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Grande Entrevue Exclusive

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Grande Entrevue Exclusive

Le festival Nuit d’Afrique est un évènement culturel africain unique en son genre depuis 22 ans dans la métropole de Montréal au Québec. C’est la seule vitrine annuelle de la culture musicale afro-caraïbéenne au Canada voire même en occident. Cette initiative louable qui entrera dans les annales de l’histoire de la valorisation de la culture africaine et de ses différentes diasporas du monde est l’œuvre de M.Lamine Touré, président-fondateur de ce festival et du Club Balattou de Montréal.Ce guinéen d’origine  naturalisé canadien est un homme d’une simplicité légendaire qui, malgré vent et marée et à la transpiration de ses efforts veut donner une place enviable et honorable à la Culture noire en générale et africaine en particulier dans le monde. Son rêve, donner aux africains d’aujourd’hui et léguer aux générations futures, une charpente culturelle solide dans cette civilisation de l’universelle. Le promoteur culturel africain Lamine Touré, fière de son africanité et africanitude et  soucieux du développement humain africain intégral dans ce village planétaire où désormais la culture est devenue la puissance mystérieuse de l’immortalité, a trouvé du temps malgré son calendrier  chargé en ce moment pour nous recevoir. Lisez  plutôt cet entretien  pour vous faire votre propre opinion.

Merci M. Touré d’avoir trouvé du temps pour nous recevoir. Tout d’abord, pouvez vous nous donner les raisons fondamentales,les motivations de la création des Nuits d’Afrique,Il y a 22 ans à Montréal?

LT- Quand je suis arrivé au Québec en 1974, il n y avait pas beaucoup d’africains à Montréal. S’il y’en avait, ces africains se comptaient sur les doigts de la main. J’estime que nous étions au plus 50 africains à Montréal. À cette époque, nous avions une seule nationalité, c’était la nationalité africaine. Nous ne savions pas dire que je suis sénégalais, camerounais, guinéen, malien, etc.L’essentiel était de savoir que l’autre est un frère ou une sœur, les clivages  ethniques et l’appartenance à une nationalité n’existaient pas. C’était une belle époque dont je demeure encore nostalgique aujourd’hui. C’est ainsi que j’ai eu l’idée et la volonté de réunir les africains autour d’un idéal d’unification de nos forces, de nos acquis culturels et de notre héritage linguistique. Pour cette raison, je me suis fait entourer tout d’abord de 10 personnes qui semblaient être prêts et motivés d’embarquer dans un projet   qui devait devenir une institution, un projet durable.Je leur ai dit, nous avons un travail énorme à faire ici au Québec, au Canada et à Montréal où nous nous trouvons. Compte tenu du fait que  nous ne sommes pas nombreux, et par conséquent peu connus, il faudrait que nous puissions créer une structure d’intégration d’africains à travers laquelle, les africains qui arriveront à Montréal pourront être accueillis par notre communauté, le temps nécessaire pour les aider à une meilleure intégration dans la société québécoise et canadienne. Il faudrait que nous devenions un guide, un repère et un appoint pour nos frères africains fraîchement débarqués sans une réelle connaissance de leur société d’accueil. Il s’est trouvé que la majorité ou pratiquement tous les 10 personnes qui avaient trouvés l’idée géniale étaient uniquement les étudiants. J’étais le seul de toute l’équipe qui n’était pas étudiant, plus galvanisé avec un peu plus de temps nécessaire pour donner aux nouveaux arrivants africains. Dès lors, je me suis vite rendu compte que ces étudiants, étaient moins actifs, travailleurs, ils étaient plus capables de discourir. Aucun de ces étudiants ne voulaient retrousser ces manches pour travailler et œuvrer au succès du projet. Ces étudiants étaient plus prêts à assister aux réunions, leurs actions se limitaient uniquement à cela. Ces derniers n’étaient pas prêts à se surpasser, à passer des discours aux actions en retroussant les manches pour travailler lorsqu’ils sont sollicités. Je me suis trouvé obligé de me séparer de cette dizaine d’africains. La raison était simple,j’avais constaté qu’au bout de 15 jours,nous passions du temps à parler au lieu d’agir et de poser des actes  nobles et courageux pour donner une forme concrète à notre projet. À la suite de cette séparation, je me suis attaché les services d’un guyanais, Alex à qui j’ai informé du projet que je veux lancer et lui faisant savoir aussi que ce projet demandait un moral d’acier, une force herculéenne par le caractère et le dynamisme. Il s’agit de créer une structure d’intégration et d’encadrement des frères africains ou d’origine africaine qui déposent leurs valises à Montréal. Le guyanais m’a aussitôt donné son accord de principe et m’a semblé plus déterminé au succès de cette initiative. Aussitôt après soit moins de 24 heures de notre entretien, nous sommes allés chercher du bois, je dirai aujourd’hui sans honte pour marquer  l’histoire de notre détermination,la volonté malgré nos limites financières que nous sommes parvenus à voler même du bois ici et là. Par la suite, nous avons fabriqués des tables,et puis nous sommes allés à la recherche des chaises. Partout où nous trouvions une chaise abandonnée, on prenait. Finalement, nous avions ramassé pas mal de chaises. Le plus dur était avenir car nous nous sommes rendus vite compte que nous étions vraiment limité financièrement. Que faire? C’est alors que l’idée m’est venue en compagnie d’Alex de créer de la richesse pour donner corps à ce projet. C’est ainsi que nous avons lancé un restaurant. À ce niveau se posait encore un problème, aucun de nous deux ne savait cuisiner, mais nous devrions apprendre et tout mettre en œuvre pour faire réussir ce projet. Et comme rien n’arrive jamais pour rien,nous avions l’avantage de nous situer à côté d’un bureau du gouvernement fédéral à Montréal,un endroit stratégique qui était par ailleurs beaucoup visité en dehors des employés. Je crois aujourd’hui que l’appel du destin et la puissance divine concourraient à ce que l’idée lancée pour aider nos frères arrivés à Montréal se réalise. Le marketing ou la publicité n’étant pas une stratégie managériale nouvelle, nous avions fait un poster pour indiquer que le restaurant  se trouvait juste à côté du bureau fédéral. Et ce n’est pas tout, pour attirer la clientèle et  fidéliser ces  employés autant que celles et ceux qui vont et viennent au bureau du gouvernement fédéral, nous avons fixé des prix défiant toute concurrence pour eux.

Entre temps, cela ne suffisait pas, il fallait promouvoir ce restaurant, il s’imposait à nous, une promotion de proximité, du porte à porte au bureau du gouvernement fédéral.Nous avons fait des fliers, de petits papiers qui indiquaient la présence d’un restaurant juste à côté avec des prix à la portée de tout le monde. Aussitôt après, nous voulions nous  rendre compte que le message était bien passé. Effectivement, nos efforts  avaient payés. Car à midi, nous étions subitement débordé, envahi par une foule énorme. Aligné en file indienne, ce souvenir mémorable reste impérissable dans mon esprit.Je vous avoue que nous étions content, le sentiment le plus profond qui se dégageait de nos visages, c’était la joie, oui la joie d’avoir réussi à captiver. Preuve que nos efforts n’étaient pas vains. C’est ainsi que grâce à leur fidélité, tous les midis, les employés et bien d’autres venaient manger chez nous et cela nous a aidé à constituer un peu de fonds pour mettre sur pied, notre projet de départ. Avec ces fonds, à l’étage supérieur,nous avons ouverts une discothèque. Pour attirer les gens, nous avons fait de la publicité au même titre que pour le restaurant, mais cette fois ci, ce sont les  taximen qui étaient notre cible compte tenu du fait qu’ils transportent quotidiennement beaucoup de personnes de toutes les origines et races. Nous leurs remettions des fliers, qui indiquaient la présence d’une discothèque. Ces taximen jouaient le rôle d’interface car on leurs remettait plusieurs fliers. À leur tour, ils en remettaient aussi à quelques clients de leur taxi respectif. Mais, ils visaient plutôt des africains transportés dans leur voiture. Dès que ces derniers prenaient un africain à l’aéroport par exemple, ils se chargeaient de le conduire chez nous. À  ce niveau, en dehors de la discothèque, nous avions arrangé une chambre  au même niveau de l’étage. Dans cette chambre, nous avons installés deux lits. Quand nos frères africains arrivaient, ils dormaient sur ces lits. Chacun pouvait y séjourner gratuitement pendant un mois. Le lendemain de l’arrivée de chacun d’eux, on amenait ce frère à l’immigration dans l’optique de l’aider à avoir tous ses papiers officiels pour être en règle au Canada. Notre souci était de donner un statut meilleur à ce dernier, des droits et aussi des devoirs auprès des autorités canadiennes. À  la fin de son séjour dans nos murs et ayant ses papiers, on pouvait accueillir un autre et au fur et à mesure. Nous avons ainsi fonctionné pendant 6 à 7 ans. C’est comme cela que mes œuvres ont commencé  jusqu’au lancement du festival Nuit d’Afrique qui fait le bonheur de tous les montréalais aujourd’hui et particulièrement de la communauté noire et maghrébine du Canada.

Cette histoire valait la peine d’être compté pour la postérité afin  qu’on mesure le chemin parcouru jusqu’en ce moment. Chemin jonché d’obstacles et d’embûches, mais aussi de beaux moments Vous aviez connu sur votre chemin, à la fois des roses et des épines. Mais vous n’avez pas lâchez. C’est en même temps, une leçon d’humanisme que vous révélez au monde. Nous souhaitons que votre histoire fasse tâche d’huile et soit imitée par beaucoup d’autres africains et personnes de communautés diverses du Canada. Depuis toute cette époque glorieuse de votre soutien à la communauté africaine jusqu’en ce moment, plus de deux décennies se sont écoulées du lancement du festival Nuits d’Afrique qui entrent en droite ligne de votre credo de donner une place au soleil aux africains à travers la valorisation de leur culture et surtout de ses sonorités musicales. Aviez -vous reçu jusqu’aujourd’hui, une meilleure écoute auprès des chefs d’État africain et un appui financier pour un festival budgétivore ou qui demandent un énorme investissement financier de votre part?

LT- L’Afrique a beaucoup de potentialités humaines et culturelles, mais j’ai le sentiment que les africains ignorent les atouts inestimables en leur possession qui  demandent uniquement d’être valorisés. Prenons un exemple bien simple, vous vivez aussi Canada autant que moi. Combien d’ambassadeurs africains sont accrédités à Ottawa? Ils sont nombreux. Mais combien de fois aviez vous lu dans un journal canadien et surtout québécois, une action d’éclat menée par un diplomate africain du Canada en faveur de l’Afrique voire même de son propre pays? De mémoire d’africain  vivant au Québec depuis  34 ans, l’un des plus ancien à Montréal et certainement au Canada,  je vous avoue franchement avec tristesse que je n’ai jamais lu vraiment de ces chefs de mission diplomatique, une bonne nouvelle sur eux ou leur pays même sur quelques lignes dans un grand quotidien ou tout simplement un média représentatif de ce pays. C’est la triste  réalité. Au contraire,grâce au festival Nuits d’Afrique,l’Afrique existe pendant tout le temps que dure ce festival dans les médias canadiens voire même du monde. En effet,c’est le seul grand moment ou on parle de l’Afrique en bien,de l’Afrique positive,l’Afrique ayant un grand héritage culturel à faire partager au monde. C’est le seul moment à travers lequel l’Afrique existe véritablement au Canada. Pour donner un exemple simple mais révelateur de l’importance de la culture, de la musique et de ses artistes africains comme de vrais ambassadeurs de nos pays  au Canada, le musicien  André Marie Tala a fait presque une page, il y a moins de 48 heures dans le prestigieux quotidien canadien, La Presse de Montréal. Pour faire un rapprochement avec les médias français, La Presse de Montréal est au Canada, ce que représente le quotidien Le Monde dans l’Hexagone. Dites moi combien de fois, vous qui êtes journaliste aviez-vous lu en bien sur un diplomate africain  voire même un Chef d’État dans des journaux de prestige comme ceux -ci? Presque jamais ou alors de rares fois. Vous comprenez alors l’intérêt pour nos Chefs d’État d’appuyer des initiatives de cette nature visant à valoriser l’héritage culturel africain et des diverses diasporas éparpillées dans le monde. Pour l’instant, je n’ai reçu aucun soutien financier quelconque des dirigeants africains. Mon souci est uniquement de valoriser les artistes et la musique africaine, je ne suis pas un homme politique et n’envisage pas faire de la politique pour que je sois pressenti comme un danger à leur pouvoir ou leur position privilégiée .Si  c’était la raison de leur réticence à soutenir mes activités avec Nuits d’Afrique, ils peuvent se rassurer maintenant que ma place me suffit et je suis heureux  de  faire  ce que j’ai toujours voulu entreprendre depuis ma tendre enfance. Mais je ne cesserai de dire que le salut de l’Afrique dans ce nouveau siècle passe par la culture. C’est ma ferme conviction et personne sur la base de nombreuses preuves ne pourra me démentir ou prouver le contraire de mes allégations. Des visionnaires comme   Sékou Touré de la Guinée Conakry  à son époque donnait un point d’honneur à la culture à travers laquelle est né mon amour profond et durable pour l’Afrique et ses valeurs culturelles. J’étais encore jeune quand j’ai appris l’intérêt de préserver sa culture et de la valoriser. Si la culture a été rayonnante en Guinée à l’époque de Sékou Touré et semble encore faire partie du quotidien de vie des guinéens par exemple, c’est pour la grande partie grâce au Président Sékou Touré.Ce dernier croyait à la place de la culture dans le développement de son pays. Pendant le règne de Sékou Touré, la culture  jouait un rôle primordial. C’était ça, la force de ce Chef d’État.

Vous venez d’affirmer à mots couverts que les dirigeants africains ne vous aident pas dans ce que vous faites pour le rayonnement de la culture africaine dans le monde et au Canada en particulier. Malgré tout, est-ce que le gouvernement provincial du Québec et fédéral du Canada vous apportent-ils leurs appuis pour le succès de cet évènement annuel qui participent à promouvoir la diversité culturelle de ce pays, donner un rayonnement incontestable à la métropole de Montréal et à bâtir une vraie nation arc-en-ciel, forte et prospère ?

LT- Je suis fier d’affirmer haut et fort que la Ville de Montréal nous aide, le gouvernement provincial et fédéral nous aide. Mais en réalité, dans la logique, ce festival vise d’abord à promouvoir l’Afrique. Dès lors, comment se fait-il que les soutiens multiformes sont avant tout québécois et canadien au lieu d’être tout d’abord un appui venant d’Afrique. C’est complètement injustifiable ,déraisonnable et incompréhensible. Pour cette raison, je lance un vibrant appel à l’Union Africaine, aux Chefs d’État  du continent noir à nous encourager à poursuivre ce travail titanesque voire à le multiplier à plusieurs endroits du monde. Si j’avais assez de moyen à ma disposition, je ne me serais pas limité à Montréal. Car parmi mes projets, je rêve de réaliser un festival Nuits d’Afrique aux Etats-Unis, en Europe,en Asie à l’exemple de la Chine et biensûr en Afrique. J’ai la volonté mais les moyens financiers font défaut d’atteindre cet objectif pensé depuis de nombreuses années. Grâce à la promotion de la culture africaine par ce festival, chaque année, c’est entre 100 et 150 canadiens qui vont en Afrique apprendre la culture africaine. La majorité de tous ceux qui le font me connaissent et c’est devenu  leur métier. C’est tout dire de l’intérêt de multiplier des festivals de ce type pour vendre l’Afrique et sa culture aux occidentaux, aux asiatiques, etc. Je connais un malien qui est le premier à avoir apporter le tam tam à Montréal.Ce dernier s’appelle Yaya Diallo. Aujourd’hui, Yaya Diallo a une fondation basée aux Etats-Unis. Il est entrain de mettre sur pied un grand centre au Mali où les américains qui séjourneront dans son pays d’origine vont loger. C’est dans ce centre que les américains vont apprendre la culture malienne. Comment jugez vous une telle initiative, si ce n’est qu’elle est louable. Les gouvernements africains doivent  nous considérer comme des alliés et non des ennemis et soutenir de nos actions pour le bien de l’Afrique. Il est vrai, le blanc nous a colonisé mais nous avons un héritage culturel à travers lequel, nous pouvons renvoyer l’ascenseur de la colonisation aux blancs en colonisant culturellement ces derniers. Mes propos peuvent être perçus comme  relevant du rêve. Mais je dois vous avouer sincèrement que l’héritage  culturel africain peut culturaliser voire même culturiser la modernité occidentale de ce siècle si nous prenons conscience de cette arme redoutable en notre possession. Et si les africains ne s’appuient pas sur leur culture pour exister,croyez moi,nous resterons perdus,sans repère et existence réelle sur ce grand village où tous les produits du savoir scientifique,technologique,historique,politique,économique et même culturel portent la marque ou les estampilles de l’homme blanc. La culture, c’est le seul vrai pouvoir de dissuasion, d’existence, de persuasion et de domination qui nous reste, nous devons pouvoir nous en servir pour avoir une place de choix  dans le monde d’aujourd’hui et de demain. C’est paradoxal que moins lettrés ou pas du tout, je le comprends mieux alors que nos Chefs d’État, souvent de grands intellectuels et entourés par des gens formés en occident n’arrivent toujours pas à se rendre compte de ce que je viens de dire et que je ne cesse de crier sur les toits à  chaque fois que j’ai l’occasion de m’exprimer sur ce sujet.Comment procéder encore pour me faire mieux comprendre sur l’importance de la culture dans l’équation complexe du développement durable?Je ne sais plus quoi faire. Je suis tout simplement dépassé et à bout de force pour attirer l’attention de nos dirigeants.

Envisagez vous organiser un évènement similaire annuel sur le continent africain où vous vous déplacerez avec votre équipe et de nombreux québécois pour découvrir sur place, la culture africaine?

LT- C’est une idée qui me traverse l’esprit depuis des lustres et me donnent  dailleurs des insomnies. Je vous dirai une fois encore que la partie canadienne est prête  à appuyer une initiative de cette nature. Mais c’est avec beaucoup de regret que je vous dirai que les dirigeants africains  ne sont pas prêts à appuyer ce projet. Car jusqu’ici, ils ne bougent pas ou ne manifestent pas un réel engouement  soit  par ignorance ou par manque de volonté pour soutenir cette initiative que j’aimerais voir réaliser assez régulièrement en Afrique. Je suis convaincu qu’un évènement de cette nature peut attirer encore de nombreux québécois en Afrique. Si j’avais le soutien de l’Union Africaine ou de certains gouvernements en Afrique,je suis certain que si je soumets un budget au gouvernement fédéral canadien ou provincial du Québec,même si c’est demain,c’est sûr qu’ils vont m’aider. Et l’Afrique dans tout ça, quelle sera sa participation? C’est cela la pierre d’achoppement et le goulot d’étranglement de ce projet de longue date. Est-ce parce que les dirigeants africains pensent que l’artiste en Afrique ne vaut rien et ne peut pas participer pleinement au développement du continent. C’est une erreur fatale voire une courte vue de l’esprit. En ma qualité de guinéen d’origine, je sais la force de la culture pour avoir vu ce que Sékou Touré faisait de la culture à son époque. Trop jeune, j’ai fait partie du balai national de Guinée en tant que danseur chorégraphe. Il y a quelques années, j’ai amené le balai national de Guinée à Montréal à deux reprises. Le gouvernement de Guinée ne cherche pas à savoir combien un tel déplacement coûte ou ne s’imagine pas qu’il s’agit de grosses dépenses. Mais moi, je sais combien de millions, j’ai dû  dépenser pour leur séjour au Canada. Si  vous déplacez pour une grande tournée le balai national de n’importe quel pays, ce qu’on ignore c’est qu’il s’agit aussi de participer à la création de la main d’œuvre et de la richesse.

Vous êtes précisément un ambassadeur de la culture africaine voire un diplomate tout court de l’Afrique et en particulier de la Guinée Conakry. Faut-il vous croire qu’après 22 éditions des Nuits d’Afrique, vous n’avez toujours pas reçu la moindre reconnaissance ou  un quelconque soutien fut-il moral venant des dirigeants africains?

LT- Il reste à savoir si ces dirigeants  savent même ce que je fais ou songent même à penser à m’apporter un appui pour poursuivre cette œuvre qui fait l’honneur de l’Afrique ,des africains ou des autres communautés noires du monde. Pourtant les médias du monde notamment africains couvrent cet évènement annuel. La radio panafricaine Africa No1 et d’autres médias du sud sont présents. Vous êtes de ceux qui ont été accrédité pour couvrir l’information pour un large public africain. En plus cela, plusieurs autres médias comme TV5, RFI, Radio Canada International (RCI), World space média  et bien d’autres sont présents pour rehausser l’image de cet évènement culturel africain annuel et unique en son genre. Dès lors, faut-il croire que les dirigeants africains n’ont pas l’écho de cet évènement surtout qu’ils sont représentés au Canada par un ambassadeur? Je n’ose pas croire. La raison fondamentale est ailleurs. Je ne sais pas si on attend que j’aille me courber auprès d’eux en faisant des génuflexions pour qu’on se rende compte réellement que j’ai besoin de leur aide, leur support pour  voir plus loin et réaliser d’autres projets pour les bienfaits des africains. Après 22 ans, il me semble que j’ai beaucoup travaillé pour obtenir des dirigeants du continent noir, une certaine crédibilité et plus de confiance. Qu’attendent-ils de moi d’autres  pour m’accorder leur appui financier ou d’une autre forme? Je crois avoir beaucoup donné jusqu’ici. C’est tout de même regrettable de savoir que l’aide me vient du Canada et du Québec au lieu de venir d’abord d’Afrique même si finalement, ils ne me soutiennent pas à la même hauteur que le Canada et le Québec. Il faut d’abord manifester la volonté de le faire et tout le reste suivra par-dessus tout.

Je dois reconnaître tout de même que l’actuel Président du Mali Amadou Toumani Touré avant son accession au fauteuil présidentiel, lors d’un séjour au Canada,il a pu observé ce que je fais. Il m’a  alors dit :<< Mon frère, je n’ai pas d’argent pour te donner. Cependant, tout ce que je peux faire, c’est qu’à mon retour au Mali, je vais te donner une lettre d’appui pour justifier de l’intérêt de te soutenir dans la promotion de la culture africaine au Canada et partout où tu te trouveras pour cette cause. À ton tour, il te reviendra de voir comment tu peux t’en servir avec ce document officiel >>.

Je dois profiter pour saluer cette action. Car cette lettre d’appui m’a beaucoup aidé et continue à me servir. En effet, dans tous mes documents de recherche d’un soutien, je joins toujours la copie de cette lettre. Cette lettre m’a ouvert beaucoup de portes. Il a fallu qu’ATT vienne sur place pour constater  les efforts que je déployais pour la promotion de la culture africaine. ATT comme on l’appelle  affectueusement m’a fait asseoir en compagnie de Boucar Diouf pour me révéler le moyen par lequel, il entendait me soutenir.  Et Dieu seul sait jusqu’où ce geste porte encore ses fruits. M.Amadou Toumani Touré une fois arrivé au pays n’a pas perdu du temps pour rédiger la lettre et la faire poster. Nous avions reçu ce courrier quelques jours plus tard. Voilà l’action d’éclat d’une grande personnalité africaine qui à ce moment là, n’était même pas encore Chef d’État. Tout se résume en une question de volonté. Rien de plus. En dehors de lui, aucune autre personnalité africaine  n’a osé nous soutenir à pérenniser ce festival  jusqu’au moment ou je m’entretiens avec vous. C’est presque’ une fuite en avant pour ne pas dire simplement une honte pour les autres dirigeants africains qui ne cessent de parler d’Union Africaine. De quelle Union s’agit-il? Une Union qui met en arrière plan,la culture pourtant nécessaire pour son essor.

Nous sommes à la 22 édition du festival Nuits d’Afrique et lentement, doucement et sûrement, nous tirons vers la fin de cette grande messe culturelle africaine à Montréal.Jusqu’ici, êtes vous satisfait et si la tendance se maintenait,au terme de la levée de rideau de cet évènement estival enchanteur et accommodant,pourriez-vous affirmer sans risque de choquer certains esprits vindicatifs que cette édition a été couronnée de succès? 

LT- Je suis naturellement une personne qui sait porter beaucoup de réserves. Cependant, je peux affirmer  aux vus des efforts des uns et des autres et de l’esprit de collégialité qui règnent pour le bon déroulement de ce festival qu’au soir du 20 juillet, nous pourrons  dire tout haut une fois de plus,nous avons remplis pleinement notre mission et que le succès est encore à l’ordre du jour. C’est sur cette base que nous pourrions encore recevoir dans les prochaines années, l’aide du gouvernement fédéral et provincial ainsi que celui de nombreux autres partenaires de poids qui participent incontestablement à la réussite de cette fiesta africana.

Dans trois ans, ce festival aura atteint l’âge de la grande maturité et sortira du spectre de la fébrilité. Un quart de siècle, c’est tout de même beaucoup pour un évènement dont la parturition n’a pas été facile à ses débuts. Comment espérer vous fêter les 25 ans du festival Nuits d’Afrique?

LT- Avant cette 25ieme  édition qui marquera encore dans les annales, le quart de siècle de ce festival en Afrique. Je formule les vœux que tous les gouvernements africains et des diverses diasporas noires du monde travaillent main dans la main avec moi et oeuvrent pour le grand succès de cette édition. Il ne faut pas attendre demain ou la veille  pour  se jeter à l’eau ou mouiller son col blanc. C’est dès maintenant qu’il faut commencer à réfléchir pour marquer d’une pierre blanche ce festival à l’honneur de l’Afrique ou des communautés noires du monde entier. Il faut que nous mettions une synergie d’actions communes pour la réussite éclatante des 25 ans du festival  Nuits d’Afrique dans la métropole montréalaise. Les dirigeants africains doivent savoir qu’ils sont des pères de famille. Dès lors, ils doivent œuvrer pour que tous les compartiments du cadre familial se portent bien. Les Chefs d’État africains ne doivent pas minimiser ou sous estimer un compartiment qui peut générer des devises, aider à lutter contre le chômage et à participer au rayonnement de l’Afrique dans le monde. C’est le cas de la culture africaine en générale et de ses artistes qui essaiment comme des abeilles à travers le monde.

Je n’exclus pas si j’ai les moyens de mes idées de créer un festival Nuits d’Afrique aux Antilles. La raison est simple, les antillais ont des origines africaines. Mais, ils sont peu nombreux qui ne connaissent pas l’Afrique en dehors de la couleur de la peau qui les rapprochent des frères africains. Pour cela, j’estime qu’il revient aux dirigeants africains et aux africains d’une manière générale d’œuvrer pour un grand rapprochement avec nos frères et sœurs des Antilles et des autres communautés caraïbéennes. C’est notre rôle voire notre mission et non l’inverse car ces derniers n’ont pas fait le choix de se trouver dans ce monde étranger à leur culture et loin de leur racine africaine. Les Chefs d’État africains doivent prendre conscience de cela dès maintenant et inverser la tendance en matière de politique à ce niveau envers nos frères des Antilles, d’Haïti, de Bahia au Brésil, etc. Toutes ces espaces de vie où se trouve la descendance africaine représentent l’Afrique en exil. Nous ne devons pas, nous africains, dirigeants ou non faire un trait dans l’histoire. C’est aux africains du terroir  tout d’abord qu’incombent la mission d’encourager ou d’accueillir ces autres africains dont l’histoire de la traite négrière ou de l’esclavage a éloignée de la terre de leurs aïeux. C’est grâce à cette volonté manifeste de restauration de l’identité des africains à travers le monde qu’en retour, ces frères vivant ici et là, loin de leurs terres ancestrales d’origine feront un pas décisif de retour aux sources. C’est même un droit que l’antillais, le haïtien, le jamaïcain ou le noir brésilien  qui manifeste la volonté d’avoir une autre nationalité qui soit d’un pays africain surtout au sud du Sahara  obtienne son passeport le lendemain. L’Union Africaine doit s’y pencher sur la question qui relève d’un grand intérêt pour l’Afrique. Si le continent noir   veut recoller les morceaux de son histoire faite de périodes sombres, douloureuses et souvent de haines viscérales entre frères africains d’une rive comme de l’autre des océans, à cause du  poids de cette histoire tragique avec des blessures qui ne sont pas encore complètement cicatrisées depuis la nuit des temps,il faut songer à honorer nos frères et sœurs  vivant loin,trop  loin de la terre  étroitement liée à leur origine raciale,à savoir l’Afrique.

Ferdinand Mayega à Montréal.

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