisons de le croire. L’Onu et son conseil de sécurité dirigé par un triumvirat, Usa- France- Angleterre a déjà démontré d’une façon absolument claire que la vie qui a de l’importance est celle à qui ces trois grands l’ont attribué. Cela est bien sûr susceptible de changement. Autrement dit, l’on peut avoir de l’importance aujourd’hui et la perdre demain selon le bon vouloir de triumvir. Mais bien entendue, la vie de leurs ressortissants est largement égale à celle de Dieu lui- même, car eux- seuls peuvent disposer de celle des autres et la réciproque ici est parfaitement fausse. Par une démonstration par l’absurde, on peut arriver à faire accepter par les derniers septiques que les droits de l’homme sont une notion qui a de la valeur quand les intérêts de l’un de ces grands sont préservés dans quelque  lieu du globe et les droits de l’homme dans ce lieu sont respectés. Dès que la donne change, automatiquement les droits de l’homme changent de camp. Sinon comment comprendre que l’on veuille protéger la vie des personnes en la supprimant? Pire encore, comment accorder l’importance à la vie de certaines personnes dans un même pays pendant que celle des autres est livrée aux bombes, sans qu’on ne quitte le même territoire ? Il a vraiment fallu que quelques sanguins arrivent au pouvoir au même moment pour que ce qui était édulcoré dans le passé soit exposé au grand jour, montrant ainsi à la face des peuples du Tiers monde qu’on n’a pas le droit d’être faible. Ce que la « Communauté Internationale  » triumvirale appelle terrorisme n’est alors que la réaction de ces faibles qui sont assez courageux pour dire non à ces situations qui n’ont que trop duré. Il est d’ailleurs normal que ceux qui veulent sortir de ce joug soient ainsi traités par ceux qui veulent maintenir le statut quo. Pour ceux qui sont plus faibles encore et qui ont compris comment les choses fonctionnent, comme en Somalie, pays qui a été vandalisé par la communauté internationale, il faut bien se faire payé et cher et la piraterie trouve ainsi un justificatif intelligible. Fomenter une belligérance à l’intérieur d’un Etat sous le prétexte d’y installer la démocratie alors que les leurs ont été construits sous des dictatures, voilà qui peut surprendre. Tout le monde a compris qu’il s’agit ici d’intérêt et non d’autre chose. Aux pays Africains, puisqu’il s’agit surtout d’eux, de rester vigilants. Il faut plus que jamais savoir l’intérêt de qui l’on doit promouvoir 

Emmanuel Ekouli 

               OUVRAGE DU Pr. BENOIT AWAZI

ENTREVUE EXCLUSIVE DU Pr. Benoît Awazi

ENTREVUE EXCLUSIVE 

Le postcolonialisme en Afrique intéresse plusieurs universitaires et auteurs du continent. C’est le cas du Pr. Bénoît Awazi Mbambi Kungua originaire de la RDC qui réside à Ottawa au Canada. Ce dernier est aussi président du Centre de recherche pluridisciplinaire pour les communautés d’Afrique et de diasporas(Cerclecad) basé dans la capitale canadienne.  Le Pr. Bénoît Awazi donne son point de vue sur les problèmes africains. 

  Bonjour Pr. Bénoît Awazi. Vous venez de publier chez l’Harmattan un essai intéressant qui a pour titre:  » De la postcolonie à la mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine ». Qu’est-ce qui a motivé d’écrire cet ouvrage? 

B.A- Cette recherche pense la crise africaine contemporaine dans le but d’établir une étiologie convaincante, avant de mettre en œuvre des stratégies de sortie de la crise protéiforme et multidimensionnelle qui paralyse les sociétés africaines postcoloniales, en se répercutant aussi dans les diasporas africaines du monde occidental. Une auscultation pluridisciplinaire des sociétés africaines contemporaines montre un processus de stratification, de concaténation, de sédimentation et de complexification de la crise africaine. La crise peut se comprendre comme le résultat d’un télescopage (collision) entre des trajectoires historiques, des temporalités diverses, des logiques politiques prédatrices et kléptocratiques, des dynamiques sociales et religieuses qui se déploient simultanément dans les sociétés négro-africaines. Ce processus accru et continu de complexification et de concaténation de tous ces ingrédients explosifs de la crise m’a obligé de recourir à une méthodologie hybride qui se déploie comme une combinatoire de deux démarches heuristiques : 1. La méthode volcanique, sismique, éruptive et explosive et 2. La méthode phénoménologique et herméneutique. C’est ce processus de forage phénoménologique, tellurique et sismique qui m’a permis de situer l’épicentre de la crise négro-africaine contemporaine dans la prolifération terrifiante des croyances et des pratiques relatives au paradigme politico-religieux de la « Sorcellerie ». Ces deux méthodologies (éruptive et phénoménologique) m’ont montré un processus de concaténation de 3 couches de la crise (1. L’échec de la postcolonie, 2. L’échec de la mondialisation néolibérale, 3. La prolifération des pathologies irrationnelles et spirituelles attenantes au paradigme étiologique de la sorcellerie. Ces trois strates de la crise africaine se cristallisent autour de la généralisation de la « Sorcellerie » dans les sociétés africaines contemporaines. En prenant l’analogie avec les mouvements sismiques, je peux considérer la sorcellerie comme l’épicentre des crises négro-africaines contemporaines. 

Le recours à la démarche phénoménologique vise en contrepoint la radicalisation et la cristallisation du processus d’émergence des Africains comme « sujets, acteurs et auteurs » de leur histoire et de leur destin dans un monde régi et propulsé vers le chaos par les logiques prédatrices, mercantilistes et génocidaires de la mondialisation néolibérale, où toute parcelle d’être est réduite à la seule logique marchande. Malheur aux peuples des pays faibles et dominés par les grandes puissances militaires et capitalistes qui imposent leurs lois et leurs intérêts sur le reste du monde. Je termine en signalant que la démarche phénoménologique pense le processus d’émergence du sujet (de la conscience du sujet) dans la temporalité et le sens que le sujet donne au procès de sa constitution dans sa temporalité finie. Il s’agit plutôt d’une phénoménologie qui se veut en même temps, une herméneutique éthique, théologique et politique des crises négro-africaines contemporaines. Mais cette herméneutique est propulsée par la volonté d’une radioscopie (auscultation) éthique et politique des désastres et turpitudes des Africains dans leur gestion chaotique et nécropolotique des sociétés africaines postcoloniales. Ma recherche vise ultimement la promotion d’un leadership intellectuel et éthique dans les sociétés africaines contemporaines, leadership sans lequel nous allons passer encore 50 autres années de chaos et de régressions sur tous les aspects de la vie dans les sociétés africaines postcoloniales. 

Pourquoi votre intérêt pour le post colonialisme. Est-ce que vous avez été influencé par d’autres théoriciens du post colonialisme à l’exemple du Pr. Achille Mbembe?  B.A- Évidemment, aucun penseur ne peut penser de nulle part (ex nihilo). J’ai évidemment lu les travaux d’Achille Mbembe et de bien d’autres penseurs des « Postcolonial Studies » dans le monde, et je me suis appuyé sur certaines  de ces intuitions majeures, mais pour les radicaliser en opérant une transmutation de paradigme dans la critique éthique, politique, philosophique et théologique des sociétés africaines postcoloniales. Parmi les intuitions d’Achille Mbembe je mentionnerai : 1. la nécessité épistémologique de mettre l’emphase sur les lectures autochtones et autonomes que les couches populaires effectuent de l’aggravation de la crise postcoloniale dans des régimes nécropolitiques et nécrocrates dont la finalité ultime consiste à tuer des citoyens (Afrique indociles. Christianisme, Pouvoir et État en société postcoloniale, Karthala, Paris, 1988), l’étreinte érotique ou mieux le partage de la même épistémologie du pouvoir, de la politique du ventre, de la lubricité, de l’esthétique de la vulgarité et de l’ostentation entre les autocrates et les foules qui les courtisent pour pouvoir manger ou échapper aux technologies meurtrières ou thanatocratiques qui caractérisent les « démocratures nègres postcoloniales » (De la Postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Karthala, Paris, 2000) et enfin, la recherche des voies et moyens pour l’advenue d’une politique de l’épanouissement de l’humanité des Africains qu’il désigne par les deux expressions de « la montée en humanité » et de la « déclosion du monde ». Il vise la promotion d’une nouvelle modernité africaine qu’il qualifie « d’Afropolitaine », dans son dernier essai : Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée, La Découverte, Paris, 2010. 

Cela étant dit, mon ouvrage radicalise ces intuitions et opère une transmutation de paradigme épistémologique dans l’auscultation de la crise africaine, en adoptant une méthode hybride (volcanique et phénoménologique). En faisant de la sorcellerie l’épicentre ou le paradigme étiologique et holistique à partir duquel une compréhension holistique des crises africaines peut advenir, j’ai ouvert de nouvelles pistes de compréhension endogène des crises africaines, sans pour autant minimiser les responsabilités des forces exogènes qui étranglent les Africains à l’aube de ce XXIème siècle. La sorcellerie comme fait social total permet d’avoir une compréhension endogène et holistique des crises africaines contemporaines, car elle se situe aux interstices du politique, du religieux et du symbolique, dans les stratégies populaires de survie face à l’aggravation des logiques nécrocratiques des dictateurs africains. La prolifération des Églises du réveil partout en Afrique et dans les diasporas d’Europe et d’Amérique du Nord, à la faveur de la montée des formes pathologiques et irrationnelles de religiosités populaires, constitue un défi massif posé à l’intelligence africaine au début de ce siècle. En m’adossant à ce phénomène massif et incontournable dans les communautés noires du monde, ma recherche s’est appuyée sur une méthodologie pluridisciplinaire dans la quête des stratégies efficaces de guérison holistique des Africains. Le but ultime étant d’éradiquer ou mieux de déconstruire ces formes irrationnelles et pathologiques de religiosités populaires, qui obèrent le processus d’irruption et d’auto-promotion des Africains comme seuls sujets, acteurs et auteurs de leur destin collectif dans un monde qui n’a de « dieu » que l’accumulation capitaliste par le déploiement des logiques prédatrices, impériales et génocidaires. Tant pis pour les pauvres et les milliards d’êtres humains exclus de facto de ce gigantesque réseau commercial mondial. Mon ouvrage vise la promotion d’un leadership éthique basé sur la rigueur méthodologique dans l’analyse des crises négro-africaines, l’exigence d’une posture épistémologique pluridisciplinaire, et la prise en considération du paramètre religieux à l’intérieur duquel les Africains analysent leurs crises et cherchent des stratégies de sortie de crise. C’est l’oubli de la prépondérance des logiques religieuses dans les sociétés africaines qui a conduit la plupart des Africanistes européens dans des conclusions complètement erronées, obsolètes et néocoloniales dans leurs publications. C’est la raison pour laquelle mon ouvrage a commencé par une « gigantomachie » que j’ai livrée à quelques uns d’entre eux, dont le paroxysme a été atteint quand j’ai commencé dès le premier paragraphe du premier chapitre par défaire et démolir la fable raciste, esclavagiste et haineuse de Stephen Smith dans son pamphlet dégoûtant : Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calman-Lévy, Paris, 2003.             En menant courageusement cette bataille intellectuelle avec certains Africanistes de Paris, je voulais montrer les enjeux de pouvoir et les enjeux de manipulation idéologique dans les productions scientifiques de certains Africanistes occidentaux, qui persistent dans la promotion des savoirs éculés façonnés par les schèmes intellectuels de l’ethnographie raciste et coloniale du XIXème siècle, selon laquelle les sociétés et cultures africaines se trouveraient au bas de la stratification des races et des cultures, arbitrairement établie par les philosophes eurocentristes et racistes (Gobineau, Hegel, Husserl etc.) du XIXème siècle. L’un des défis que les intellectuels africains ont à relever aujourd’hui, se situe simultanément dans le champ du discours  savant sur l’Afrique (Afrodiction) et de l’écriture de l’Afrique (Afrographie) par les différents acteurs voulant monopoliser tous les leviers de domination symbolique et matérielle sur les sociétés africaines contemporaines. 

Est-ce que nous pouvons savoir les années qu’il a fallu pour achever ce travail intellectuel qui exige une certaine rigueur en sciences sociales? 

B.A- Vous me posez une question cruciale, car avant d’y répondre, je tiens à paraphraser un grand intellectuel camerounais, que je considère comme un de mes maîtres, le père Engelbert Mveng. Il disait que, « compte tenu des régimes bestiaux, anti-intellectualistes et ignares qui nous dirigent, il est demandé aux intellectuels africains de devenir autodidactes tout au long de leurs vies, car il n’y a que peu d’Africains qui accèdent à un niveau d’érudition élevée. Donc chaque chercheur africain doit aspirer in actu exercito, à la pluridisciplinarité pour combler le manque criant de combattants dans la bataille intellectuelle sur l’énonciation scientifique de l’Afrique (Afrodiction et Afrographie) dans la géopolitique mondiale. Par là je veux dire que cet ouvrage m’a pris une dizaine d’années pour être achevé, non pas en y travaillant chaque jour, mais seulement quelques week-ends et durant les vacances, car mes journées sont occupées par l’enseignement aux fonctionnaires du gouvernement fédéral du Canada, et cela n’a rien avoir avec ma formation initiale (Philosophie, Sciences Sociales et Théologie), mais aussi cela ne me laisse que peu d’heures par jour pour poursuivre le travail ardu et austère de recherches dans les bibliothèques universitaires et d’écriture. En faisant ce long détour pour te répondre, je tiens juste à dire à nos lecteurs qu’écrire aujourd’hui pour les intellectuels africains (qu’ils soient en Afrique ou dans les diasporas) qui vivent pour la plupart d’entre eux dans des conditions précaires, relève de l’abnégation, du sacrifice et l’auto-dépassement. Au moment où je vous écris ces lignes, je tiens à vous dire que j’ai une dizaine d’autres manuscrits sur l’Afrique, la philosophie, les sciences sociales et la théologie qui sont en chantier et qui n’avancent pas comme je l’aurai voulu, à cause du manque de temps disponible, devant comme tout citoyen vaquer aux occupations obligatoires pour me conformer aux impératifs consuméristes de paiement des factures, des hypothèques et des cartes de crédit que le réseau tentaculaire néolibéral m’impose. Mais je fais de mon mieux et je ne regrette rien. 

Vous êtes un observateur averti des problèmes africains. Quel est votre point de vue au sujet de la crise post électorale en Côte d’Ivoire et du dénouement de cette crise ivoiro-ivoirienne qui a vu l’implication d’autres acteurs internationaux, notamment la France et les Nations unies?  

B.A- La crise en Côte d’Ivoire corrobore dans les faits les analyses théoriques et pratiques que j’ai faites dans mon ouvrage sur les 3 échecs qui caractérisent la situation politique des pays africains soi-disant « indépendants » : échec cuisant de la gestion autochtone de la postcolonie, échec de l’intégration dans la mondialisation néolibérale et enfin, échec qui se manifeste par l’omniprésence des croyances et des pratiques  relatives à la sorcellerie dans l’espace domestique et public, aussi bien Afrique que dans les diasporas occidentales. L’intervention de la France et des Nations Unies n’a été possible que par le manque criant d’un leadership politique et éthique fort, non seulement en Côte d’Ivoire, mais dans la quasi-totalité des pays africains postcoloniaux. Il s’agit aussi d’un échec pathétique et cinglant des « intellectuels africains », incapables pour la plupart d’entre eux, de promouvoir un leadership réticulaire basé sur la probité éthique et la probité intellectuelle dans l’analyse objective des problèmes politiques et économiques des pays africains. Mais tous ces échecs s’expliquent en grande partie par la généralisation, puis l’aggravation des schèmes pathologiques du tribalisme, de la politique du ventre et du fanatisme idéologique, qui empêchent les intellectuels africains de poser un diagnostic honnête, objectif, profond et judicieux des crises qui paralysent les sociétés africaines postcoloniales. Si les Ivoiriens étaient des sujets responsables de leur destin il n’y aurait ni les troupes françaises dans leur territoire ni la satellisation des infrastructures économiques du pays par les entreprises et hommes d’affaires français qui se comportent en « terrain conquis », étant donné les forces de dissuasion militaire déployées par la françAfrique de Nicolas Sarkozy, et qui ont montré leur supériorité militaire incontestable pour en découdre,  capturer et humilier aux yeux du monde entier le président Laurent Gbagbo et sa femme Simone. Je signale en passant que c’est Félix Houphouët Boigny, le père de la nation ivoirienne, qui fut le créateur de ce concept de « FrançAfrique » pour poursuivre une collaboration privilégiée avec l’ancienne puissance colonisatrice du général De Gaulle. Mais cela s’est traduit dans les faits par l’émergence d’un réseau tentaculaire et criminel où les présidents français et les autocrates africains (Houphouët, Bongo père et fils, Léon Mba, Bokassa, Eyadema père et fils, Mobutu, Didier Ratsiraka. Obiang Nguema, Sassou NGuesso, Biya, Blaise Compaoré,…) vivent dans la corruption réciproque et l’immoralité la plus sordide. J’ai dit qu’il s’agit d’un échec de l’intelligence en Afrique, mais il faudrait que je précise qu’il s’agit aussi d’une absence totale de leadership éthique et d’hommes politiques d’envergure en Afrique. Aussi bien les intellectuels que les hommes politiques continuent à penser et à agir selon les impératifs alimentaires de la politique du ventre et les solidarités mécaniques de la pathologie ethnotribale. Les populations sont ainsi manipulées par des politiciens et des intellectuels véreux, corrompus et incompétents qui n’ont de dieux que leurs ventres et leurs bas-ventres. Devant la généralisation de cette épistémologie alimentaire, sinistre, obscurantiste et tribale dans les sociétés africaines postcoloniales, il est fort à craindre que les 50 années qui viennent après l’échec cinglant du premier cinquantenaire des « indépendances politiques » de pacotille, soient marquées par la régression des sociétés africaines sur tous les plans de la vie sociale : politique, économique, sanitaire, intellectuelle et religieuse. Les fragilités chroniques de l’Afrique par rapport à la volonté de puissance et aux logiques mercantilistes du capitalisme mondial depuis le XVIème siècle ne feront malheureusement que s’intensifier avec des millions d’Africains qui mourront de faim, de manque de soins, et surtout de la généralisation des guerres d’exploitation de matières premières pour faire fonctionner les industries et entreprises de la mondialisation néolibérale. 

Le Maghreb a été en ébullition démocratique depuis les manifestations de décembre 2010 en Tunisie. C’était  le début du printemps arabe qui n’a pas épargné un  pays du Proche Orient comme la Syrie. Quelle est votre analyse de cette volonté d’aspiration des citoyens des pays arabes à la démocratie et la liberté d’expression? Est-ce que ce vent pourrait souffler en Afrique noire cette année où plusieurs pays organisent des élections présidentielles ? 

B.A-    Oui ce que nous appelons le printemps arabe constitue un  tsunami qui va faire chavirer les dictatures sanguinaires et corrompues en Afrique subsaharienne. Je signale que tout a commencé par le jeune tunisien Boizizi qui s’est immolé par le feu, suite au chômage chronique qui frappe une grande partie de la jeunesse tunisienne. Mais c’est surtout les brutalités des policiers qui ont saccagé sa boutique qui l’ont poussé à commettre cet acte de désespoir et de dépit. Depuis cet acte héroïque et révoltant, les dictatures arabes ont été sérieusement ébranlées par les répliques de ce tsunami. Même une dictature militaire aussi féroce que de la Syrie de El Hassad, est en train de subir en plein cœur les craquements dus à cette déferlante de révoltes arabes.          Au sujet des pays de l’Afrique subsaharienne, il n’y a pas un scénario univoque, mais plusieurs scénarii qui dépendront de la maturité politique et intellectuelle de chaque pays. Je me lance, à mes risques et périls, dans quelques pronostics et conjectures : 

1.     Nous venons de voir comment le peuple sénégalais a fait reculer l’autocrate Wade le 23 juin dernier, qui voulait changer la constitution pour faciliter la prise de pouvoir de son fils Karim Wade (candidat désigné de la FrançAfrique de Nicolas Sarkozy). Mais personne ne pouvait pronostiquer les révoltes du peuple sénégalais, jusqu’à obliger l’autocrate Wade à reculer devant la détermination coriace et farouche du peuple sénégalais, que plusieurs jugeaient, à tort, comme mou et vendu ad vitam aeternam aux prétentions hégémoniques de la françAfrique de Nicolas Sarkozy, qui prononça un « discours raciste et insultant » pour tous les Africains, en mai 2007, dans les locaux de la prestigieuse université Cheikh Anta Diop de Dakar. Une telle humiliation ne pourra jamais se produire dans le monde arabe où les hommes ont des couilles à la place qu’il faut. Je rappelle en passant l’Irakien qui avait à deux reprises tenté d’atteindre la tête du président George Bush, l’homme prétendument le plus puissant au monde, avec sa paire de chaussures. 

2.     La République démocratique du Congo (RDC), mon pays, malgré ses potentialités humaines et économiques, est parmi les pays les plus misérables de la planète et dont la vitalité intellectuelle tend vers zéro. Mais je dois quand même signaler une grande tradition de résistance populaire contre les dictatures de Mobutu et de tous les autres autocrates qui l’ont suivi. Cette résistance populaire farouche se poursuit aujourd’hui par les activistes et défenseurs de droits de l’homme, dont la plupart continuent d’être assassinés (Chebeya, etc) sous nos yeux. Je dois aussi rendre hommage à toutes les victimes congolaises qui ont osé défier les dictatures diaboliques de Mobutu et de ses successeurs, et qui sont tombés sous les balles d’une soldatesque inculte, bestiale et ignare. Ce qui est navrant pour la RDC, est de constater l’absence de leaders politiques ayant une vision cohérente et globale de la société et de la politique, capable d’humaniser un pays où les logiques nécropolitiques, ethno-tribales et corruptrices ont atteint des seuils catastrophiques et déshumanisants. Tous les politiciens veulent juste remplacer Kabila, sans nécessairement nous démontrer de façon convaincante leurs capacités intellectuelles et leur volonté politique et éthique à reconstruire une société démocratique et développée en RDC. Il y a des groupes armés tels que les Maï Maï à l’Est et le groupe des Combattants (qui oeuvrent aussi bien en RDC que dans les diasporas) qui veulent en découdre une bonne fois pour toutes avec le président Kabila durant les élections de novembre 2011. Il y a beaucoup à craindre quant à la répétition du scénario macabre et apocalyptique de la Côte d’Ivoire dans d’autres pays africains en crise et au bord de l’implosion. 

3.     Mon dernier exemple porte sur le Cameroun, votre pays. Malgré ses ressources économiques, écologiques et humaines importantes, le Cameroun est parmi les pays les plus corrompus de la planète, mais qui jouit d’un calme social relatif. En effet, depuis l’arrivée au pouvoir de l’autocrate Paul Biya en 1982, il n’y a pas eu de guerres d’envergure (comme celles qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville et en RDC) au Cameroun, excepté des émeutes de la faim (2008) et des émeutes postélectorales lors des fraudes chroniques du président Paul Biya durant les élections. Mais il y a quelques jours, un groupe de 200 musiciens camerounais sont allés à la résidence de Paul Biya à Mvomeka, pour le supplier de se représenter aux élections de novembre 2011. L’ambiance était euphorique avec de la nourriture, de la boisson, un grand gâteau et des danses enflammées en l’honneur de l’autocrate Biya, et de sa femme, qui, soit dit en passant, est une danseuse hors pair de la danse traditionnelle beti, le « Bikutsi ». Les habitudes pathologiques et les impératifs alimentaires de la politique du ventre risquent d’amoindrir sérieusement l’impact des révoltes arabes au Cameroun, car la masse de ceux qui ne pensent qu’à s’alimenter en captant l’argent distribué par les restes de l’État (appelé ironiquement par les Camerounais, la « mangeoire nationale »), est beaucoup plus grande que ceux qui veulent en découdre une bonne fois pour toutes avec le régime corrompu et sanguinaire du président Paul Biya. 

Après avoir effectué 3 études de cas, avec 3 pronostics différents, je puis dire que les divisions politiques et la divergence d’intérêts économiques entre les acteurs sociaux et les partis politiques en RDC et au Cameroun, feront que des régimes dictatoriaux pourront facilement perdurer, car ils auront une masse critique de courtisans et de partisans prêts à les encenser moyennant de la nourriture.  N’est-ce pas qu’un proverbe camerounais dit : « la bouche qui mange ne parle pas ». Fin de citation. 

Enfin, vous êtes le président du Cerclecad, un centre de recherche basé à Ottawa. Est-ce que vous pouvez informer davantage nos lecteurs sur les activités de ce centre de recherche pluridisciplinaire qui s’intéresse à l’Afrique et sa diaspora? 

B.A-    Le centre de Recherches pluridisciplinaires sur les communautés d’Afrique noire et de diasporas (Cerclecad) dont je suis l’actuel président, se veut être un maillon d’un vaste réseau mondial de think tanks (Cercles de réflexion critique et pluridisciplinaire) réfléchissant sur les problèmes concernant les communautés noires d’Afrique et de diaspora.  Bien que situé à Ottawa, nous avons un millier de collaborateurs et d’amis qui vivent en Amérique du Nord, en Afrique, en Europe et aux Antilles, et qui reçoivent régulièrement les informations sur les activités scientifiques mensuelles et annuelles. Les lecteurs peuvent consulter notre site (www.cerclecad.org) pour avoir plus de détails. Parmi ces collaborateurs et collaboratrices, nombreux participent par leurs réflexions dans des discussions que nous menons sur les différents problèmes de l’actualité africaine. D’autres écrivent des articles de réflexion critique dans notre revue annuelle : Afroscopie, revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires.          Notre principale mission consiste à conduire des recherches scientifiques sérieuses, pluridisciplinaires et émancipatrices pour accélérer le processus de reconstruction et de renaissance des communautés noires dans le monde. Nous voulons ainsi être un lieu d’expertises pluridisciplinaires pour informer les autorités politiques du Canada et les médias sur les principaux défis que rencontrent les Afro-canadiens sur le chemin de leur intégration au Canada. Étant convaincus qu’aucune action transformatrice d’envergure ne peut advenir  une société sans une réflexion solide en amont, le Cerclecad organise chaque mois une conférence à l’Université d’Ottawa pour traiter d’une question importante pour les communautés africaines du Canada. Mais chaque année, au mois de décembre, nous organisons un colloque récapitulatif sur un thème englobant. Par exemple, le 18 décembre 2010, nous avons organisé un colloque intitulé : « Le bilan de 50 ans des indépendances politiques africaines et les défis de l’intégration des Africains au Canada. Histoire, Enjeux éthiques et Perspectives d’avenir pour la renaissance africaine ». Cette année, nous organiserons, le samedi 17 décembre 2011, toujours à l’université d’Ottawa, un autre colloque traitant d’un sujet tout aussi névralgique pour les communautés africaines du Canada. Le titre est : « Les communautés noires et l’engagement politique au Canada. Défis, Enjeux et Stratégies pour plus de visibilité dans la société canadienne ». J’ai déjà contacté plusieurs députés fédéraux de la région de la capitale nationale et les ai invités pour qu’ils prennent part à ce colloque annuel sur l’absence des Afro-canadiens dans l’échiquier politique canadien. 

         Nous entretenons aussi un partenariat régulier avec les autorités politiques (députés provinciaux, fédéraux et élus municipaux) pour trouver ensemble des stratégies pour une « intégration réussie » des communautés africaines au Canada, qui ont la caractéristique d’accumuler toutes sortes de précarités professionnelles, de pauvretés économiques, de marginalités politiques et de positions sociales subalternes, parmi les différentes minorités dites visibles au Canada, alors qu’il fallait plutôt les désigner comme des « minorités invisibles », car ils le sont effectivement sur l’échiquier politique et les postes de direction dans les entreprises, la fonction publique et les universités.          Je dois signaler enfin notre occupation efficace et constante des médias nationaux (Radio Canada) et internationaux (Radio Canada International) où nous sommes régulièrement invités pour donner nos positions sur des dossiers africains actuels : le cinquantenaire des indépendances politiques en 2010, la déflagration sociale et politique en Côte d’Ivoire, les répercussions des révoltes arabes en Afrique subsaharienne, les ghettos africains dans les grandes villes canadiennes (Toronto. Montréal, Ottawa, Edmonton, etc.), et plus récemment j’ai donné une entrevue à l’émission Tamtam Canada dans Radio Canada International, le vendredi 24 juin 2011, en l’occasion du lancement officiel de mon ouvrage : De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine contemporaine, L’Harmattan, Paris, 2011. (http://www.rcinet.ca/francais/emission/tamtamcanada/accueil/date/24-06-2011/). Le lancement a eu lieu le samedi 25 juin 2011 dans la salle du Sénat de l’Université d’Ottawa dans le cadre de nos conférences scientifiques mensuelles. 

         Le Cerclecad est enfin propulsé par un « leadership réticulaire, éthique et intellectuel » qui consiste à collaborer avec un grand nombre de chercheurs et de penseurs dans le monde par-delà les clivages raciaux, idéologiques et culturels. C’est ainsi que nos conférenciers et nos collaborateurs viennent du monde entier et de tous les horizons culturels (Amérique du Nord, Europe, Afrique, Antilles), et cela nous préserve des dangers d’autisme ethnique et d’étroitesse d’esprit, qui ne peuvent conduire qu’au fanatisme, qu’à l’intolérance idéologique et à l’atrophie intellectuelle. 

     Propos recueillis par Ferdinand Mayega à Montréal   

  

Franck Biya se préparerait-il aussi à devenir chef de l’État?

Au moment où les Camerounais, dans une grande majorité, souhaiteraient l’alternance à la tête de l’État du Cameroun  aux élections présidentielles de 2011 après 29 ans de régime du président Paul Biya, le titre de cet article  peut sembler être une provocation pour les uns, une blague de mauvais goût pour les autres. La raison est simple : le Cameroun n’est pas une monarchie constitutionnelle où le pouvoir doit impérativement passer du père au fils ou à un membre de la famille  régnante.  Seulement, nous pensons que cette question mérite d’être posée aujourd’hui compte tenu de la nouvelle tendance des passations de pouvoir dans certains  pays francophones du continent. De plus en plus, nous observons ce que le constitutionaliste sénégalais El Hadj Bodj appelle les monarchies républicaines. C’était le sujet de sa thèse de doctorat d’État. Il s’agit de cette nouvelle forme d’alternance au pouvoir entre des chefs d’État vieillissant en Afrique et leurs enfants. C’est le cas au Togo, en RDC et au Gabon. Au Sénégal, le scénario est de plus en plus  évoqué avec le super ministre d’État Karim Wade. Si au Cameroun, Franck Biya n’a jusqu’ici occupé aucune fonction ministérielle ou un poste important pour être face aux projecteurs des médias, il ne faut pas oublier que le président Paul Biya est un homme politique très rusé, subtil et intelligent. Sa politique de l’apaisement et de la main tendue au chef du plus grand parti politique d’opposition John Fru Ndi du SDF n’est pas gratuite. Il ne fait rien pour rien. Paul Biya commencerait dès à présent à préparer une alternance moins ouverte mais plus subtile. De nombreux signes indiqueraient qu’à la suite d’une victoire du président Paul Biya aux présidentielles de 2011, un gouvernement d’ouverture pourrait accorder plusieurs ministères aux cadres politiques du  SDF. Ainsi, ces derniers, prenant goût aux délices du pouvoir et à l’argent  facile se verraient impliquer dans plusieurs malversations financières. Du coup, comme les prisonniers corrompus de son régime,  l’opération épervier va également sévir avec les proches de John Fru Ndi donnant ainsi davantage du discrédit à ces autres «  vendeurs d’illusions ». Un  boulevard de plus pour Franck Biya.  Déjà, sous le prétexte de la lutte contre la corruption endémique au Cameroun, l’opération épervier  a  permis au chef de l’État Paul Biya de donner de lourdes peines d’emprisonnement  à des proches de son régime disqualifiant pour longtemps tous ces derniers  qui ont une puissance financière colossale, des ambitions présidentielles et des réseaux importants en Occident, notamment à l’Élysée et à Matignon.  Il s’agit d’un autre boulevard beaucoup plus nécessaire pour baliser le chemin à Franck Biya pour une éventuelle accession à la présidence du Cameroun. Vendredi 7 décembre dernier  dans l’après midi, par un curieux hasard, j’ai eu l’opportunité de rencontrer à  l’aéroport international Pierre Eliot Trudeau de Montréal,  un Camerounais de la diaspora fidèle au régime de Yaoundé  résidant au Québec depuis plusieurs décennies. Ce dernier est issu d’une famille qui a toujours soutenu le chef de l’État parce que l’un des parents a occupé  des fonctions importantes au pays. Dès que je me suis présenté, ce Camerounais de la diaspora savait déjà que je suis journaliste et auteur d’un nouvel essai sur la question de la diaspora africaine et le développement chez l’Harmattan en juin dernier. Il m’a alors posé une question que je m’interroge depuis octobre 2008. À savoir  que la vague d’arrestations, dans le cadre de l’opération épervier, ne donnerait-elle pas  aussi l’occasion au chef de l’État de préparer son fils  Franck Biya à la succession? Très prudent de  me faire tirer des vers du nez à répondre à cette question complexe du compatriote de la diaspora au Canada qui pourrait appartenir à la catégorie de la diaspora de collaboration, j’ai uniquement laissé entendre que Franck Biya, en sa qualité de citoyen camerounais, a également les mêmes droits  et devoirs  que quiconque au pays pour diriger le Cameroun s’il gagnait une élection libre et transparente. Aussitôt, courroucé voire nerveux, ce compatriote a répondu avec fermeté qu’il n’apprécierait jamais cette succession et montrerait ouvertement son opposition à une succession dynastique. Il a ajouté que le Cameroun n’est pas le Gabon, le Togo, le Sénégal oula RDC. Le Cameroun, c’est le Cameroun. Ensuite, il a affirmé que ce serait une erreur grave et dangereuse pour le président dont-il reste fidèle de choisir la même option que certains leaders politiques aujourd’hui décédés ou  encore au pouvoir en Afrique. C’est la preuve qu’au sein du parti de la flamme, ils sont nombreux qui n’accepteraient jamais la  dictature démocratique et monarchique ou encore la démocrature monarchique. Ce bref  échange  mais riche avec  ce compatriote ayant de  nombreux amis, dit-il, dans la sphère du pouvoir au Cameroun mérite cette interrogation. En effet, en octobre 2008 lors du sommet des Chefs d’État de la Francophonie que j’avais couvert dans la ville de Québec, j’ai été surpris de voir Franck Biya dans la salle de conférence le jour de la clôture du sommet. Par ailleurs, par une autre coïncidence heureuse, nous avions  eu l’opportunité de rencontrer Franck Biya dans un couloir du 4ème étage de l’hôtel Château Laurier à Québec. C’était  le lendemain de la clôture du sommet. Nous étions à la recherche de certaines informations sur les dessous de ce  sommet. Et nous avions appris que c’est dans une chambre au quatrième étage de cet hôtel luxueux que le Haut Commissariat du Cameroun avait établi son quartier général. Poliment, j’ai salué le fils aîné du président Paul Biya  et me suis présenté. De manière tout aussi respectueuse, Franck Biya  a répondu à nos salutations.  Dans une ambiance fraternelle et de respect mutuel, il  a accepté d’échanger avec nous pendant plus d’une dizaine de minutes debout. Il était assez détendu et ne semblait pas très anxieux de cette rencontre avec des chasseurs d’informations dont l’un d’eux est originaire de son pays.  Avant de nous séparer, nous lui avions remis un exemplaire récent du magazine Francophonie Actualités pour découvrir le contenu des informations. Toujours poli, Franck Biya a tenu à nous assurer qu’il lirait ce magazine.  J’étais en compagnie d’un confrère journaliste d’origine  ivoirienne résidant à Paris  qui est le directeur de publication et fondateur de ce journal. Il s’agit d’un magazine francophone édité en France. Mon confrère et ami est un grand habitué de tous les sommets de la francophonie. Ce dernier  a participé à tous les sommets  à travers le monde. Il est aussi  un fin analyste politique des questions francophones et africaines. Il a eu l’opportunité d’ouvrir des portes des Palais présidentiels rarement ouvertes aux journalistes même dans des pays au régime politique socialiste. C’est le cas par exemple, il y a quelques mois, d’une entrevue exclusive  au Palais présidentiel à Hanoi avec  l’actuel Chef d’État du Vietnam. Ce confrère journaliste dans la soixantaine, intéressé aux questions politiques avec presque quatre décennies dans le monde du journalisme d’abord dans le service public en Côte d’Ivoire avant de déposer ses valises en France depuis trois décennies,  a eu l’opportunité de suivre des cours du fondateur du quotidien Le Monde Hubert Beuve Mery à l’Institut français de Presse de l’université de Paris-Panthéon Assas. Aussitôt que nous avons pris l’ascenseur pour descendre de l’hôtel, il  m’a fait remarquer avec insistance que la présence de Franck Biya au sommet des chefs d’État de la Francophonie serait un indicateur fiable que le président Paul Biya préparerait éventuellement un scénario à la gabonaise. Il y croit encore aujourd’hui comme moi d’ailleurs. De plus en plus. Ensuite, d’après certaines de mes  sources en Europe, surtout du côté de la ville helvétique de Genève, Franck Biya serait en train de prendre des cours de sciences politiques ou de diplomatie. Si cette information était  confirmée, il faudra s’attendre à ce que l’homme d’affaires Franck Biya généralement effacé puisse faire  une mutation progressive du monde des affaires  vers le monde politique après une réélection de son père. Avec l’âge qui avance et le poids de la fonction présidentiel, le chef de l’État Paul Biya serait peut-être déjà en train de penser à son après pouvoir et le rôle que devrait jouer désormais son fils dans le paysage politique camerounais.

S’il y a longtemps, j’avais voulu écrire ce papier après ma rencontre avec Franck Biya à Québec en octobre 2008, mes échanges du vendredi 7 janvier avec un compatriote de la diaspora  à l’aéroport de Dorval et le confrère ivoirien de Paris  le dimanche 9 janvier au téléphone  ont été le déclencheur de cet article. Nous invitons, dès à présent, les  Camerounais à ne pas oublier cette probabilité comme au Sénégal d’Abdoulaye Wade.  Pour l’instant, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que Franck Biya est sûrement la première solution d’une équation politique complexe à plusieurs inconnus de son père lorsque ce dernier ne sera plus apte à gouverner le Cameroun.

                                                                        Ferdinand Mayega

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