Culture

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Entrevue Exclusive

Le festival international Nuits d’Afrique de Montréal, a accueilli cette année encore parmi de  nombreux artistes africains du monde ayant été invité à prendre part à cet évènement annuel, le musicien mal voyant ou aveugle André Marie Tala. Ce phénomène de la musique africaine plagié par James Brown et  honoré d’un Kora du meilleur chanteur d’Afrique centrale a derrière lui, quatre décennies de vie musicale et une riche carrière. Pour mieux percer le secret de cet homme mystérieux qui vit à cheval entre Paris et Douala, peu bavard mais profondément attaché à ces racines africaines, nous sommes allés à la  rencontre  d’une perle rare de l’afro-funk et de la variété  musicale africaine dans le luxueux hôtel de Montréal où il séjournait en compagnie de son épouse. Cet article de marque musicale  qui ne quitte jamais ses lunettes noires  est par  ailleurs le  promoteur du Ben Skin, un genre musical dont les racines proviennent des montagnes de l’ouest du Cameroun, sa région natale. Lisez plutôt cet entretien captivant.  

Merci de nous recevoir, M.André Marie Tala, comment est née la passion chez vous trop tôt pour la musique malgré votre handicap visuel?

AMT- Je pense que tous les musiciens ont la même histoire. On est passionné dès l’enfance. Dans mon cas, j’avais autour de moi, des gens qui aimaient la musique notamment ma grand-mère et mon oncle et par la suite, j’ai emboîté le pas. Il est vrai,ces parents ne faisaient pas la musique de façon professionnelle. Ils jouaient de la musique à leur manière et cela m’a beaucoup servi à avoir la passion et l’amour pour l’art musical.

Après 40 ans de longévité musicale, est-ce qu’on peut avoir une idée de votre discographie et aviez vous pris une petite pose en matière de sortie de disque?

AMT- Je continue de sortir des disques, mais seulement, je ne sors pas les disques tous les ans. En plus, la piraterie qui est devenue un phénomène majeur en Afrique et particulièrement au Cameroun n’encourage pas à se défoncer voire se surpasser annuellement pour sortir un tube. Ensuite, les structures viables sont de plus en plus difficiles.Cette situation ne facilite pas les choses chez le musicien .Malgré tout, je continue de travailler. À ce jour, j’ai une vingtaine d’albums.

De tous vos albums, quels sont ceux qui ont donné un rayonnement international à l’artiste que vous êtes?

AMT- Généralement, je me fie aux  chansons que les gens demandent puisque chacun a sa sensibilité, ses goûts et ses couleurs musicales. En effet, il m’est difficile de parler des albums que le public aiment. Je peux plutôt m’évertuer à parler des chansons que le public apprécient. Parmi ses nombreuses chansons, je peux citer Black Woman, Sikati, Je vais à Yaoundé et bien d’autres.

Vous aviez sorti le Ben Skin, ce genre musical que nous dansions naïvement dans notre enfance au quartier Bagangté de New Bell à  Douala, lieu mythique qui porte un carrefour du même nom, à un jet de pierres de  votre domicile et à 2 minutes de la maison familiale de ma jeunesse où j’ai grandi. Comment est arrivé subitement l’idée chez vous de moderniser ce genre musical traditionnel chez les bamilékés essentiellement dansé à une certaine époque par des vielles mères lors des fêtes ou des cérémonies funéraires du souvenir d’un membre de sa famille décédé?

AMT- Mon idée était de trouver un élément fédérateur chez les jeunes qui, jusqu’à présent ont tendance à n’aimer que ce qui vient d’ailleurs, plus précisément de l’occident. Étant donné que l’africain pour qu’il puisse s’épanouir, il a besoin de sa tradition, de sa culture et malheureusement, nous ne le savons toujours pas. En effet, les africains qui sont allés à l’école du blanc  pensent qu’en copiant bêtement la culture occidentale, en privilégiant le mimétisme culturel par des africains, c’est  la seule voie royale d’existence et de salut pour notre continent.. C’est complètement faux d’où la raison qui m’a poussée à valoriser ou moderniser le Ben Skin afin d’ indiquer à la jeunesse qu’autour d’eux,il y a des richesses  à valoriser dont ils ignorent l’importance. C’est un moyen de les aider autrement à s’épanouir en préservant leur patrimoine et leur culture musicale à l’exemple du Ben Skin qu’ils ont à portée de mains.

Vous n’êtes pas à votre première expérience des Nuits d’Afrique. Comment entendez vous électriser la foule cette fois-ci encore comme par le passé?

AMT- Ce n’est pas facilement de pronostiquer sur ma soirée .Il est vrai, je suis un habitué de Montréal depuis plusieurs années. C’est au moins la quatrième fois  que je viens dans cette belle métropole francophone d’Amérique du nord. Dans le cadre des Nuits d’Afrique, c’est ma troisième participation si j’ai bonne mémoire. À chacune de mes participations aux Nuits d’Afrique, c’est un bonheur car le public montréalais est un public charmant. C’est l’une des rares villes du monde où il y a un certains nombre de festivals chaque année notamment Nuits d’Afrique. Je dois dire que M.Touré a eu une idée géniale de lancer ce festival, un forum qui puisse permettre aux autres de connaître l’Afrique telle qu’on y vit dans sa culture, dans sa  diversité. Je crois que c’est une chose excellente. En ce qui me concerne, tous mes passages ont été un grand succès aussi bien au Balattou qu’au Kola Note. J’espère que cette fois ci encore, ce sera la même ferveur.

Est-ce que vous avez un album en vue qui sortira dans les prochains mois sur le marché de la musique?

AMT- Je n’ai pas d’album en vue. J’ai plutôt un album en promotion qui est intitulé Source des Montagnes. C’est un album essentiellement orienté vers du Ben Skin et qui compte 11 titres. Ce sont des titres repris en instrumental mais en réalité, il y a une dizaine de chansons.

Quels sont les autres artistes qui ont collaboré à ce nouvel  album Source des Montagnes?

AMT-Beaucoup de musiciens ont collaboré à la sortie de ce tube.Tout a commencé au studio Makassi de Sam Fan Thomas à Douala et le reste du travail a été fait à Paris.Pour le featuring,j’ai eu Maman Keita qui vient de Guinée Conakry,Billy Kom,un meilleur guitariste camerounais qui vit à Paris,Olivier Mahop ou Olivier Marchand,mais comme il a épousé une de nos sœurs du Cameroun,on lui a donné le nom de Mahop,à la basse,j’ai fait appel à  l’ancien chef d’orchestre de Manu Dibango en la personne de Nelle Ekwabi.Il y a aussi Brice Wassy avec qui j’ai co-arrangé l’album et qui a aussi fait de la batterie,Don Dieu a fait les claviers,Bref,il y a eu la participation de nombreux musiciens de la place parisienne.

Depuis la sortie de cet album, est-ce qu’on peut avoir un calendrier des concerts en vue ou déjà faits?

AMT- Je reviens du Cameroun où j’ai parrainé le concours Mutzig de la chanson de cette année. C’est un concours organisé tous les ans par les Brasseries du Cameroun. Je viens juste de faire un spectacle à Paris. On projette de nombreux autres spectacles. Nous les préparons car les dates ne sont pas encore précises. J’ai été aussi au Gabon, il y a quelque temps.

Nous espérons que vous viendrez faire aussi des spectacles en Amérique du Nord et particulièrement dans la ville de Trois-Rivières. Votre sœur artiste du Bénin Angélique Kidjo a donné récemment un concert mémorable dans cette ville  au cours duquel, cette bête de scène, si vous me permettez l’expression, a électrisée le nombreux public trifluvien?

AMT- Je suis là pour ça, je n’attends que des invitations pour prouver de quoi je suis capable après 40 ans de vie à faire de la musique comme professionnel au plus haut niveau. Si je reçois une invitation à venir donner un spectacle à Trois-Rivières cette année ou l’année 2009 qui marquera  par ailleurs le 375ième anniversaire de la fondation de cette ville du centre du Québec, je n’hésiterais pas à faire partie de la fête qui se prépare certainement pour de grandes festivités l’année prochaine. Vous vivez à Trois-Rivières, si votre souhait est de me voir participer à cette fête l’année prochaine, il est encore temps pour que vous oeuvrez à votre manière afin  que je vienne  donner aussi le show à Trois-Rivières, la capitale de la Mauricie, ville carrefour entre les deux plus importantes cités du Québec à savoir Montréal et Québec. La position géostratégique de Trois-Rivières, ville historique et culturelle au Canada  indique  que cette  cité  est appelée à toujours se développer.

Vous avez été plagié dans les années 1970 par le grand  musicien américain James Brown. Cette histoire vous a mis pendant plusieurs mois au devant de  l’univers médiatique. Aujourd’hui, on se rappelle toujours de votre rayonnement musical avec ce plagiat. Pouvez vous nous donner le titre de la chanson  plagiée et quel a été la suite de ce qu’on a appelé et appelle toujours l’affaire André marie Tala -James Brown. Au terme du procès retentissant qui avait  duré plusieurs années, il a été   reconnu le plagiat. Dès lors, aviez vous gagné beaucoup d’argent de cette affaire?

AMT- Le titre de l’album plagié était Hot Koki. Et en 1975 au moment ou mon 33 tour comme on appelait à l’époque sortait, James Brown était au meilleur de sa forme. Comme par hasard, il se trouvait en tournée au Cameroun. Je suis allé vers lui pour lui remettre un exemplaire pour qu’il sache ce que nous faisons comme musique au Cameroun. C’est par la suite  que j’ai été surpris de constaté plus tard qu’il a interprété ma chanson dans la même gamme,la même introduction,le même corps du morceau sur le plan rythmique et les mêmes refrains. Il a juste adapté les paroles en anglais. Voilà pourquoi, toute suite, je suis allé à Paris.J’ai donc saisi mon éditeur avec lequel nous avons pris des avocats pour attaquer James Brown au Etats-Unis et au bout de 4 ans,j’ai gagné le procès. C’est cela le côté historique. Je n’ai pas gagné une fortune car à l’époque du Président Jimmy  Carter, le dollar n’était pas fort. En plus, quand un procès dure quatre ans au cours duquel vous demandez les services de plusieurs avocats, je dirai que ce sont ces avocats pour la plupart qui se sont sucrés. Ma victoire  était essentiellement morale et médiatique.

La musique participe au développement et est-ce que vous pensez effectivement que les artistes africains prennent assez souvent position sur les problèmes du continent qui minent notre société?

AMT- Les premiers à dénoncer les maux ou les fléaux de notre société sont les artistes. C’est soit par le cinéma, la chanson ou la comédie et cela ne date pas d’aujourd’hui. Car ce sont les artistes qui sont avant gardistes dans ce genre d’attitude. Ce sont eux qui se positionnent pour dénoncer ou décrire la situation dans l’optique de toucher la sensibilité du public.

Je pense que la place qu’occupent l’art et les artistes est une place de choix. Pour ce qui est de son apport au développement, je vous dirai que la musique est un vecteur non négligeable pour le  développement en Afrique sur le plan économique. Généralement, on se limite à voir l’aspect concert, on n’oublie toujours les dérivés. Je crois que sans la musique, il n’y aurait pas de poste radio dans les voitures, les postes combiné que chacun de nous écoutent chez lui. Si on écoute la radio, c’est avant tout parce qu’il y a la musique. Si la musique n’existait pas,je suis convaincu qu’on ne vendrait pas assez de postes radio,on n’installerait pas la radio dans une voiture,Il n’existerait pas de hauts parleurs dans les super marchés pour diffuser la musique et tous les autres produits dérivés. La télévision n’y échappe pas. Parce que la télévision ne vit que parce qu’il y a  la musique. Chacun de nous a un téléviseur chez lui, c’est en grande partie parce qu’on aimerait écouter et voir les artistes chanter et danser,etc. Les gens savent ou du moins doivent comprendre que si les Beatles à eux tout seul ont ramené des devises en Angleterre que toutes les industries confondus,cela veut dire que la musique est quelque chose d’extrêmement important. Malheureusement, en Afrique, nous n’avons toujours pas compris que c’est essentiel de travailler pour faire évoluer la musique  au même titre que dans n’importe quel domaine ou industrie.

Après une carrière aussi longue et riche, la retraite, c’est pour quand ou alors elle n’est même pas annoncée?

AMT- Je ne sais pas s’il y a quelque chose qui vous indique que la retraite doit être prise. C’est un métier où  les gens chantent à 80 ans s’ils se sentent bien dans leur tête et dans leur peau. Voilà, il n’y a pas de raison de rester cloisonner alors qu’on a de l’expérience à partager. C’est aussi un métier.

La musique est aussi un engagement et en ce moment au Cameroun, Lapiro de Mbanga est emprisonné ainsi que Jo La Conscience qui a même été lauréat du concours de la chanson Mutzig dont vous parliez tout à l’heure. Les charges portées contre eux au cours de ce procès absurde ou kafkaïen laissent croire que les raisons évidentes et profondes  de leur incarcération sont  ailleurs. Qu’en dites vous?

AMT- Je souhaite vivement que les autorités camerounaises relâchent ces musiciens puisque le Cameroun est un pays de droit et de liberté. Si mes confrères musiciens ont commis un délit, il faut les juger. Mais si au contraire,à travers leur chanson et leur engagement à modeler la société camerounaise,ils n’ont fait que dénoncer certains fléaux de notre société ,j’estime qu’il faut les relâcher purement et simplement afin qu’ils retrouvent leur liberté si chère à la personne humaine.

 Ferdinand Mayega à Montréal

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