OUVRAGE DU Pr. BENOIT AWAZI

ENTREVUE EXCLUSIVE DU Pr. Benoît Awazi

ENTREVUE EXCLUSIVE 

Le postcolonialisme en Afrique intéresse plusieurs universitaires et auteurs du continent. C’est le cas du Pr. Bénoît Awazi Mbambi Kungua originaire de la RDC qui réside à Ottawa au Canada. Ce dernier est aussi président du Centre de recherche pluridisciplinaire pour les communautés d’Afrique et de diasporas(Cerclecad) basé dans la capitale canadienne.  Le Pr. Bénoît Awazi donne son point de vue sur les problèmes africains. 

  Bonjour Pr. Bénoît Awazi. Vous venez de publier chez l’Harmattan un essai intéressant qui a pour titre:  » De la postcolonie à la mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine ». Qu’est-ce qui a motivé d’écrire cet ouvrage? 

B.A- Cette recherche pense la crise africaine contemporaine dans le but d’établir une étiologie convaincante, avant de mettre en œuvre des stratégies de sortie de la crise protéiforme et multidimensionnelle qui paralyse les sociétés africaines postcoloniales, en se répercutant aussi dans les diasporas africaines du monde occidental. Une auscultation pluridisciplinaire des sociétés africaines contemporaines montre un processus de stratification, de concaténation, de sédimentation et de complexification de la crise africaine. La crise peut se comprendre comme le résultat d’un télescopage (collision) entre des trajectoires historiques, des temporalités diverses, des logiques politiques prédatrices et kléptocratiques, des dynamiques sociales et religieuses qui se déploient simultanément dans les sociétés négro-africaines. Ce processus accru et continu de complexification et de concaténation de tous ces ingrédients explosifs de la crise m’a obligé de recourir à une méthodologie hybride qui se déploie comme une combinatoire de deux démarches heuristiques : 1. La méthode volcanique, sismique, éruptive et explosive et 2. La méthode phénoménologique et herméneutique. C’est ce processus de forage phénoménologique, tellurique et sismique qui m’a permis de situer l’épicentre de la crise négro-africaine contemporaine dans la prolifération terrifiante des croyances et des pratiques relatives au paradigme politico-religieux de la « Sorcellerie ». Ces deux méthodologies (éruptive et phénoménologique) m’ont montré un processus de concaténation de 3 couches de la crise (1. L’échec de la postcolonie, 2. L’échec de la mondialisation néolibérale, 3. La prolifération des pathologies irrationnelles et spirituelles attenantes au paradigme étiologique de la sorcellerie. Ces trois strates de la crise africaine se cristallisent autour de la généralisation de la « Sorcellerie » dans les sociétés africaines contemporaines. En prenant l’analogie avec les mouvements sismiques, je peux considérer la sorcellerie comme l’épicentre des crises négro-africaines contemporaines. 

Le recours à la démarche phénoménologique vise en contrepoint la radicalisation et la cristallisation du processus d’émergence des Africains comme « sujets, acteurs et auteurs » de leur histoire et de leur destin dans un monde régi et propulsé vers le chaos par les logiques prédatrices, mercantilistes et génocidaires de la mondialisation néolibérale, où toute parcelle d’être est réduite à la seule logique marchande. Malheur aux peuples des pays faibles et dominés par les grandes puissances militaires et capitalistes qui imposent leurs lois et leurs intérêts sur le reste du monde. Je termine en signalant que la démarche phénoménologique pense le processus d’émergence du sujet (de la conscience du sujet) dans la temporalité et le sens que le sujet donne au procès de sa constitution dans sa temporalité finie. Il s’agit plutôt d’une phénoménologie qui se veut en même temps, une herméneutique éthique, théologique et politique des crises négro-africaines contemporaines. Mais cette herméneutique est propulsée par la volonté d’une radioscopie (auscultation) éthique et politique des désastres et turpitudes des Africains dans leur gestion chaotique et nécropolotique des sociétés africaines postcoloniales. Ma recherche vise ultimement la promotion d’un leadership intellectuel et éthique dans les sociétés africaines contemporaines, leadership sans lequel nous allons passer encore 50 autres années de chaos et de régressions sur tous les aspects de la vie dans les sociétés africaines postcoloniales. 

Pourquoi votre intérêt pour le post colonialisme. Est-ce que vous avez été influencé par d’autres théoriciens du post colonialisme à l’exemple du Pr. Achille Mbembe?  B.A- Évidemment, aucun penseur ne peut penser de nulle part (ex nihilo). J’ai évidemment lu les travaux d’Achille Mbembe et de bien d’autres penseurs des « Postcolonial Studies » dans le monde, et je me suis appuyé sur certaines  de ces intuitions majeures, mais pour les radicaliser en opérant une transmutation de paradigme dans la critique éthique, politique, philosophique et théologique des sociétés africaines postcoloniales. Parmi les intuitions d’Achille Mbembe je mentionnerai : 1. la nécessité épistémologique de mettre l’emphase sur les lectures autochtones et autonomes que les couches populaires effectuent de l’aggravation de la crise postcoloniale dans des régimes nécropolitiques et nécrocrates dont la finalité ultime consiste à tuer des citoyens (Afrique indociles. Christianisme, Pouvoir et État en société postcoloniale, Karthala, Paris, 1988), l’étreinte érotique ou mieux le partage de la même épistémologie du pouvoir, de la politique du ventre, de la lubricité, de l’esthétique de la vulgarité et de l’ostentation entre les autocrates et les foules qui les courtisent pour pouvoir manger ou échapper aux technologies meurtrières ou thanatocratiques qui caractérisent les « démocratures nègres postcoloniales » (De la Postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Karthala, Paris, 2000) et enfin, la recherche des voies et moyens pour l’advenue d’une politique de l’épanouissement de l’humanité des Africains qu’il désigne par les deux expressions de « la montée en humanité » et de la « déclosion du monde ». Il vise la promotion d’une nouvelle modernité africaine qu’il qualifie « d’Afropolitaine », dans son dernier essai : Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée, La Découverte, Paris, 2010. 

Cela étant dit, mon ouvrage radicalise ces intuitions et opère une transmutation de paradigme épistémologique dans l’auscultation de la crise africaine, en adoptant une méthode hybride (volcanique et phénoménologique). En faisant de la sorcellerie l’épicentre ou le paradigme étiologique et holistique à partir duquel une compréhension holistique des crises africaines peut advenir, j’ai ouvert de nouvelles pistes de compréhension endogène des crises africaines, sans pour autant minimiser les responsabilités des forces exogènes qui étranglent les Africains à l’aube de ce XXIème siècle. La sorcellerie comme fait social total permet d’avoir une compréhension endogène et holistique des crises africaines contemporaines, car elle se situe aux interstices du politique, du religieux et du symbolique, dans les stratégies populaires de survie face à l’aggravation des logiques nécrocratiques des dictateurs africains. La prolifération des Églises du réveil partout en Afrique et dans les diasporas d’Europe et d’Amérique du Nord, à la faveur de la montée des formes pathologiques et irrationnelles de religiosités populaires, constitue un défi massif posé à l’intelligence africaine au début de ce siècle. En m’adossant à ce phénomène massif et incontournable dans les communautés noires du monde, ma recherche s’est appuyée sur une méthodologie pluridisciplinaire dans la quête des stratégies efficaces de guérison holistique des Africains. Le but ultime étant d’éradiquer ou mieux de déconstruire ces formes irrationnelles et pathologiques de religiosités populaires, qui obèrent le processus d’irruption et d’auto-promotion des Africains comme seuls sujets, acteurs et auteurs de leur destin collectif dans un monde qui n’a de « dieu » que l’accumulation capitaliste par le déploiement des logiques prédatrices, impériales et génocidaires. Tant pis pour les pauvres et les milliards d’êtres humains exclus de facto de ce gigantesque réseau commercial mondial. Mon ouvrage vise la promotion d’un leadership éthique basé sur la rigueur méthodologique dans l’analyse des crises négro-africaines, l’exigence d’une posture épistémologique pluridisciplinaire, et la prise en considération du paramètre religieux à l’intérieur duquel les Africains analysent leurs crises et cherchent des stratégies de sortie de crise. C’est l’oubli de la prépondérance des logiques religieuses dans les sociétés africaines qui a conduit la plupart des Africanistes européens dans des conclusions complètement erronées, obsolètes et néocoloniales dans leurs publications. C’est la raison pour laquelle mon ouvrage a commencé par une « gigantomachie » que j’ai livrée à quelques uns d’entre eux, dont le paroxysme a été atteint quand j’ai commencé dès le premier paragraphe du premier chapitre par défaire et démolir la fable raciste, esclavagiste et haineuse de Stephen Smith dans son pamphlet dégoûtant : Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calman-Lévy, Paris, 2003.             En menant courageusement cette bataille intellectuelle avec certains Africanistes de Paris, je voulais montrer les enjeux de pouvoir et les enjeux de manipulation idéologique dans les productions scientifiques de certains Africanistes occidentaux, qui persistent dans la promotion des savoirs éculés façonnés par les schèmes intellectuels de l’ethnographie raciste et coloniale du XIXème siècle, selon laquelle les sociétés et cultures africaines se trouveraient au bas de la stratification des races et des cultures, arbitrairement établie par les philosophes eurocentristes et racistes (Gobineau, Hegel, Husserl etc.) du XIXème siècle. L’un des défis que les intellectuels africains ont à relever aujourd’hui, se situe simultanément dans le champ du discours  savant sur l’Afrique (Afrodiction) et de l’écriture de l’Afrique (Afrographie) par les différents acteurs voulant monopoliser tous les leviers de domination symbolique et matérielle sur les sociétés africaines contemporaines. 

Est-ce que nous pouvons savoir les années qu’il a fallu pour achever ce travail intellectuel qui exige une certaine rigueur en sciences sociales? 

B.A- Vous me posez une question cruciale, car avant d’y répondre, je tiens à paraphraser un grand intellectuel camerounais, que je considère comme un de mes maîtres, le père Engelbert Mveng. Il disait que, « compte tenu des régimes bestiaux, anti-intellectualistes et ignares qui nous dirigent, il est demandé aux intellectuels africains de devenir autodidactes tout au long de leurs vies, car il n’y a que peu d’Africains qui accèdent à un niveau d’érudition élevée. Donc chaque chercheur africain doit aspirer in actu exercito, à la pluridisciplinarité pour combler le manque criant de combattants dans la bataille intellectuelle sur l’énonciation scientifique de l’Afrique (Afrodiction et Afrographie) dans la géopolitique mondiale. Par là je veux dire que cet ouvrage m’a pris une dizaine d’années pour être achevé, non pas en y travaillant chaque jour, mais seulement quelques week-ends et durant les vacances, car mes journées sont occupées par l’enseignement aux fonctionnaires du gouvernement fédéral du Canada, et cela n’a rien avoir avec ma formation initiale (Philosophie, Sciences Sociales et Théologie), mais aussi cela ne me laisse que peu d’heures par jour pour poursuivre le travail ardu et austère de recherches dans les bibliothèques universitaires et d’écriture. En faisant ce long détour pour te répondre, je tiens juste à dire à nos lecteurs qu’écrire aujourd’hui pour les intellectuels africains (qu’ils soient en Afrique ou dans les diasporas) qui vivent pour la plupart d’entre eux dans des conditions précaires, relève de l’abnégation, du sacrifice et l’auto-dépassement. Au moment où je vous écris ces lignes, je tiens à vous dire que j’ai une dizaine d’autres manuscrits sur l’Afrique, la philosophie, les sciences sociales et la théologie qui sont en chantier et qui n’avancent pas comme je l’aurai voulu, à cause du manque de temps disponible, devant comme tout citoyen vaquer aux occupations obligatoires pour me conformer aux impératifs consuméristes de paiement des factures, des hypothèques et des cartes de crédit que le réseau tentaculaire néolibéral m’impose. Mais je fais de mon mieux et je ne regrette rien. 

Vous êtes un observateur averti des problèmes africains. Quel est votre point de vue au sujet de la crise post électorale en Côte d’Ivoire et du dénouement de cette crise ivoiro-ivoirienne qui a vu l’implication d’autres acteurs internationaux, notamment la France et les Nations unies?  

B.A- La crise en Côte d’Ivoire corrobore dans les faits les analyses théoriques et pratiques que j’ai faites dans mon ouvrage sur les 3 échecs qui caractérisent la situation politique des pays africains soi-disant « indépendants » : échec cuisant de la gestion autochtone de la postcolonie, échec de l’intégration dans la mondialisation néolibérale et enfin, échec qui se manifeste par l’omniprésence des croyances et des pratiques  relatives à la sorcellerie dans l’espace domestique et public, aussi bien Afrique que dans les diasporas occidentales. L’intervention de la France et des Nations Unies n’a été possible que par le manque criant d’un leadership politique et éthique fort, non seulement en Côte d’Ivoire, mais dans la quasi-totalité des pays africains postcoloniaux. Il s’agit aussi d’un échec pathétique et cinglant des « intellectuels africains », incapables pour la plupart d’entre eux, de promouvoir un leadership réticulaire basé sur la probité éthique et la probité intellectuelle dans l’analyse objective des problèmes politiques et économiques des pays africains. Mais tous ces échecs s’expliquent en grande partie par la généralisation, puis l’aggravation des schèmes pathologiques du tribalisme, de la politique du ventre et du fanatisme idéologique, qui empêchent les intellectuels africains de poser un diagnostic honnête, objectif, profond et judicieux des crises qui paralysent les sociétés africaines postcoloniales. Si les Ivoiriens étaient des sujets responsables de leur destin il n’y aurait ni les troupes françaises dans leur territoire ni la satellisation des infrastructures économiques du pays par les entreprises et hommes d’affaires français qui se comportent en « terrain conquis », étant donné les forces de dissuasion militaire déployées par la françAfrique de Nicolas Sarkozy, et qui ont montré leur supériorité militaire incontestable pour en découdre,  capturer et humilier aux yeux du monde entier le président Laurent Gbagbo et sa femme Simone. Je signale en passant que c’est Félix Houphouët Boigny, le père de la nation ivoirienne, qui fut le créateur de ce concept de « FrançAfrique » pour poursuivre une collaboration privilégiée avec l’ancienne puissance colonisatrice du général De Gaulle. Mais cela s’est traduit dans les faits par l’émergence d’un réseau tentaculaire et criminel où les présidents français et les autocrates africains (Houphouët, Bongo père et fils, Léon Mba, Bokassa, Eyadema père et fils, Mobutu, Didier Ratsiraka. Obiang Nguema, Sassou NGuesso, Biya, Blaise Compaoré,…) vivent dans la corruption réciproque et l’immoralité la plus sordide. J’ai dit qu’il s’agit d’un échec de l’intelligence en Afrique, mais il faudrait que je précise qu’il s’agit aussi d’une absence totale de leadership éthique et d’hommes politiques d’envergure en Afrique. Aussi bien les intellectuels que les hommes politiques continuent à penser et à agir selon les impératifs alimentaires de la politique du ventre et les solidarités mécaniques de la pathologie ethnotribale. Les populations sont ainsi manipulées par des politiciens et des intellectuels véreux, corrompus et incompétents qui n’ont de dieux que leurs ventres et leurs bas-ventres. Devant la généralisation de cette épistémologie alimentaire, sinistre, obscurantiste et tribale dans les sociétés africaines postcoloniales, il est fort à craindre que les 50 années qui viennent après l’échec cinglant du premier cinquantenaire des « indépendances politiques » de pacotille, soient marquées par la régression des sociétés africaines sur tous les plans de la vie sociale : politique, économique, sanitaire, intellectuelle et religieuse. Les fragilités chroniques de l’Afrique par rapport à la volonté de puissance et aux logiques mercantilistes du capitalisme mondial depuis le XVIème siècle ne feront malheureusement que s’intensifier avec des millions d’Africains qui mourront de faim, de manque de soins, et surtout de la généralisation des guerres d’exploitation de matières premières pour faire fonctionner les industries et entreprises de la mondialisation néolibérale. 

Le Maghreb a été en ébullition démocratique depuis les manifestations de décembre 2010 en Tunisie. C’était  le début du printemps arabe qui n’a pas épargné un  pays du Proche Orient comme la Syrie. Quelle est votre analyse de cette volonté d’aspiration des citoyens des pays arabes à la démocratie et la liberté d’expression? Est-ce que ce vent pourrait souffler en Afrique noire cette année où plusieurs pays organisent des élections présidentielles ? 

B.A-    Oui ce que nous appelons le printemps arabe constitue un  tsunami qui va faire chavirer les dictatures sanguinaires et corrompues en Afrique subsaharienne. Je signale que tout a commencé par le jeune tunisien Boizizi qui s’est immolé par le feu, suite au chômage chronique qui frappe une grande partie de la jeunesse tunisienne. Mais c’est surtout les brutalités des policiers qui ont saccagé sa boutique qui l’ont poussé à commettre cet acte de désespoir et de dépit. Depuis cet acte héroïque et révoltant, les dictatures arabes ont été sérieusement ébranlées par les répliques de ce tsunami. Même une dictature militaire aussi féroce que de la Syrie de El Hassad, est en train de subir en plein cœur les craquements dus à cette déferlante de révoltes arabes.          Au sujet des pays de l’Afrique subsaharienne, il n’y a pas un scénario univoque, mais plusieurs scénarii qui dépendront de la maturité politique et intellectuelle de chaque pays. Je me lance, à mes risques et périls, dans quelques pronostics et conjectures : 

1.     Nous venons de voir comment le peuple sénégalais a fait reculer l’autocrate Wade le 23 juin dernier, qui voulait changer la constitution pour faciliter la prise de pouvoir de son fils Karim Wade (candidat désigné de la FrançAfrique de Nicolas Sarkozy). Mais personne ne pouvait pronostiquer les révoltes du peuple sénégalais, jusqu’à obliger l’autocrate Wade à reculer devant la détermination coriace et farouche du peuple sénégalais, que plusieurs jugeaient, à tort, comme mou et vendu ad vitam aeternam aux prétentions hégémoniques de la françAfrique de Nicolas Sarkozy, qui prononça un « discours raciste et insultant » pour tous les Africains, en mai 2007, dans les locaux de la prestigieuse université Cheikh Anta Diop de Dakar. Une telle humiliation ne pourra jamais se produire dans le monde arabe où les hommes ont des couilles à la place qu’il faut. Je rappelle en passant l’Irakien qui avait à deux reprises tenté d’atteindre la tête du président George Bush, l’homme prétendument le plus puissant au monde, avec sa paire de chaussures. 

2.     La République démocratique du Congo (RDC), mon pays, malgré ses potentialités humaines et économiques, est parmi les pays les plus misérables de la planète et dont la vitalité intellectuelle tend vers zéro. Mais je dois quand même signaler une grande tradition de résistance populaire contre les dictatures de Mobutu et de tous les autres autocrates qui l’ont suivi. Cette résistance populaire farouche se poursuit aujourd’hui par les activistes et défenseurs de droits de l’homme, dont la plupart continuent d’être assassinés (Chebeya, etc) sous nos yeux. Je dois aussi rendre hommage à toutes les victimes congolaises qui ont osé défier les dictatures diaboliques de Mobutu et de ses successeurs, et qui sont tombés sous les balles d’une soldatesque inculte, bestiale et ignare. Ce qui est navrant pour la RDC, est de constater l’absence de leaders politiques ayant une vision cohérente et globale de la société et de la politique, capable d’humaniser un pays où les logiques nécropolitiques, ethno-tribales et corruptrices ont atteint des seuils catastrophiques et déshumanisants. Tous les politiciens veulent juste remplacer Kabila, sans nécessairement nous démontrer de façon convaincante leurs capacités intellectuelles et leur volonté politique et éthique à reconstruire une société démocratique et développée en RDC. Il y a des groupes armés tels que les Maï Maï à l’Est et le groupe des Combattants (qui oeuvrent aussi bien en RDC que dans les diasporas) qui veulent en découdre une bonne fois pour toutes avec le président Kabila durant les élections de novembre 2011. Il y a beaucoup à craindre quant à la répétition du scénario macabre et apocalyptique de la Côte d’Ivoire dans d’autres pays africains en crise et au bord de l’implosion. 

3.     Mon dernier exemple porte sur le Cameroun, votre pays. Malgré ses ressources économiques, écologiques et humaines importantes, le Cameroun est parmi les pays les plus corrompus de la planète, mais qui jouit d’un calme social relatif. En effet, depuis l’arrivée au pouvoir de l’autocrate Paul Biya en 1982, il n’y a pas eu de guerres d’envergure (comme celles qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville et en RDC) au Cameroun, excepté des émeutes de la faim (2008) et des émeutes postélectorales lors des fraudes chroniques du président Paul Biya durant les élections. Mais il y a quelques jours, un groupe de 200 musiciens camerounais sont allés à la résidence de Paul Biya à Mvomeka, pour le supplier de se représenter aux élections de novembre 2011. L’ambiance était euphorique avec de la nourriture, de la boisson, un grand gâteau et des danses enflammées en l’honneur de l’autocrate Biya, et de sa femme, qui, soit dit en passant, est une danseuse hors pair de la danse traditionnelle beti, le « Bikutsi ». Les habitudes pathologiques et les impératifs alimentaires de la politique du ventre risquent d’amoindrir sérieusement l’impact des révoltes arabes au Cameroun, car la masse de ceux qui ne pensent qu’à s’alimenter en captant l’argent distribué par les restes de l’État (appelé ironiquement par les Camerounais, la « mangeoire nationale »), est beaucoup plus grande que ceux qui veulent en découdre une bonne fois pour toutes avec le régime corrompu et sanguinaire du président Paul Biya. 

Après avoir effectué 3 études de cas, avec 3 pronostics différents, je puis dire que les divisions politiques et la divergence d’intérêts économiques entre les acteurs sociaux et les partis politiques en RDC et au Cameroun, feront que des régimes dictatoriaux pourront facilement perdurer, car ils auront une masse critique de courtisans et de partisans prêts à les encenser moyennant de la nourriture.  N’est-ce pas qu’un proverbe camerounais dit : « la bouche qui mange ne parle pas ». Fin de citation. 

Enfin, vous êtes le président du Cerclecad, un centre de recherche basé à Ottawa. Est-ce que vous pouvez informer davantage nos lecteurs sur les activités de ce centre de recherche pluridisciplinaire qui s’intéresse à l’Afrique et sa diaspora? 

B.A-    Le centre de Recherches pluridisciplinaires sur les communautés d’Afrique noire et de diasporas (Cerclecad) dont je suis l’actuel président, se veut être un maillon d’un vaste réseau mondial de think tanks (Cercles de réflexion critique et pluridisciplinaire) réfléchissant sur les problèmes concernant les communautés noires d’Afrique et de diaspora.  Bien que situé à Ottawa, nous avons un millier de collaborateurs et d’amis qui vivent en Amérique du Nord, en Afrique, en Europe et aux Antilles, et qui reçoivent régulièrement les informations sur les activités scientifiques mensuelles et annuelles. Les lecteurs peuvent consulter notre site (www.cerclecad.org) pour avoir plus de détails. Parmi ces collaborateurs et collaboratrices, nombreux participent par leurs réflexions dans des discussions que nous menons sur les différents problèmes de l’actualité africaine. D’autres écrivent des articles de réflexion critique dans notre revue annuelle : Afroscopie, revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires.          Notre principale mission consiste à conduire des recherches scientifiques sérieuses, pluridisciplinaires et émancipatrices pour accélérer le processus de reconstruction et de renaissance des communautés noires dans le monde. Nous voulons ainsi être un lieu d’expertises pluridisciplinaires pour informer les autorités politiques du Canada et les médias sur les principaux défis que rencontrent les Afro-canadiens sur le chemin de leur intégration au Canada. Étant convaincus qu’aucune action transformatrice d’envergure ne peut advenir  une société sans une réflexion solide en amont, le Cerclecad organise chaque mois une conférence à l’Université d’Ottawa pour traiter d’une question importante pour les communautés africaines du Canada. Mais chaque année, au mois de décembre, nous organisons un colloque récapitulatif sur un thème englobant. Par exemple, le 18 décembre 2010, nous avons organisé un colloque intitulé : « Le bilan de 50 ans des indépendances politiques africaines et les défis de l’intégration des Africains au Canada. Histoire, Enjeux éthiques et Perspectives d’avenir pour la renaissance africaine ». Cette année, nous organiserons, le samedi 17 décembre 2011, toujours à l’université d’Ottawa, un autre colloque traitant d’un sujet tout aussi névralgique pour les communautés africaines du Canada. Le titre est : « Les communautés noires et l’engagement politique au Canada. Défis, Enjeux et Stratégies pour plus de visibilité dans la société canadienne ». J’ai déjà contacté plusieurs députés fédéraux de la région de la capitale nationale et les ai invités pour qu’ils prennent part à ce colloque annuel sur l’absence des Afro-canadiens dans l’échiquier politique canadien. 

         Nous entretenons aussi un partenariat régulier avec les autorités politiques (députés provinciaux, fédéraux et élus municipaux) pour trouver ensemble des stratégies pour une « intégration réussie » des communautés africaines au Canada, qui ont la caractéristique d’accumuler toutes sortes de précarités professionnelles, de pauvretés économiques, de marginalités politiques et de positions sociales subalternes, parmi les différentes minorités dites visibles au Canada, alors qu’il fallait plutôt les désigner comme des « minorités invisibles », car ils le sont effectivement sur l’échiquier politique et les postes de direction dans les entreprises, la fonction publique et les universités.          Je dois signaler enfin notre occupation efficace et constante des médias nationaux (Radio Canada) et internationaux (Radio Canada International) où nous sommes régulièrement invités pour donner nos positions sur des dossiers africains actuels : le cinquantenaire des indépendances politiques en 2010, la déflagration sociale et politique en Côte d’Ivoire, les répercussions des révoltes arabes en Afrique subsaharienne, les ghettos africains dans les grandes villes canadiennes (Toronto. Montréal, Ottawa, Edmonton, etc.), et plus récemment j’ai donné une entrevue à l’émission Tamtam Canada dans Radio Canada International, le vendredi 24 juin 2011, en l’occasion du lancement officiel de mon ouvrage : De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine contemporaine, L’Harmattan, Paris, 2011. (http://www.rcinet.ca/francais/emission/tamtamcanada/accueil/date/24-06-2011/). Le lancement a eu lieu le samedi 25 juin 2011 dans la salle du Sénat de l’Université d’Ottawa dans le cadre de nos conférences scientifiques mensuelles. 

         Le Cerclecad est enfin propulsé par un « leadership réticulaire, éthique et intellectuel » qui consiste à collaborer avec un grand nombre de chercheurs et de penseurs dans le monde par-delà les clivages raciaux, idéologiques et culturels. C’est ainsi que nos conférenciers et nos collaborateurs viennent du monde entier et de tous les horizons culturels (Amérique du Nord, Europe, Afrique, Antilles), et cela nous préserve des dangers d’autisme ethnique et d’étroitesse d’esprit, qui ne peuvent conduire qu’au fanatisme, qu’à l’intolérance idéologique et à l’atrophie intellectuelle. 

     Propos recueillis par Ferdinand Mayega à Montréal   

  

Franck Biya se préparerait-il aussi à devenir chef de l’État?

Au moment où les Camerounais, dans une grande majorité, souhaiteraient l’alternance à la tête de l’État du Cameroun  aux élections présidentielles de 2011 après 29 ans de régime du président Paul Biya, le titre de cet article  peut sembler être une provocation pour les uns, une blague de mauvais goût pour les autres. La raison est simple : le Cameroun n’est pas une monarchie constitutionnelle où le pouvoir doit impérativement passer du père au fils ou à un membre de la famille  régnante.  Seulement, nous pensons que cette question mérite d’être posée aujourd’hui compte tenu de la nouvelle tendance des passations de pouvoir dans certains  pays francophones du continent. De plus en plus, nous observons ce que le constitutionaliste sénégalais El Hadj Bodj appelle les monarchies républicaines. C’était le sujet de sa thèse de doctorat d’État. Il s’agit de cette nouvelle forme d’alternance au pouvoir entre des chefs d’État vieillissant en Afrique et leurs enfants. C’est le cas au Togo, en RDC et au Gabon. Au Sénégal, le scénario est de plus en plus  évoqué avec le super ministre d’État Karim Wade. Si au Cameroun, Franck Biya n’a jusqu’ici occupé aucune fonction ministérielle ou un poste important pour être face aux projecteurs des médias, il ne faut pas oublier que le président Paul Biya est un homme politique très rusé, subtil et intelligent. Sa politique de l’apaisement et de la main tendue au chef du plus grand parti politique d’opposition John Fru Ndi du SDF n’est pas gratuite. Il ne fait rien pour rien. Paul Biya commencerait dès à présent à préparer une alternance moins ouverte mais plus subtile. De nombreux signes indiqueraient qu’à la suite d’une victoire du président Paul Biya aux présidentielles de 2011, un gouvernement d’ouverture pourrait accorder plusieurs ministères aux cadres politiques du  SDF. Ainsi, ces derniers, prenant goût aux délices du pouvoir et à l’argent  facile se verraient impliquer dans plusieurs malversations financières. Du coup, comme les prisonniers corrompus de son régime,  l’opération épervier va également sévir avec les proches de John Fru Ndi donnant ainsi davantage du discrédit à ces autres «  vendeurs d’illusions ». Un  boulevard de plus pour Franck Biya.  Déjà, sous le prétexte de la lutte contre la corruption endémique au Cameroun, l’opération épervier  a  permis au chef de l’État Paul Biya de donner de lourdes peines d’emprisonnement  à des proches de son régime disqualifiant pour longtemps tous ces derniers  qui ont une puissance financière colossale, des ambitions présidentielles et des réseaux importants en Occident, notamment à l’Élysée et à Matignon.  Il s’agit d’un autre boulevard beaucoup plus nécessaire pour baliser le chemin à Franck Biya pour une éventuelle accession à la présidence du Cameroun. Vendredi 7 décembre dernier  dans l’après midi, par un curieux hasard, j’ai eu l’opportunité de rencontrer à  l’aéroport international Pierre Eliot Trudeau de Montréal,  un Camerounais de la diaspora fidèle au régime de Yaoundé  résidant au Québec depuis plusieurs décennies. Ce dernier est issu d’une famille qui a toujours soutenu le chef de l’État parce que l’un des parents a occupé  des fonctions importantes au pays. Dès que je me suis présenté, ce Camerounais de la diaspora savait déjà que je suis journaliste et auteur d’un nouvel essai sur la question de la diaspora africaine et le développement chez l’Harmattan en juin dernier. Il m’a alors posé une question que je m’interroge depuis octobre 2008. À savoir  que la vague d’arrestations, dans le cadre de l’opération épervier, ne donnerait-elle pas  aussi l’occasion au chef de l’État de préparer son fils  Franck Biya à la succession? Très prudent de  me faire tirer des vers du nez à répondre à cette question complexe du compatriote de la diaspora au Canada qui pourrait appartenir à la catégorie de la diaspora de collaboration, j’ai uniquement laissé entendre que Franck Biya, en sa qualité de citoyen camerounais, a également les mêmes droits  et devoirs  que quiconque au pays pour diriger le Cameroun s’il gagnait une élection libre et transparente. Aussitôt, courroucé voire nerveux, ce compatriote a répondu avec fermeté qu’il n’apprécierait jamais cette succession et montrerait ouvertement son opposition à une succession dynastique. Il a ajouté que le Cameroun n’est pas le Gabon, le Togo, le Sénégal oula RDC. Le Cameroun, c’est le Cameroun. Ensuite, il a affirmé que ce serait une erreur grave et dangereuse pour le président dont-il reste fidèle de choisir la même option que certains leaders politiques aujourd’hui décédés ou  encore au pouvoir en Afrique. C’est la preuve qu’au sein du parti de la flamme, ils sont nombreux qui n’accepteraient jamais la  dictature démocratique et monarchique ou encore la démocrature monarchique. Ce bref  échange  mais riche avec  ce compatriote ayant de  nombreux amis, dit-il, dans la sphère du pouvoir au Cameroun mérite cette interrogation. En effet, en octobre 2008 lors du sommet des Chefs d’État de la Francophonie que j’avais couvert dans la ville de Québec, j’ai été surpris de voir Franck Biya dans la salle de conférence le jour de la clôture du sommet. Par ailleurs, par une autre coïncidence heureuse, nous avions  eu l’opportunité de rencontrer Franck Biya dans un couloir du 4ème étage de l’hôtel Château Laurier à Québec. C’était  le lendemain de la clôture du sommet. Nous étions à la recherche de certaines informations sur les dessous de ce  sommet. Et nous avions appris que c’est dans une chambre au quatrième étage de cet hôtel luxueux que le Haut Commissariat du Cameroun avait établi son quartier général. Poliment, j’ai salué le fils aîné du président Paul Biya  et me suis présenté. De manière tout aussi respectueuse, Franck Biya  a répondu à nos salutations.  Dans une ambiance fraternelle et de respect mutuel, il  a accepté d’échanger avec nous pendant plus d’une dizaine de minutes debout. Il était assez détendu et ne semblait pas très anxieux de cette rencontre avec des chasseurs d’informations dont l’un d’eux est originaire de son pays.  Avant de nous séparer, nous lui avions remis un exemplaire récent du magazine Francophonie Actualités pour découvrir le contenu des informations. Toujours poli, Franck Biya a tenu à nous assurer qu’il lirait ce magazine.  J’étais en compagnie d’un confrère journaliste d’origine  ivoirienne résidant à Paris  qui est le directeur de publication et fondateur de ce journal. Il s’agit d’un magazine francophone édité en France. Mon confrère et ami est un grand habitué de tous les sommets de la francophonie. Ce dernier  a participé à tous les sommets  à travers le monde. Il est aussi  un fin analyste politique des questions francophones et africaines. Il a eu l’opportunité d’ouvrir des portes des Palais présidentiels rarement ouvertes aux journalistes même dans des pays au régime politique socialiste. C’est le cas par exemple, il y a quelques mois, d’une entrevue exclusive  au Palais présidentiel à Hanoi avec  l’actuel Chef d’État du Vietnam. Ce confrère journaliste dans la soixantaine, intéressé aux questions politiques avec presque quatre décennies dans le monde du journalisme d’abord dans le service public en Côte d’Ivoire avant de déposer ses valises en France depuis trois décennies,  a eu l’opportunité de suivre des cours du fondateur du quotidien Le Monde Hubert Beuve Mery à l’Institut français de Presse de l’université de Paris-Panthéon Assas. Aussitôt que nous avons pris l’ascenseur pour descendre de l’hôtel, il  m’a fait remarquer avec insistance que la présence de Franck Biya au sommet des chefs d’État de la Francophonie serait un indicateur fiable que le président Paul Biya préparerait éventuellement un scénario à la gabonaise. Il y croit encore aujourd’hui comme moi d’ailleurs. De plus en plus. Ensuite, d’après certaines de mes  sources en Europe, surtout du côté de la ville helvétique de Genève, Franck Biya serait en train de prendre des cours de sciences politiques ou de diplomatie. Si cette information était  confirmée, il faudra s’attendre à ce que l’homme d’affaires Franck Biya généralement effacé puisse faire  une mutation progressive du monde des affaires  vers le monde politique après une réélection de son père. Avec l’âge qui avance et le poids de la fonction présidentiel, le chef de l’État Paul Biya serait peut-être déjà en train de penser à son après pouvoir et le rôle que devrait jouer désormais son fils dans le paysage politique camerounais.

S’il y a longtemps, j’avais voulu écrire ce papier après ma rencontre avec Franck Biya à Québec en octobre 2008, mes échanges du vendredi 7 janvier avec un compatriote de la diaspora  à l’aéroport de Dorval et le confrère ivoirien de Paris  le dimanche 9 janvier au téléphone  ont été le déclencheur de cet article. Nous invitons, dès à présent, les  Camerounais à ne pas oublier cette probabilité comme au Sénégal d’Abdoulaye Wade.  Pour l’instant, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que Franck Biya est sûrement la première solution d’une équation politique complexe à plusieurs inconnus de son père lorsque ce dernier ne sera plus apte à gouverner le Cameroun.

                                                                        Ferdinand Mayega

CONSTRUCTION D’UNE HAITI NOUVELLE APRÈS LE SÉISME DU 12 JANVIER 2010

                              
LA DIASPORA INTELLECTUELLE PROPOSE UN PLAN DE   DÉVELOPPEMENT DURABLE 

 La diaspora intellectuelle haïtienne regroupée autour  du Groupe de réflexion et  d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) propose des pistes novatrices de solutions pour sortir le pays du goulag de la pauvreté.

 Il y a un an, précisément le 12 janvier 2010, Haïti, la première République noire indépendante au monde était secouée par un séisme sans précédent dans l’histoire du pays. Le bilan était lourd : plus de 250.000 morts, 300.000 blessés  et 1,2 millions de sans abris. La solidarité internationale s’est subitement manifestée aussi bien en Occident qu’en Afrique.  Plusieurs États nantis et moins nantis sur le continent noir par exemple ont apporté également une aide financière, alimentaire ou matérielle au peuple frère de l’autre bout du monde séparé de la terre des ancêtres par l’esclavage et la traite négrière.  Le Président sénégalais Abdoulaye Wade assez sensible est allé plus loin en permettant à de nombreux étudiants haïtiens de pouvoir obtenir une bourse d’études du Sénégal . Ces derniers  poursuivent aujourd’hui des études dans plusieurs universités du pays. Bravo Abdoulaye Wade! Ce geste mérite sincèrement d’être salué et constitue une première dans l’histoire ancienne qui lie l’Afrique aux pays de sa diaspora  des Antilles. C’est un pont qui favorise le rapprochement entre les Africains du terroir et sa diaspora de la région des Caraïbes. Mais cette solidarité ponctuelle, aussi importante soit-elle, ne peut pas occulter l’apport remarquable de la fine crème de la diaspora intellectuelle d’Haïti  à travers le monde.    Dans le cadre du Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN), la diaspora intellectuelle du pays a effectué un travail titanesque de propositions d’amélioration du cadre de vie des citoyens dans l’optique du développement durable et humain intégral dans ce pays pour les deux prochaines décennies.  Il s’agit, il n’y a aucun doute, d’un véritable plan de reconstruction du pays dévasté par le tremblement de terre. Ce plan a pour titre : Construction  d’une Haïti nouvelle.  Pour arriver à produire ce travail de qualité, il a fallu associer 60 coauteurs, 61 contributeurs et 50 lecteurs critiques. Dans cet ouvrage de 618 pages publié vers la fin de l’année de 2010, tous les problèmes majeurs du pays sont passés au scanner de la matière grise haïtienne. Ils   ont été soulevés et des solutions proposées pour sortir
la République d’Haïti de la dépendance totale de l’aide. Il est important de rappeler que ce pays vit essentiellement de la solidarité internationale. Une solidarité d’aumône et de condescendance et non  de production pouvant aboutir à une indépendance véritable du peuple frère d’Haïti. Le Pr. Samuel Pierre de l’école polytechnique de Montréal, seul canadien d’adoption d’origine noire à être membre de l’Académie canadienne du génie  et à détenir l’unique Chaire de recherche au pays en télécommunications des prochaines générations, est l’éditeur scientifique de cet ouvrage. A propos de la dépendance d’Haïti de l’aide extérieure, il précise et s’interroge : «  Pour l’exercice 2008-2009, le budget de fonctionnement de l’État haïtien, excluant celui de l’investissement, s’est élevé à 100 milliards de gourdes, alors que les recettes anticipées de l’État ne pouvaient pas atteindre 40 milliards de gourdes. Il faut donc compter sur la communauté internationale pour combler le manque à gagner d’environ 60 milliards de gourdes représentant plus de 60% de ce budget de fonctionnement. Qu’en est-il alors du budget d’investissement ou de développement qui dépendrait presque à 100% de l’aide externe? Les questions fondamentales qui se posent aux décideurs politiques actuels et futurs sont les suivantes : comment peut-on parler de souveraineté nationale quand plus de 60% des montants nécessaires au fonctionnement de l’État dépendent des aléas et de la bonne foi d’acteurs internationaux? Comment faire progresser un pays qui ne possède guère de moyens d’élaborer et de financer un programme de développement? »           
 
  Il est important  de savoir qu’un dollar américain vaut environ 40 gourdes. Ces questions pertinentes méritent d’être également posées en Afrique où l’aide internationale entre généralement  dans les prévisions des budgets de presque tous les États du continent. L’aide internationale ne peut pas sortir Haïti comme les pays africains du labyrinthe de la néguentropie  ou du sous-développement. En effet, d’après l’économiste zambienne Dambisa Moyo dans son best seller publié en 2009 qui a pour titre : « L’aide fatale », elle affirme : « Entre  1970 et 1988, quand le flux de l’aide à l’Afrique était à son maximum, le taux de pauvreté des populations  s’est accru de façon stupéfiante : il est passé de 11% à 66%. Pourquoi? Adressée directement aux gouvernements, l’aide est facile à subtiliser, elle encourage la corruption à grande échelle et fragilise le pouvoir, objet des plus vives convoitises. Plus graves encore, l’aide sape l’épargne, les investissements locaux, la mise en place d’un vrai système  bancaire et l’esprit d’entreprise. » J’ai personnellement étudié la problématique de l’aide au développement dans une étude menée pendant une année sur mon chat au Cameroun, il y a environ 15 ans. J’en étais arrivé à une conclusion similaire suite à ce que j’ai appelé le paradoxe du chat aux bons soins. C’est presque les mêmes problématiques qui se posent en Haïti. Le livre initié par le  GRAHN a aussi le mérite de prouver au monde, notamment aux pays développés que Haïti qui a été frappé par le séisme a une diaspora dynamique et de grande qualité qui doit impérativement être associée au plan de reconstruction du pays. Par ailleurs, si la communauté internationale veut réellement voir Haïti sortir du cercle vicieux de la dépendance de l’aide, c’est une nécessité de mettre en application ces propositions uniques. Pour cela, il faudrait  injecter des milliards de dollars nécessaires pour rétablir définitivement  l’honneur d’un peuple qui pourrait croire qu’il s’agit d’un sort de la divinité suprême ou un acharnement de Dieu au point d’implorer ici et là dans le recueillement ainsi que la prière, son pardon. Il ne s’agit pas d’une malédiction. Pas du tout.  C’est entièrement faux comme me disait encore récemment le Pr. Samuel Pierre dans son bureau de l’école polytechnique de Montréal en me faisant une dédicace d’un exemplaire de cet ouvrage. Ce savant haïtien fière de son africanité, il est important de le souligner, a apporté une contribution remarquable dans mon ouvrage paru en fin juin 2010 aux éditions l’Harmattan à Paris. Ouvrage qui a pour titre : «  L’avenir de l’Afrique : la diaspora intellectuelle interpellée. » Un an après ce tremblement de terre, plus d’un million d’Haïtiens  vivent encore sous les tentes et moins de 6% des décombres ont été dégagés malgré les milliards de dollars  promis pour la  reconstruction  du  pays par les principaux donateurs occidentaux. Cependant, nous pensons que le séisme qui a frappé durement le peuple frère d’Haïti n’est pas une fatalité. Bien au contraire, c’est pourquoi  l’optimisme demeure, notamment au sein de sa diaspora de la matière grise.  Cet espoir rassure et indique que ce pays exsangue trouvera un jour sa voie vers le développement grâce à sa diaspora intellectuelle. Cette diaspora du savoir est consciente du rôle qui est le sien et  aimerait relever le défi du développement de leur pays d’origine. Mais, cette volonté manifeste ne pourra se traduire en actes concrets que si la bonne gouvernance s’installe efficacement, les mentalités changent radicalement  et si le pays s’engage résolument sur le chemin de la démocratie. Il revient donc impérativement aux leaders politiques de pacifier ce pays en conjuguant d’abord  leurs  efforts par un patriotisme véritable et non de clocher. Patriotisme qui  passe nécessairement avec la  mise  sur pied des institutions crédibles et fortes qui garantiront l’investissement et la cohésion nationale sur  l’ensemble du territoire. Ce sont là quelques préalables qui favoriseront  le take off du pays  pour reprendre l’expression de  l’économiste britannique Rostow ou le décollage économique d’Haïti.    

                                                                                                                                                 Ferdinand Mayega                                                                                                 

LA DIASPORA AFRICAINE : L’OR GRIS PLUS STRATÉGIQUE AU DÉVELOPPEMENT QUE L’OR NOIR

 La diaspora africaine est une mine d’or grise pour l’Afrique. Elle constitue  la meilleure ressource stratégique et  inépuisable loin devant  le pétrole et les autres richesses du sol et du sous-sol. 

D’après la Commission de l’Union africaine, la diaspora africaine désigne « les personnes d’origine africaine vivant hors du continent africain, qui sont désireuses de contribuer à son développement et à la construction de l’Union africaine, quelles que soient leur citoyenneté et leur nationalité ».  Dès lors, il s’agit de toutes les personnes  où qu’elles se trouvent à travers le monde ayant  des racines africaines. Entre dans cette catégorie, la diaspora noire d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, de la Caraïbe, de l’Europe. Nous ne saurions oublier les noirs ou Kahlouck de la péninsule arabique ou du Moyen-Orient de confessions musulmane dans leur majorité ainsi  que  les noirs de confession juive d’Israël  encore appelés les Falachas originaires d’Éthiopie. Vous pouvez alors imaginer le poids humain, le pouvoir financier, le savoir et savoir-faire  de ces Africains éparpillés à  travers le monde.  La diaspora africaine est la 6ème région africaine ou le 54ème pays du continent. On estime aujourd’hui à environ 200 millions de personnes, la diaspora africaine. En termes de flux financiers en direction d’Afrique, cette diaspora transférerait aujourd’hui  environ 40 milliards de dollars annuellement. Rien qu’à l’échelle des États-Unis, les 4 millions d’Africains vivant aux États-Unis, si on excluait les Africains-américains, descendants d’esclaves, envoient annuellement l’équivalent de 20 milliards de dollars. Vous pouvez alors imaginer ce qu’une bonne politique de gouvernance en matière d’investissement et de retour de cette diaspora  à l’échelle continentale favoriserait en termes de  retour sur investissement pour les pays. L’Égypte, le Maroc et le Nigéria sont les plus grands bénéficiaires sur le continent du transfert de fonds de la diaspora africaine. Par ailleurs, cette diaspora a un savoir et un savoir-faire qui peut être d’une grande utilité pour le développement durable de l’Afrique. Le continent africain doit impérativement adopter une politique incitative pour rechercher l’expertise de cette diaspora parce que l’Afrique dépense annuellement plus de 4 milliards de dollars pour  l’utilisation des experts occidentaux sur le continent. Ces experts du Nord sont estimés  annuellement à environ  150 000. Au lieu d’utiliser le savoir-faire occidental, dans le cadre de la coopération, il serait mieux de faire appel à l’expertise de sa diaspora. Cette politique a au moins deux avantages : Tout d’abord, l’utilisation de l’expertise de la diaspora africaine a l’avantage  de créer un pont entre ces derniers et l’Afrique mais aussi de favoriser le retour régulier de cette diaspora en Afrique. Ceci aura pour avantage de promouvoir un tourisme de la diaspora qui va générer en retour des centaines de millions ou des milliards de dollars dans l’économie africaine. Ensuite, la reconnaissance du  know how ou savoir-faire de ces Africains  de l’extérieur ainsi que  le sentiment de l’intérêt qu’ils représentent  aux yeux des leaders politiques va également  encourager le retour  de certains d’entre eux en Afrique. Au lieu d’espérer d’un transfert de technologie  du Nord vers l’Afrique, c’est cette diaspora de la matière grise qui  va aider au transfert de connaissance en Afrique. Ce transfert de technologie sur le continent par la diaspora aura pour avantage de relever le niveau du système éducatif en Afrique et de faciliter l’accès au même savoir-faire aux ingénieurs et professeurs  d’écoles d’ingénieurs ou d’universités africaines. Ainsi, l’exode des cerveaux sera ralenti comparativement à la saignée que nous observons en ce moment . En effet, on estime qu’environ 23 000 universitaires quittent l’Afrique chaque année et cela coûte environ 4 milliards de dollars. D’après Lalla Ben   Barka de la Commission économique pour l’Afrique(CEA) des Nations Unies, d’ici 2030, l’Afrique sera vidée de ses cerveaux. Il y a de quoi être inquiet même si l’exode est manichéen  dan s la mesure où il a des inconvénients mais aussi des avantages pour l’Afrique. Pour  le chercheur Mercy Brown de l’Université de Cape Town, à propos de l’avantage comparatif de l’exode des cerveaux, il affirme : « […] c’est voir l’exode des cerveaux comme un avantage à exploiter […] Les expatriés hautement qualifiés constituent un bassin de spécialistes dont le pays d’origine peut tirer profit […] le défi consiste à recruter ces cerveaux. » D’après l’organisation internationale des migrations(OIM),  plus de 300 000 spécialistes africains habitent à l’extérieur de l’Afrique et d’autres Africains hautement qualifiés quittent le continent africain chaque année sans la garantie de revenir. Entre 1980 et 1991, un pays comme l’Éthiopie a perdu 75%  de sa main d’œuvre spécialisée. Pire encore, plus de 35% de l’aide publique au développement destinée à l’Afrique sert encore à payer les spécialistes étrangers. La diaspora, d’une manière générale dans les pays en développement,  constitue la deuxième source de devises étrangères  et dans certains pays, ces  transferts de fonds sont devenus la première source de devises devant l’aide accordée à ces États.   En 2004, les transferts de fonds de la diaspora dans les pays en développement, notamment sur le continent africain, s’élevaient  à 126 milliards de dollars. Pendant la même période, les flux d’investissement directs étrangers avoisinaient 165  milliards de dollars alors que l’aide publique au développement durant la même année était estimée à 79 milliards de dollars. Si on ajoute à ces transferts d’argent par les canaux officiels, l’envoi de devises par les moyens non officiels, on se rend vite compte que la diaspora africaine est une ressource stratégique majeure pour l’Afrique et son développement.  Cette  diaspora africaine est donc un capital humain et une ressource nécessaire que les dirigeants africains doivent  absolument courtisés.  C’est ainsi que ces derniers participeront efficacement à la prospérité de l’Afrique. Il revient aux leaders politiques  d’avoir une vision du futur ou un réel plan d’action pour profiter  beaucoup plus encore de l’expertise de sa forte diaspora du monde. Ces Africains éparpillés à travers le monde veulent apporter  leur pierre à l’édification d’une Afrique riche et prospère d’ici  une à deux générations.  Comme tous les Africains sur le continent, la diaspora africaine aimerait voir l’Afrique jouer un rôle non négligeable dans ce 21ème siècle dans la marche des affaires du monde.

ANALYSE COMPARATIVE ENTRE LA DIASPORA COMME RESSOURCE STRATÉGIQUE ET LE PÉTROLE 

La diaspora est de l’or gris pour l’Afrique et une ressource renouvelable  grâce à l’équilibre de la nature qui voudrait que les Hommes naissent, grandissent et meurent depuis la création de l’humanité alors que le pétrole est de l’or noir et une ressource non renouvelable après quelques décennies d’exploitation des gisements pétrolifères. La diaspora comme ressource n’aiguise pas autant les appétits que le pétrole. Elle ne peut pas être facilement source de conflits ou de guerres civiles comme l’or noir avec généralement l’influence des acteurs nationaux ou étrangers. L’or gris peut favoriser durablement le transfert de connaissance ou de technologie en Afrique. Ce transfert est beaucoup moins nuisible que le pétrole comme l’une des sources du réchauffement climatique ou l’effet de serre même si l’or noir permet également de fabriquer plusieurs produits dérivés.  L’or gris favorise moins de corruption malgré les transferts de fonds importants alors que les recettes de l’or noir  sont au cœur des malversations financières ou la corruption avec les connexions  à l’extérieur.   L’or gris peut jouer aussi le rôle de lobbying pour  l’Afrique auprès des pays d’adoption. C’est cette politique qui fait la force de l’État d’Israël à travers  le monde grâce aux lobbies   Juifs. Nous pouvons citer l’American Israël Public Affaires Committee  (AIPAC) qui influencerait le Congrès à travers ses contributions de campagne pendant que Washington Institute for Near  East Policy(WINEP) aurait une forte influence sur les médias et le pouvoir exécutif sur la politique des États-Unis envers l’État Hébreu.  La diaspora peut également relancer  le tourisme en Afrique grâce à ce que l’on peut appeler le tourisme de la diaspora si des politiques incitatives sont mises sur pied par des leaders politiques africains. Ces politiques incitatives vont encourager le retour aux sources de cette diaspora dans l’optique de renforcer le lien d’appartenance, le pont entre ces Africains de l’étranger  et le continent de leur origine. Ce nouveau type de tourisme peut générer  d’énormes  rentrées financières   qui vont aider à la création de nombreux emplois directs et indirects. Si  l’or noir peut être facilement contrôlé par les pouvoirs en place en Afrique, l’or gris est difficilement contrôlable par les dirigeants africains et peut constituer un relais important d’informations des citoyens vivant sur le continent auprès de nombreux cercles de décision en Occident. Par ailleurs, dans des régimes moins démocratiques  ou dictatoriaux en Afrique, il est facile  de brouiller les connexions sur internet et des réseaux sociaux. Par contre, la diaspora a l’avantage qu’elle peut continuer à opérer en toute liberté et contrôle de ses outils  de communication transversale   et asynchrones comme le réseau des réseaux. L’or gris peut donc constituer un puissant moyen de démocratisation  et d’aspiration à plus de liberté et de bonne gouvernance dans les États africains.  La diaspora est donc une ressource stratégique pour le progrès de l’Afrique. Cet or gris peut également permettre au continent africain d’avoir son mot à dire ou son rôle à jouer dans les prochaines décennies dans la marche des affaires du monde. Le plus important est de savoir s’en servir  pour le mieux afin de sortir l’Afrique du sous -développement. Comme vous pouvez le constater, au même titre que l’or noir, voire beaucoup plus, l’or gris constitue une importante ressource stratégique pour l’Afrique. Si la pétrostratégie est devenue un champ d’étude ou de recherche, voire une spécialisation dans certaines écoles ou instituts de relations internationales et stratégiques, il n’est pas exclu que dans quelques années, ce que j’appelle la diaspostratégie puisse également devenir un champ d’étude ou de recherche et même une spécialisation universitaire. Tellement la diaspora devient de plus en plus un sujet d’actualité qu’il y a un regain d’intérêt aussi bien pour les leaders politiques africains que les autres dirigeants du monde. Le Président du Vietnam Nguyen Minh Triet, dans une entrevue accordée récemment au palais présidentiel à Hanoi  au confrère d’origine ivoirienne Joseph Ahekoe, directeur de publication du magazine Francophonie Actualités basé à Paris, indiquait que la République socialiste du Vietnam comptait sur les 3 millions de Vietnamiens de la diaspora encore appelés les Viet Khieu pour entrer dans le cercle fermé des pays développés à l’horizon 2020. C’est dire l’importance qu’on accorde à travers le monde à l’or gris pour accéder à la prospérité. 

Je voudrais n’a jamais rien fait. J’essaierai a fait de grandes choses. Je veux a fait des miracles. Il n’est donc plus question pour la classe politique africaine de se limiter aux discours et aux promesses souvent non tenus et creux. Il est temps de passer aux actions concrètes pour tirer le meilleur avantage de l’expertise et des richesses de sa diaspora pour espérer sortir du labyrinthe de la néguentropie, du cercle vicieux sous-développement. L’or gris doit impérativement être au cœur de la perspective du développement des États africains. Cette diaspora manifeste globalement la volonté de participer à ce défi de taille. Il importe aux dirigeants des  pays de les associer dans un environnement  sécuritaire et favorable à l’éclosion de la recherche  scientifique  et  technologique.

                                                    Ferdinand Mayega à Montréal
                                                                                                         

                                                                                          

LE TEMPS : RESSOURCE RARE À RATIONALISER POUR LE DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE

 Après 50 ans d’indépendance de 17 États francophones, nous sommes unanimement d’accord qu’il y a eu davantage un recul que des avancées significatives durant les cinq décennies d’autodétermination.  Il faut donc  rectifier le tir afin que les 50 prochaines années qui suivront puissent favoriser l’essor de l’Afrique. Pour atteindre notre objectif, il est nécessaire de rentabiliser notre temps au quotidien. En Afrique, il faut cesser d’évoluer comme si on était dans une espèce de fusée non accélérée en état d’apesanteur ou de microgravité c’est-à-dire dans un monde où la notion du temps est complètement arrêtée. Le temps est une ressource rare et d’une grande importance dans l’équation complexe du développement de l’Afrique. La quatrième dimension de l’espace est d’une nécessité absolue dans le progrès d’une société. Chaque seconde qui passe, le temps nous dit au revoir. Il faut donc s’interroger constamment si nous avons pu rationaliser notre temps pour le progrès de l’Afrique. Tous les pays développés ou en émergence sont ceux qui ont compris que le temps est une ressource  rare qu’il faut intégrer au quotidien dans la perspective de son développement. C’est pourquoi un pays comme la Chine grâce à la politique de réforme et d’ouverture instituée en 1978 par le président Deng Xiaoping est devenue la deuxième économie du monde en trois décennies. Il ne faut donc pas un siècle ou deux pour se développer. Si la prise de conscience est individuelle et collective en Afrique et au sein de sa diaspora, nous pouvons relever le défi du développement en Afrique en moins de 5 décennies. Tous les pays ne pourront peut-être pas se développer au même rythme compte tenu de la spécificité et du potentiel humain et naturel de chaque État. Mais  les pays qui vont se démarquer rapidement sur la voie du développement vont tirer impérativement les autres pays comme une locomotive  qui tire les trains. Les pôles de croissance ou de développement sur le continent vont favoriser un effet d’entraînement chez les autres États qui avançaient moins rapidement. L’Afrique peut donc rattraper son retard. C’est une question de volonté et de détermination. Mais pour y arriver, une fois de plus, il faut nécessairement concevoir le temps comme une ressource extrêmement rare et d’une grande utilité dans le développement. Nombreux sont ceux qui disent qu’un demi-siècle d’indépendance, ce n’est pas assez pour sortir du sous-développement. Si on admet à chaque fois que 50 ans, ce n’est pas beaucoup dans le cycle du développement d’un continent, on risque affirmer exactement la même chose en 2060 lorsque ces États fêteront un siècle d’indépendance marqué toujours par la paupérisation croissante et la dépendance à l’aide extérieure. D’où l’intérêt de s’interroger au quotidien des efforts accomplis pour sortir du cercle vicieux du sous-développement. C’est ainsi seulement que l’Afrique pourra notablement améliorer les conditions d’existence de sa population pour accéder à la prospérité comme  d’autres États du monde. En Occident, le temps est géré au quotidien aussi bien par les pouvoirs publics que les citoyens comme une ressource extrêmement rare.  Raison pour laquelle les gens sont toujours à la course.  Lorsque les gens montent sur les ascenseurs par exemple, malgré le fait que cet outil en mouvement facilite le déplacement d’un point A vers un point B à une certaine vitesse, il n’en demeure pas moins vrai qu’on observe généralement les personnes qui continuent de marcher rapidement d’une marche à l’autre pendant que l’ascenseur est toujours en mouvement. Ce phénomène apparemment anodin observable chaque jour à Montréal et que nous faisons aussi est d’une forte signification.  C’est la preuve de l’importance qu’on accorde au temps comme une ressource rare et nécessaire à l’équation complexe du progrès d’une manière générale. Il faut donc arrêter de concevoir le temps en Afrique sous un angle qu’on pourrait qualifier d’héraclitéen c’est-à-dire comme un écoulement perpétuel et sans objet. Dorénavant, tous les Africains gagneraient à concevoir le temps sous un angle qu’on pourrait qualifier d’éluardien ou encore de Mc halenien. Il s’agit pour nous de s’interroger au quotidien de ce que nous avons fait de meilleur en rationalisant  notre  temps pour son propre progrès et celui de notre continent dans l’ensemble. Le développement durable de l’Afrique  passe résolument par cette  vision du progrès global des autres peuples  d’Occident et d’Asie. 

 Le développement est l’ensemble des modifications ou des transformations qualitatives qui favorisent l’amélioration des conditions d’existence. C’est donc la somme des efforts multidimensionnels et multisectoriels pour améliorer les conditions de vie qui permettra à l’Afrique de sortir du goulag de la pauvreté. Chaque effort compte et le temps presse pour réussir à atteindre ces objectifs dans quelques décennies. Mettons nous au travail, au travail bienfait.  Chacun d’entre nous à sa partition à jouer. L’essentiel est de bien jouer sa note de musique afin d’éviter de reprendre les erreurs du passé qui ont miné le progrès de l’Afrique durant un demi-siècle d’indépendance.                                                                    Ferdinand Mayega à Montréal 

   .   

 ENTREVUE EXCLUSIVELe bassiste  Andre Manga

La méga star de la musique africaine Angélique Kidjo a donné le 6 juillet dernier à l’espace Desjardins de la ville de Trois-Rivières, un concert de clôture au terme de deux semaines du festival de musique de cette ville dénommé Festivoix.Nous nous sommes entretenus avec le bassiste d’origine camerounaise André Manga qui réside à Los Angeles. Lisez plutôt.

(lire la suite)

  

        

Photo AJJC 2

Photo AJJCUn kiosque à journaux de Yaoundé, la capitale du Cameroun.

spectacle haut en couleurs   

ANGELIQUE KIDJO EN CONCERT À TROIS-RIVIÈRES  

       La chanteuse  béninoise  de renommée    mondiale Angelique Kidjo, auteur compositeur et interprète  a gratifié dimanche 6 juillet dernier le  public  de l’espace Desjardins à Trois-Rivières, d’un spectacle haut en couleurs et sonorités.C’était lors de la clôture du festival de musique de cette ville carrefour du Québec dénommé Festivoix qui aura duré deux semaines.

(lire la suite)

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